Cameroun - Affaire des Camerounaises en détresse au Koweit/Dr Pierre ALAKA ALAKA (Enseignant des Universités): «il faut démanteler le réseau au Cameroun»

Par Marie Louise SIMO | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 22-Oct-2018 - 19h08   2339                      
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Dr Pierre Alaka Alaka Archives
Conseil fiscal agréé Cemac et Enseignant des Universités et Grandes écoles africaines, Dr Pierre ALAKA ALAKA est le lanceur d’alerte, qui a rendu publique la vidéo des Camerounaises en détresse au Koweït. Dans cet entretien il revient sur ce trafic d’humains croissant en Afrique et attire l’attention du gouvernement camerounais sur la nécessite de démanteler le réseau au Cameroun et de supprimer aux filles la destination des pays du golfe.

En tant que parent, qu’est-ce que vous avez ressenti en voyant la vidéo de ces camerounaises dans cet état déplorable au Koweït ?

Une seule chose ; les sortir de là quelque soit le prix. C’est pourquoi j’ai rendu publique cette vidéo dans les réseaux sociaux, j’ai saisi les médias pour en faire l’écho et je me suis félicité du premier communiqué du gouvernement du 25 Septembre pour après déchanter lorsque ledit communiqué n’a pas été suivi d’effets jusqu’au 10 octobre, date butoir.

Vous vous êtes mobilisé depuis le début de cette affaire, pour voler au secours de ces femmes, dont certaines sont  déjà de retour au bercail. Pensez-vous que ces cris de désespoir sont assez entendus pour combattre ce phénomène en Afrique ?

Nous avons été nombreux à nous mobiliser et à coordonner autant que faire se peut nos actions pour que 8 des 22 filles rentrent le 14 octobre au bercail. Je remercie les uns et les autres qui se reconnaitront.

Il faut noter qu’on est en face d’une Organisation qui pourrait avoir des tentacules à des niveaux insoupçonnés et qui s’abreuve justement de ces cris de désespoir. La recherche effrénée de l’enrichissement illicite dans notre pays a atteint le degré supérieur de l’animalité. Il s’agit ni plus ni moins que du trafic des êtres humains, de l’esclavage des temps modernes. Sous le prétexte d’un travail bien rémunéré, les jeunes filles sont vendues comme esclaves à leur insu par leurs propres compatriotes, jusqu’au moment où elles font face à la réalité. Et contrairement à l’esclavage des temps anciens, elles peuvent proclamer leurs libertés en criant leur ras le bol et en exigent leur retour au pays natal, qui est un devoir régalien de nos gouvernants.

Le ministre des Relations extérieures a informé  à travers un communiqué,  l’opinion publique, du retour de ces victimes. Quelle a été votre réaction après  cette sortie et comment avez-vous apprécié le comportement du gouvernement camerounais face à cette situation  d’une manière générale?

Je préfère parler d’un communiqué signé du Ministre des relations extérieures. Pour moi les fonctionnaires qui ont préparé ce communiqué ont induit le Ministre en erreur. Il est très inopportun pour un gouvernement de se vanter d’avoir ramené 8 filles sur 22 dans une affaire dont le coût total ne dépasse pas 4 millions de Cfa. Comment un tel gouvernement va justifier aux 12 autres familles l’abandon de leurs enfants ? C’est cela qui est gênant dans ce communiqué. A la vérité, j’ai suivi cette affaire au jour le jour et à chaque étape avec les filles au Koweit, nous nous sommes heurtés à l’absence de notre diplomatie. C’est l’occasion de demander à notre gouvernement de s’impliquer pour protéger nos compatriotes dans ces pays arabes où se pose avec acuité la question du respect des droits humains. Deux mesures peuvent être prises : démanteler le réseau au Cameroun en amont et supprimer aux filles la destination des pays du golfe en aval. Prévenir vaut mieux que guérir.

 Pensez-vous que ces cas sont suffisants pour dissuader de nombreux jeunes camerounais qui rêvent  encore d’aller chercher  fortune ailleurs ?

Pas du tout, parce que cette affaire ne date pas d’aujourd’hui. Si cette fille n’avait pas publié cette vidéo, le monde entier serait encore ignorant de l’existence d’une telle ignominie en plein 21e  siècle. Ces gens doivent avoir un langage tellement mielleux qu’il est difficile de ne pas croire que ce qui arrive aux autres ne risque pas de vous arriver. Et quand on se trouve embarqué, on est pris dans le piège et la honte aidant, on souffre en silence et on finit par s’accommoder et par crever à l’indifférence de ces esclavagistes. C’est pourquoi, il faut décorer ces filles qui ont décidé de ne pas se taire. C’est un acte de patriotisme sans égal qui mérite la reconnaissance de la nation

Qu’est-ce qu’il faut à votre avis pour une réintégration sociale de ces victimes et pour venir aussi en aide à celles qui vivent encore  la même situation au Koweït et ailleurs ?

Il faut leur donner des moyens de se réinsérer socialement en leur trouvant rapidement du travail pour éviter de les laisser fourbir dans l’oisiveté. On pourrait aussi leur donner les moyens de commencer un commerce pour s’occuper. S’agissant du gouvernement , il doit s’efforcer d’aller chercher non pas les 12 filles qui sont restées pour défaut de laisser passer, mais aussi exiger des réseaux qui sont identifiables de donner la liste de toutes les camerounaises en esclavage dans des familles pour qu’elle puissent regagner la terre natale. Sur le plan diplomatique, examiner la possibilité d’utiliser les ambassades des pays de la CEAC en vue de la protection réciproque des ressortissants en cas de non représentation de l’un ou de l’autre dans tel ou tel autre pays du golfe.

réalisé par Marie Louise SIMO

Auteur:
Marie Louise SIMO
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