Cameroun - Climat social: Le Pr Viviane ONDOUA BIWOLE (experte en gouvernance) propose la révision de la Constitution pour lutter contre le tribalisme

Par Béatrice KAZE | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 13-May-2019 - 17h25   7971                      
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Dr Viviane Ondoua Biwolé Archives
Selon l’enseignante titulaire à l’université de Yaoundé II et ancienne directrice générale adjointe de l’Institut Supérieur de Management Public, le terme autochtone doit être remplacé par celui de résident.

«Peut-on vraiment lutter contre le tribalisme sans modifier la Constitution? Une réflexion profonde est nécessaire. Car la loi fondamentale du Cameroun semble détenir une des racines du fléau. Il s’agit du concept d’autochtone. En effet, son usage n’est pas neutre dans la recrudescence du repli identitaire ambiant. La révision constitutionnelle pourrait alors s’avérer nécessaire pour extirper ce concept de la constitution et le remplacer par celui de résident qui nous parait plus approprié pour renforcer durablement la référence à la République…», soutient le Pr Viviane Ondoua Biwole dans une tribune libre publiée dans les colonnes de l’hebdomadaire Intégration édition du 13 mai 2019.

 «…Repli identitaire, compétition acerbe entre les frères d’une même communauté et reproduction clanique. À l’observation, le concept d’autochtone exige aux communautés d’organiser la compétition en leur sein et entre elles avec deux conséquences néfastes. La première est le repli identitaire imposé par cette pratique au travers de la notion de partage du gâteau national bien connue dans l’environnement administratif camerounais», écrit-elle.

La deuxième conséquence concerne les rivalités entretenues au sein de chaque communauté. «Au point où, les antagonismes entre frères de la même région cachent à peine des velléités féroces de lutte de pouvoir; les postes réservés aux originaires de la région étant connus et peu nombreux. La compétition est alors rude et le passage du témoin reste dans certains cas l’affaire d’une même famille ou d’un clan», peut-on lire.

 Le Président de la République reconnait pourtant que: «Construire la nation c’est assurer la participation des composantes de toutes les régions et de toutes les ethnies sans exclusive. L’équilibre régional est donc l’outil qui permettra de favoriser la coexistence harmonieuse des différentes ethnies en sauvegardant les droits, les identités et les génies des minorités».

Cette proposition de révision de la Constitution  n’est pas sans conséquence, soutient-elle. «Au moins trois implications sont identifiées. La première concerne la reformulation de certaines dispositions de la Constitution. Il y est mentionné que «l’État assure la protection des minorités et préserve les droits des populations autochtones conformément à la loi ». Si la protection des minorités peut être conservée, le concept d’autochtone à opposer à celui d’allogène peut être supprimé au profit du concept de résident».

De même, l’article 57 alinéa 1 de la constitution dispose que les organes de la région sont: «le Conseil régional et le Président du Conseil régional…Le Conseil régional doit refléter les différentes composantes sociologiques de la région… Le Conseil régional est présidé par une personnalité autochtone de la région élue en son sein pour la durée du mandat du Conseil. Si le Conseil régional doit refléter les différentes composantes sociologiques de la région, rien n’explique qu’il soit absolument présidé par un autochtone».

«La deuxième implication concerne l’acte décrétale discrétionnaire du Président de la République dans la promotion aux hautes fonctions administratives. La préoccupation est la même. Il s’agit de reconnaitre que cette désignation devrait s’appliquer au résident et non à l’autochtone faisant référence à l’ethnie».

D’après l’ex DG de l’ISMP, «ce n’est pas une nouveauté au regard de l’élection de certains maires et députés non originaire de leur lieu de mandature. Dans cette logique, qu’il s’agisse des nominations ou de l’accès aux concours administratifs, la référence au concept de résident permettrait de fédérer l’intérêt autour des principes de la République au sens des valeurs que tous les Camerounais ont en partage où qu’ils se trouvent».

«La troisième implication est d’ordre économique et pose le problème de la gestion de la rente des richesses naturelles. À ce sujet, les domaines et les matières relevant du domaine public devront être convenablement assurés par l’État. La gestion du foncier est sans doute l’un des problèmes complexes qu’il faudra adresser avec le concept de résident. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une réforme importance induisant des changements structurels qu’il faudra conduire avec courage, détermination et dextérité», précise l’enseignante.

Auteur:
Béatrice KAZE
 @T_B_A
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