Cameroun - Comités interministériels et ministériels: La rémunération des ministres revue à la hausse; la Banque Mondiale dénonce

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 12-Feb-2019 - 12h57   7327                      
11
Conseil des ministres, Palais de l'Unité le 16-01-2019 PRC
Selon un nouvel arrêté du Premier Ministre, les présidents des comités interministériels et ministériels qui sont essentiellement des ministres, toucheront désormais 10% des budgets desdits groupes de travail. Une réforme à laquelle s’oppose la Banque Mondiale.

Dans son édition en kiosque ce 12 février 2019, l’hebdomadaire Intégration propose à ses lecteurs un dossier sur les réformes initiées par le gouvernement au sujet des comités interministériels et ministériels.

La Réforme

Le Premier Ministre (PM), Joseph Dion Ngute, a en effet signé le 5 février dernier, un arrêté fixant les montants des indemnités de session, versées lors des travaux de ces groupes de travail. Un arrêté qui vient à la suite d’un décret du Premier Ministre signé le 30 novembre 2018; lequel fixe les modalités de création, d’organisation et de fonctionnement des comités et groupes de travail ministériels et interministériels.

Désormais, les présidents de ces instances, qui sont essentiellement le Premier Ministre et les ministres, vont percevoir 10% des budgets alloués pour le fonctionnement desdits comités. Avant cette réforme, ce pourcentage n’existait pas. La même réforme fixe à 200 000 FCFA/session, la rémunération des présidents des comités ministériels et interministériels. Or, la réforme ne limite pas le nombre de sessions en une année.

Le Stratagème

Cette situation a créé un système de rente, dénonce un récent rapport de la Banque Mondiale (BM). «Le ministre des Finances l’a d’ailleurs reconnu. Selon Louis Paul Motaze, lorsqu’un comité ou un groupe de travail est créé, la pratique courante consiste à multiplier à l’infini le nombre de réunions. Les indemnités étant versées par session, l’objectif du stratagème est de se mettre plein les poches» note Intégration.

A en croire un expert ayant travaillé sur le sujet pour le compte de la BM, souligne notre confrère, ce sont plus de 10 milliards de FCFA qui sont dépensés chaque année pour faire fonctionner ces instances. Plus de 80% de cette somme est consacrée au paiement des primes, et le reste destiné à la location des salles, l’achat des fournitures de bureau et autres logistiques  diverses.

Les réserves de la Banque Mondiale

Le 5 février 2019, alors que le PM signait l’arrêté sus évoqué, la BM elle, présentait la revue des dépenses publiques du Cameroun. «L’institution de Bretton Woods, qui accompagne le gouvernement dans la mise en œuvre de son programme d’ajustement avec le Fonds Monétaire International (FMI), réitérait sa demande de suppression de cette ‘‘compensation informelle’’», rapporte le journal.

Pour la BM, poursuit notre confrère, «cette indemnité ne se justifie pas. Car elle est versée aux ministres, secrétaires généraux, directeurs et à une poignée d’autres agents publics, en contrepartie d’un travail pour lequel ils sont déjà payés à la fin du mois. Pour l’institution financière internationale, le travail réalisé au sein des comités et autres groupes de travail ne constitue pas un travail spécifique effectué en dehors des engagements contractuels. Ce travail est offert durant les heures de travail, et donc fait partie du quota horaire contractuel».

En lieu et place de ces compensations financières, la Banque Mondiale propose plutôt la revalorisation du salaire de base de tous les agents publics. Selon la dernière grille salariale en vigueur, adoptée en 2014, le salaire de base mensuel le plus élevé (correspondant au grade A2) est de 342 809 FCFA, tandis que le plus bas est d’à peine plus de 45 000 FCFA. Des salaires qui sont parmi les plus bas en Afrique subsaharienne.

Fred BIHINA

Auteur:
Fred BIHINA
 @t_b_d
  • E-mail 0
  • Google+
  • Tweet
  • Partagez
Dans la même Rubrique