Cameroun - Affaire Ibrahim Bello: L’Etat octroie 500 000 FCFA à la victime, un consortium d’ONG juge la somme ridicule et dénonce un «traitement au rabais»

Par Yannick A. KENNE | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 02-Jun-2020 - 18h52   4530                      
2
Le consortium d'ONG représenté par NDH et MCI en conférence de presse à Yaoundé le 02/6/2020 Yannick Kenné
Selon les défenseurs des droits de l’homme, la famille du jeune homme a par ailleurs refusé cette allocation du gouvernement pour sa réinsertion sociale.

L’affaire Ibrahim Bello, du nom du jeune homme atrocement torturé par deux fonctionnaires de police à Ombessa (Centre) en 2017, au point d’avoir perdu l’usage de ses deux jambes et de sa main gauche, est loin d’avoir connue son dénouement, malgré la sentence prononcée le 6 mai 2020 par le Tribunal de Grande Instance (TGI) du Mbam et Inoubou contre les coupables.

D’après le consortium d’ONG piloté par Nouveaux Droits de l’Homme (NDH) et Mandela Center International (MCI), qui s’est constituée partie civile dans cette affaire en faveur d’Ibrahim Bello, leur client qui séjournait au Centre National de Réhabilitation des Personnes Handicapées Cardinal Paul Emile Léger (CNRPH) depuis le 6 août 2017,  l’a enfin quitté le 11 mai 2020 «comme un mal propre». Le garnement a regagné son village à Biakoua (Centre), et a reçu une allocation de 500 000 FCFA de la part du gouvernement, pour sa réinsertion socioprofessionnelle.

«Il est totalement inadmissible qu’après avoir tout perdu dans la vie à l’âge de 16 ans, le gouvernement à travers ses démembrements, se gargarise d’avoir offert une somme ridicule de cinq cent mille (500 000) FCFA au jeune Ibrahim Bello pour son projet d’insertion socioéconomique», dénonce le consortium d’ONG, dans une déclaration rendue publique au cours d’un point de presse ce mardi 2 juin 2020 à Yaoundé.

La famille du jeune homme a par ailleurs saisi par écrit  le Directeur du CNRPH, Dr Alexandre Manga, dans une correspondance le 14 mai 2020, pour marquer son refus d’un don constitué de «quelques cartons d’une centaine de mille de FCFA », peut-on lire dans la correspondance. Ses proches jugent ces dons «insignifiants», comme la somme de 50 millions FCFA définie par le TGI en guise de dommages et intérêts, après le verdict contesté contre les deux policiers.

L’avocat du consortium Me Victor Kadje, a d’ailleurs entrepris d’interjeter appel de cette décision auprès de la Cour d’Appel du Centre. La partie civile exige que l’inspecteur de police Joseph Désiré Sack et l’Officier de police Joël Cyrille Nzie, qui ont respectivement écopé de 42 mois d’emprisonnement ferme, et de 3 ans avec sursis, soient châtiés à la hauteur de leurs exactions, conformément au Code Pénal camerounais, qui prévoit des peines entre 10 et 20 ans le cas échéant.   

Une deuxième requête d’appel contre une ordonnance fixant les frais de reproduction à 207 900 FCFA à la charge d’Ibrahim Bello par le TGI, a été introduite auprès de la même cour, aux fins de revoir cette somme à la baisse à défaut de l’annuler complètement.

Le consortium d’ONG menace cependant de faire recours aux instruments internationaux, en l’occurrence le Comité contre la torture des Nations-Unies, ou la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, si ces appels ne sont pas traités avec «impartialité et équitabilité dans les meilleurs délais».

 

 

 

Auteur:
Yannick A. KENNE
 @yanickken39
Tweet
Facebook




Dans la même Rubrique