Cameroun - Ambiance postélectorale: Maurice Kamto raconte lui-même comment il est placé en résidence surveillée sur ordre de Paul Biya

Par Adeline ATANGANA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 07-Nov-2018 - 13h25   16753                      
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La police au domicile de Kamto Facebook
Le climat social demeure tendu nonobstant la prestation de serment de Paul Biya en qualité de président de la République réélu à l’issue de la Présidentielle du 07 octobre 2018.

Pour le régime au pouvoir depuis 36 ans, la page de la Présidentielle 2018 est tournée après la prestation de serment hier mardi 06 novembre à l’Assemblée nationale à Yaoundé du président réélu Paul Biya. L’homme du Renouveau, âge de 85 ans et qui dirige le Cameroun depuis 1982, entame officiellement son nouveau mandat de sept ans ce mercredi 07 novembre 2018.

Kamto tenu a l'oeil par la police (c) Facebook

Du côté de l’opposition radicale, l’on estime que la page de la Présidentielle 2018 ne peut pas être tournée aussi facilement. Maurice Kamto, président du MRC, classé deuxième derrière Paul Biya après la proclamation des résultats officiels le 22 octobre par le Conseil constitutionnel, continue de contester son rang. C’est justement sur le terrain de la manifestation qu’il a été interpelé hier à Yaoundé par les forces de l’ordre.

« Vers 12h30 alors que je finis de parler et que les gens commencent à se disperser, environ 5 véhicules de police arrivent de différentes directions et cherchent à bloquer la foule qui m'accompagne vers mon véhicule garé non loin du rond-point en direction du marché Nkol Eton. Dès que j'entre dans la voiture sous la protection de la foule, les policiers foncent sur les gens et arrêtent systématiquement toute personne qui passe par là. Ils pourchassent les autres qui s'enfuient dans les quartiers et arrêtent finalement environ 20 personnes qu'ils amèneront à la Direction de la Police Judiciaire, parmi lesquelles des responsables de notre parti le MRC tels que : Me Simh Emmanuel, Vice-Président du MRC, Zamboue Pascal, Coordonnateur national chargé de l'implantation et du développement du parti, Okala Ebode Thierry, Trésorier National Adjoint du MRC» raconte Maurice Kamto. Le nouvel homme fort de l’opposition camerounaise ajoute aussi qu’il a été conduit à son domicile manu militari et placé en résidence surveillée.

Les autres militants et sympathisants du MRC, arrêtés hier ont été tous libérés vers 3h ce mercredi 7 novembre 2018.

 

Dans le message suivant, qu’il a lui-même publié, Maurice Kamto raconte sa journée mouvementée d’hier.

 

#MESSAGE_DE_MAURICE_KAMTO 

 

MAURICE KAMTO RACONTE COMMENT BIYA L’A MIS EN RÉSIDENCE SURVEILLÉE  

 

En mi-journée, je me suis adressé brièvement  (10mn environ) à des citoyens rassemblés dans le jardin du grand rond- point de Nlongkak pour délivrer un message de tristesse pour notre victoire volée; leur dire mon combat contre le tribalisme, moi candidat qui a été élu par les Camerounais du nord au sud et de l'est à l'ouest, sur la base d'un programme électoral solide qui a été salué par les experts et qui les a séduit; dire aussi ma souffrance pour ce qui se passe dans les régions anglophones du pays et ma détermination à poursuivre la résistance pacifique contre l'injustice et le piétinement de la démocratie et de l'État de droit. 

Vers 12h30 alors que je finis de parler et que les gens commencent à se disperser, environ 5 véhicules de police arrivent de différentes directions et cherchent à bloquer la foule qui m'accompagne vers mon véhicule garé non loin du rond-point en direction du marché Nkol Eton. Dès que j'entre dans la voiture sous la protection de la foule, les policiers foncent sur les gens et arrêtent systématiquement toute personne qui passe par là. Ils pourchassent les autres qui s'enfuient dans les quartiers et arrêtent finalement environ 20 personnes qu'ils amèneront à la Direction de la Police Judiciaire, parmi lesquelles des responsables de notre parti le MRC tels que : Me Simh Emmanuel, Vice-Président du MRC, Zamboue Pascal, Coordonnateur national chargé de l'implantation et du développement du parti, Okala Ebode Thierry, Trésorier National Adjoint du MRC .

Après ces arrestations, une force mixte d'environ 40 personnes m'ont escorté de force à la maison avec un cortège d'environ 7 véhicules. Une fois que j’ai franchi la barrière ils ont placé une escouade de policiers devant le portail et donné pour ordre : personne n'entre personne ne sort. Sur ces entrefaites, je suis sorti et à peine ai-je fait 20 mètres dehors qu’ils m'ont bloqué de 13h aux environs de 15h.

J'ai demandé au Commissaire central et au Commandant de Gendarmerie qui commandaient leurs troupes respectives : avez-vous un mandat d'arrêt ou d'amener ou une mesure administrative de restriction de liberté de mouvement ? Ils ont répondu simplement : vous ne bougez plus c'est tout. À partir de 15h ils nous ont encerclé Penda Ekoka, Biloa Effa, Roger Justin Noah, Lebon Datchoua et 3 autres et dit que personne du cercle ne peut bouger ni pour boire ni pour faire ses besoins. Nous sommes restés en l'état de 15h à 16h toujours debout. À 16h30 je leur fais remarquer qu'on les utilise pour brider les libertés et la démocratie et pour maltraiter des citoyens qui protestent pacifiquement. Après quelques échanges, ils ont dit si vous rentrez dans votre concession on vous le permet. Mais vous ne pouvez pas en sortir tant que nous ne recevons pas de nouvelles instructions. J'ai donc demandé aux camarades qui étaient encerclés avec moi de me suivre et nous sommes rentrés chez moi vers 17h. Depuis lors ma maison est bloquée par de nombreux policiers en tenue et en civil avec des véhicules positionnés.

 

Maurice KAMTO

06/11/2018 19h50.

Auteur:
Adeline ATANGANA
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