Au Soudan, la rue se mobilise après le putsch, les généraux promettent le dialogue

Par Agence France Presse | AFP
Khartoum - 12-Apr-2019 - 16h39   3268                      
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Des manifestants soudanais devant le QG de l'armée, à Khartoum le 12 avril 2019 AFP/Ebrahim Hamid
Au lendemain de la destitution d'Omar el-Béchir, resté 30 ans au pouvoir au Soudan, la foule des manifestants rassemblée à Khartoum est désormais déterminée à chasser les généraux du rég

Au lendemain de la destitution d'Omar el-Béchir, resté 30 ans au pouvoir au Soudan, la foule des manifestants rassemblée à Khartoum est désormais déterminée à chasser les généraux du régime qui ont tenté vendredi d'apaiser la rue en promettant un "gouvernement civil".

Les principaux chefs de l'armée ont par ailleurs confirmé vendredi que le président déchu était en détention mais qu'il ne serait pas "livré à l'étranger", alors qu'il est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).

Après des semaines de manifestations réclamant son départ, Omar el-Béchir, qui dirigeait le Soudan d'une main de fer depuis 1989, a été renversé jeudi par un coup d'Etat de l'armée qui a mis en place un "Conseil de transition militaire" pour deux ans.

Affichant leur rejet de cette transition, les manifestants ont passé leur sixième nuit consécutive devant le quartier général de l'armée. Malgré le couvre-feu imposé de 20H00 GMT à 02H00 GMT, la nuit a été calme.

Les militaires au pouvoir ont cherché à les rassurer. Le futur gouvernement sera "un gouvernement civil, dans lequel nous n'interviendrons pas", a assuré à la télévision d'Etat le général Omar Zinelabidine, membre du Conseil militaire de transition, lui-même dirigé par le ministre de la Défense Awad Ibn Ouf.

L'armée dialoguera "avec toutes les entités politiques", a ajouté M. Zinelabidine, soulignant que le Conseil militaire ne permettrait "aucune atteinte à la sécurité" sur le territoire.

A l'occasion d'un grand rassemblement pour la prière du vendredi, des milliers de femmes et hommes vêtus de blanc ont afflué sous un soleil brûlant devant le QG de l'armée à Khartoum, selon des témoins. L'imam de la prière était enveloppé du drapeau soudanais.

- "C'est notre place" -

"C'est la première fois que je viens ici, j'ai répondu à l'appel pour venir faire la prière ici", explique Hussein Mohamed, un homme âgé venu d'Omdourman, ville voisine de Khartoum.

"Je suis impressionnée par ce que font ici ces jeunes femmes et hommes", a-t-il ajouté.

"C'est notre place. Nous l'avons prise et nous n'allons pas l'abandonner jusqu'à ce que la victoire soit acquise. On a violé le couvre-feu. Nous allons continuer à le faire jusqu'à ce que nous obtenions un gouvernement de transition", a affirmé Abou Obeïda, un manifestant devant le QG de l'armée.

De nombreux soldats sont visibles dans la foule, discutant avec les contestataires.

Le général Zinelabidine a affirmé vendredi que le Conseil militaire était prêt à "s'assoir avec les protestataires et à les écouter (...) et à travailler main dans la main avec eux(...) pour trouver des solutions" aux problèmes des Soudanais.

La décision du gouvernement le 19 décembre de tripler le prix du pain dans ce pays en plein marasme économique avait déclenché les manifestations.

Une session d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Soudan a débuté vendredi à huis clos, à l'appel de six capitales, dont Washington, Paris et Londres.

Les Etats-Unis, qui maintiennent des sanctions contre le Soudan, pays sur leur liste des Etats soutenant "le terrorisme", ont exhorté l'armée à intégrer les civils au gouvernement, tout en saluant un "moment historique".

L'Union européenne a aussi appelé l'armée à un transfert "rapide" du pouvoir aux civils, tandis que l'Union africaine a critiqué la "prise de pouvoir par l'armée".

La Ligue arabe a pour sa part appelé "au dialogue politique" pour répondre aux aspirations du peuple soudanais.

La Tunisie, seul pays de la région étant parvenu à consolider sa démocratisation après un soulèvement populaire, a également exprimé l'espoir d'une transition pacifique.

- "Révolution de palais" -

M. Béchir a tenté de réprimer le mouvement de contestation par la force et instauré le 22 février l'état d'urgence à l'échelle nationale. Selon un bilan officiel, 49 personnes ont été tuées depuis le 19 décembre.

Parmi les autres mesures décrétées jeudi par les militaires figurent la fermeture des frontières terrestres jusqu'à nouvel ordre et un cessez-le-feu à travers le pays, notamment au Darfour (ouest), où un conflit a fait plus de 300.000 morts depuis 2003 selon l'ONU.

Ces dernières années, le niveau de violence a toutefois diminué au Darfour, M. Béchir ayant annoncé plusieurs trêves unilatérales.

L'un des chefs rebelles du Darfour a dit jeudi rejeter le coup d'Etat et a appelé à "un gouvernement civil de transition".

Cette "révolution de palais" vise surtout "à protéger le régime et empêcher l'opposition, des civils, des non-islamistes (...) de prendre le pouvoir", explique à l'AFP depuis Paris Jérôme Tubiana, chercheur indépendant sur le Soudan depuis 20 ans.

"Le fait que Béchir ait accepté sa destitution prouve qu'il s'agit, plutôt que de le livrer à la CPI, de le protéger. Rien d'étonnant de la part d'hommes qui ont été (...) ses complices", juge-t-il.

Amnesty International a appelé à "remettre" M. Béchir à la CPI.

En 2009, cette Cour basée à La Haye avait lancé un mandat d'arrêt contre lui pour "crimes de guerre" et "contre l'humanité" au Darfour, ajoutant en 2010 l'accusation de "génocide".



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