Cameroun - Affaire passeport non renouvelé: Achille Mbembe désapprouve Jacques Fame Ndongo

Par Adeline ATANGANA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 16-Oct-2020 - 11h59   11639                      
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Achille Mbembe et Jacques Fame Ndongo Facebook
«La vérité est qu’à l’heure où je vous parle, ma demande de renouvellement du passeport de 2018 (aujourd'hui objectivement périmé) n’a toujours pas été honorée. Il en est de même de la demande de renouvellement de ma carte d’identité déposée en avril 2018», dixit le Professeur Achille Mbembe.

Ce qui pourrait devenir un ping-pong entre deux illustres intellectuels camerounais, a commencé le 6 octobre 2020. Dans une tribune au vitriol intitulée «La communauté des captifs», le Professeur Achilles Mbembe, enseignant à l’Université du Witwatersrand en Afrique du Sud, a déclaré que «Le Cameroun a refusé de renouveler mon passeport camerounais. Il cherche à me déchoir de ma nationalité. Mais au lieu de se débarrasser franchement de moi, il ne me lâche pas. Il me suit partout et me colle sur la peau comme une part damnée».

Le 14 octobre 2020, Jacques Fame Ndongo, fervent défenseur du régime de Paul Biya, publie un démenti intitulé «le Passeport du Pr Joseph Achille Mbembe a été renouvelé en 2018».

Dans sa publication, le membre du gouvernement camerounais, sur la base de ses investigations auprès du Centre de production des passeports à la Délégation générale à la sûreté nationale, affirme que Yaoundé n ’a jamais refusé de renouveler le passeport du célèbre essayiste.

«Le gouvernement de la République n’a donc pas maille à partir avec le Pr Joseph Achille Mbeme», rassure le ministre Jacques Fame Ndongo.

Le jeudi 15 octobre 2020, Achille Mbembe fait à son tour, une nouvelle publication pour démentir le membre du gouvernement.

«La vérité est qu’à l’heure où je vous parle, ma demande de renouvellement du passeport de 2018 (aujourd'hui objectivement périmé) n’a toujours pas été honorée. Il en est de même de la demande de renouvellement de ma carte d’identité déposée en avril 2018».

Ci-dessous les publications respectives de Jacques Fame Ndongo et d’Achille Mbembe

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Fame Ndongo au sujet passeport Achille Mbembe (c) Jacques Famé Ndongo
Fame Ndongo au sujet passeport Achille Mbembe (c) Jacques Famé Ndongo

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AFFAIRE DE PASSEPORT

Je suis désolé de vous agacer. Beaucoup d’entre vous savent que de nombreux citoyens camerounais éprouvent d'énormes difficultés à renouveler leurs documents d’identification. C’est le cas du passeport, mais aussi de la carte nationale d’identité.

J’en fais partie.

Pendant longtemps, je ne m’en suis jamais plaint publiquement. Depuis un moment, j’ai décidé de le faire savoir. D’abord discrètement, en prenant à témoin des personnalités dont on ne saurait mettre en question les hautes qualités morales. C’était en 2016. Puis en public, plus récemment.

Au nom du RDPC (le parti au pouvoir au Cameroun), le Professeur Jacques FAME NDONGO vient de se prononcer sur mon cas, sur la base d’informations manifestement partielles.

Le Professeur livre des détails au sujet du passeport établi en 2018 et qui, à peine un an plus tard, c’est-à-dire en 2019, ne dispose plus d’aucune page libre et ne sert donc strictement à rien. Il s’agit donc d’un passeport objectivement périmé.

Le fait est qu'après avoir attendu, des mois durant, qu’il soit délivré au Consulat du Cameroun à Pretoria comme de coutume, j’avais été obligé de prendre l’avion a mes propres frais et de me rendre à Yaoundé aux fins de “suivre le dossier” - malheureux euphémisme dont, peut-être, seul mon compatriote Jacques FAME NDONGO ne connait guère la signification. Ses explications - en réalité une apologie peu convaincante du gouvernement - ne sont donc pas d’une grande utilité.

La vérité est qu’à l’heure où je vous parle, ma demande de renouvellement du passeport de 2018 (aujourd'hui objectivement périmé) n’a toujours pas été honorée. Il en est de même de la demande de renouvellement de ma carte d’identité déposée en avril 2018.

Si le Président MACKY SALL ne m’avait pas octroyé un passeport diplomatique sénégalais, j’aurais été contraint de changer de nationalité.

Je n’ai ni le temps, ni l’envie d’entretenir quelque polémique que ce soit avec qui que ce soit.

Si, comme le suggère le Professeur FAME NDONGO, le régime au pouvoir n'instrumentalise pas les papiers d’identification comme levier pour le harceler ou réprimer les dissidents, alors que l’administration renouvelle mon passeport et que l’on passe à autre chose.

Encore faut-il souligner que loin d’être prive, ce problème est structurel.

Entre 1999 et 2011, le passeport ordinaire camerounais comptait 48 pages dont 38 étaient réservées aux visas et 7 a des signalements divers.

A partir de 2011, le nombre de pages a été réduit à 32 dont 28 sont consacrées aux visas. En d’autres termes, il suffit de 28 voyages dans des pays ou un visa est exigé des Camerounais pour qu’un passeport soit objectivement périmé.

Pour ceux et celles d’entre nous qui travaillons sur l’international, la durée de vie d’un passeport est de plus en plus réduite, ce d’autant plus qu’à cause d’une diplomatie moribonde, les Camerounais ont besoin de visas pour se rendre dans la quasi-totalité des pays du monde.

Or, il suffirait d’un peu d’imagination pour satisfaire les citoyens et se doter de services efficaces, voire rentables.

L’on pourrait par exemple diversifier les modèles de passeports en fonction des taux de consommation. Un document de 48 pages pourrait être propose aux “grands consommateurs” de passeports moyennant un prix un peu plus élevé.

Les délais varieraient par ailleurs. Les prix aussi. Les frais pour un passeport délivré en moins de 10 jours, par exemple, seraient plus élevés que les frais pour un passeport délivré en trois mois.

Le Trésor public en sortirait renfloue. Les citoyens seraient satisfaits. Et ce régime qui ne sait manier que le gourdin, l'intimidation et l’esbroufe pourrait gagner en légitimité.

 

 

Auteur:
Adeline ATANGANA
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