Cameroun - Affaire Doual’Air: Les agissements suspects d’une entreprise française

Par Marie Louise SIMO | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 08-Feb-2019 - 01h25   6010                      
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Aéroport international de Douala Archives
En fin de contrat depuis décembre 2018, le Directeur général de Doual’Air a été maintenu à son poste par le Groupe Français Servair au cours d’un Conseil d’administration illégal, interdit par le président du tribunal de Grande Instance de Douala.

La  Société d'Exploitation Commerciale de l'Aérogare de Douala (Doual’Air), fonctionne au ralenti depuis quelques mois. La famille Nkembe, actionnaire majoritaire de cette structure, dénonce la gestion illégale et suspecte du  Groupe français Servair,  actionnaire minoritaire,  à hauteur de 25%  du capital de Doual’Air,  en fin de contrat depuis le 31 décembre 2018 (Servair a annoncé au mois de mai qu’il ne renouvellera pas ledit  contrat). En  effet, ce groupe français de restauration, malgré le fait que son contrat de partenariat technique avec Doual’Air   soit arrivé à terme continue de garder une main  mise sur cette entreprise camerounaise à travers son directeur, Mark Braastad. Détaché du groupe Servair France pour le Cameroun,  son contrat est arrivé à échéance en fin décembre 2018. « Malgré la décision du  Conseil d’administration de ne pas renouveler ledit contrat, le Groupe Servair utilise tous les moyens illégaux pour maintenir M. Mark Braastad, détaché du Groupe Sevair, dans les locaux de Doual’Air », souligne, Olivier Célestin Nkembe, le président du Conseil d’administration de Doual’Air.

Ce groupe brave ainsi   une décision du ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, qui par correspondance du 2 janvier 2019,  à instruire  au Conseil d’administration,  le départ de ce directeur parce qu’il  n’est pas en règle avec les normes administratives camerounaises. «Des sources générales dignes de foi émanant des services de l’emi-immigration font état de ce que ce dernier continue d’exercer au sein de votre entreprise en dépit de ma mise en demeure et de la séance de travail de recadrage que j’ai tenue dans mon bureau en votre présence, et des déclarations de ce dernier lors de notre séance de travail du 16 novembre 2018, dans les locaux de votre société, où il avait pris l’engagement ferme de cesser sa relation contractuelle avec la société Doual’Air dès la fin de l’année 2018. Cette attitude déplorable est un mépris vis-à-vis de l’administration dont j’ai la charge, qui s’est engagée à lutter contre la main d’œuvre expatriée clandestine», dénonce le ministre.

Balayant d’un revers de la main ces injonctions, les représentants du groupe français tiennent un conseil d’administration. Ce conseil avait pourtant été interdit par l’ordonnance du président du tribunal de Grande Instance de Douala du 10 janvier 2019. De principe, le conseil d’administration est convoqué par le Pca, ce qui n’avait pas été le cas. Ce sont les représentants de Servair  qui fomentent le coup pour opérer un passage en force. Le but de cette rencontre était de  maintenir le directeur général à son poste. «Un autre fait et assez grave, c’est qu’au sein du conseil d’administration, il s’était posé un problème. Il y a avait un Conseil qui devait siéger  au mois de novembre 2018,  au cours duquel il fallait prendre  des décisions fortes. La première était de trouver un autre partenaire technique en remplacement de Servair qui avait dénoncé  leur premier contrat et rechercher un nouveau directeur général »,  explique l’avocat de la famille Nkembe, Me Célestin Kengoum aux médias le 4 janvier 2019 à Douala.

Il précise : « Hors,  comme le contrat expirait le 31 novembre, le président du conseil d’administration n’a pas jugé utile de tenir cette rencontre qui ne pouvait pas donner de fruit escompté puisque la  situation était encore stationnée. Il fallait liquider la fin de cette collaboration et voir partir Mark Braastad avant de tenir  un conseil d’administration. Alors, Servair a commencé à s’agiter avec la complicité des administrateurs ou de l’administratrice représentant de la Liquidation Camair dans l’actionnariat au sein du conseil d’administration de Doual’Air. Hors la loi lui donne deux mois pour tenir un Conseil d’administration ».

Faute de gestion

A en croire cet avocat, ce groupe Français bafoue   les lois et la justice camerounaises.  Une situation qui soulève néanmoins, des interrogations sur les  intentions réelles de cette structure,  qui malgré l’épuration de son contrat,  continue de s’accrocher à Doual’Air,  « avec la complicité de certaines personnes censées protéger les intérêts de l’Etat Camerounais ou tout au moins, ceux des particuliers camerounais», a relevé Me Célestin Kengoum. « Il y a en justice, une procédure en suspension du conseil d’administration, engagée par l’actionnaire qui détient la majorité au sein de l’Assemblée générale, dont la Famille Nkembe, pour qu’on suspende le Conseil d’administration du   28 janvier 2018.  Parce qu’entre temps, une autre  procédure est engagée depuis le 4 janvier 2018, par le Conseil d’administration, pour qu’on fasse l’audit de la gestion de  Mark Braastad. Il s’avère qu’au vue des documents déposés par les commissaires au compte, beaucoup de fautes de gestion ont été décelées. Donc, il y a une procédure pendante devant le tribunal de première Instance de Douala Bonajo,  aux fins de la désignation d’un expert de gestion, pour faire l’audit de la gestion  de  Mark Braastad »,  précise cet avocat. Il révèle également que malgré toutes ces interdictions, Mark Braastad continue de  se comporter   comme le directeur général, malgré la lettre du constat de la fin de ses activités en tant que directeur général de Doual'Air. 

Doual’Air est une entreprise créée en 1977 par l’honorable Nkembe Albert, homme d’affaires. Il noue un partenariat avec le groupe hôtelier français le Méridien, qui obtient 25% des actions. Ce sont ces actions qui reviendront à Servair. «En 2007, le groupe Le Méridien qui était le  partenaire technique décide de quitter le Cameroun, d’où l’arrivée de Servair.» Les actions de Doual’Air appartiennent à  31% à  l’Etat du Cameroun ; 38,75% à  la famille Nkembe ;  5% à M. NKembe et 25 % au Groupe Servair.

Marie Louise SIMO

 

 

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Marie Louise SIMO
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