Cameroun - Après le reportage de France 24 sur l’autoroute Yaoundé-Douala: Patrice Amba Salla (ex-ministre des Travaux Publics) dénonce une «manipulation outrageuse» de ses propos

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 12-Oct-2020 - 06h58   9867                      
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Patrice Amba Salla Capture d'écran
Dans ce reportage, l’ancien ministre parle de «corruption très prononcée» au Cameroun.

Le 7 octobre 2020, la chaîne France 24 a diffusé un reportage sur les travaux à rallonge de l’autoroute Yaoundé-Douala. Une ligne de près de 200 kilomètres qui doit relier les deux plus importantes villes du pays.

Les travaux lancés en 2014, devaient s’achever en 2018. Mais, deux ans après ce délai, 60 kilomètres seulement ont été construits. A ce retard, il faut ajouter des soupçons de corruption. Interrogé dans le sujet, l’ancien ministre des Travaux Publics, Patrice Amba Salla indique que «nous sommes dans un pays où la corruption est assez prononcée; donc il est possible que de faux frais comme ça entrent en compte».

A la suite de la diffusion de ce reportage, l’ancien ministre a saisi Hémisphère Média, le fournisseur de contenus de France 24.

Il indique que ses propos ont été sortis de leur contexte. «…votre choix de l’élément corruption, prend des allures de manipulation outrageuse, même si  on ne perd pas de vue que la manipulation est dans l’ADN des mass média et que la recherche du sensationnel pourrait bien être le moteur des actions d’un fournisseur de contenus», fustige le militant du RDPC, récemment exclu pour une période de 12 mois.

Ci-après, la lettre de Patrice Amba Salla à Hémisphère Média:

Au sujet de mon interview à France 24, via Hémisphère Média Production, accordée  avant la publication des décisions disciplinaires dans mon parti, le RDPC.

 

À MONSIEUR PATRICK FANDIO,

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE HEMISPHERE MÉDIA

PRODUCTION.

Monsieur le Directeur Général,

J’ai suivi avec grand étonnement et surprise le reportage que vous avez vendu à FRANCE 24, relatif au chantier de l’autoroute Yaoundé-Douala au cours duquel vous passez un infime extrait de l’interview, de plus de 20 mn, que je vous ai accordée, il y a plus d’un mois à ma résidence à Yaoundé, relative à ma gestion de ce projet.

Le format «reportage» qui vous est imposé en tant que fournisseur de contenus vous amène à rechercher des éléments d’accroche qui, dans ce cas, semblent inconsistants. Vous avez par conséquent choisi une de mes déclarations, hors contexte, pour tenter de faire croire que j’identifie  la corruption comme L’ EXPLICATION  de l’état actuel du chantier.

Je tiens à rappeler que je vous ai accordé une interview pour clarifier mon rôle dans la gestion de ce projet à son démarrage et dissiper le malentendu persistant sur la supposée modification de ses caractéristiques techniques qui serait la source des coûts supplémentaires évoqués il y a un moment. Ainsi, le contrat administratif souscrit par l’entreprise et signé par le Ministère des Marchés publics précise les caractéristiques inchangées en cours de réalisation. Ne trouvant plus matière à questionnement sur ma gestion, il m’a été demandé de réagir sur une étude de la BM établissant le caractère élevé des prix des infrastructures en Afrique centrale et au Cameroun. Je me suis fait le plaisir de vous donner les raisons que j’identifie. 

Tous les facteurs de renchérissements des coûts des infrastructures que j’ai évoqués devant vos micros et bien avant dans mes fonctions (niveau général des prix induisant très peu de différence entre les offres des soumissionnaires, études sommaires, immobilisations prolongées des entreprises pour libération des emprises ou retard de paiement, logique de cartels sur les déterminants essentiels et la méthodologie, manœuvres illicites, installés et profitant à des entreprises françaises, premiers occupants du terrain des BTP…) ne pouvant être déroulés que dans le cadre d’une interview, votre choix de l’élément corruption, prend des allures de manipulation outrageuse, même si  on ne perd pas de vue que la manipulation est dans l’ADN des mass média et que la recherche du sensationnel pourrait bien être le moteur des actions d’un fournisseur de contenus.

Eu égard au fait que l’interview ne fait pas partie de contenus que vous pouvez vendre au diffuseur FRANCE 24, et pour ne plus avoir à vous faire des demandes de droit de réponse et autres (il ne vous a pas été possible de me communiquer l’adresse mail de votre diffuseur par exemple), je vous notifie par cette correspondance l’interdiction désormais d’utiliser mes déclarations pour illustrer des reportages dont les buts me semblent éloignés du besoin d’informer que j’avais comme souci.

Cordialement !

Yaoundé le 9 octobre 2020.

(é) AMBA SALLA PATRICE. Ex MINTP.

Auteur:
Fred BIHINA
 @t_b_d
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