Cameroun - Crise anglophone/Dr Christopher Fomunyoh (Directeur Afrique du NDI): «Il est plus qu’urgent d'aller vite à un cessez-le-feu…sinon les populations vont complètement oublier le Grand Dialogue National»

Par Yannick A. KENNE | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 01-Jun-2020 - 10h08   4653                      
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Christopher Fomunyoh Archives
Ce leader de la société civile africaine et Directeur pour l’Afrique du National Democratic Institute déplore une exacerbation des tensions dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et regrette que sept mois après les assises de Yaoundé, l’impasse continue.

Dans un entretien ce lundi 1er juin 2020 dans les colonnes du quotidien Le Jour, le Dr Christopher Fomunyoh, Directeur pour l’Afrique du National Democratic Institute (NDI), a fait une évaluation de la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, marquée par une recrudescence des atrocités en dépit de la tenue, en octobre 2019, du Grand Dialogue National.

Il en veut pour preuve les massacres du village Ngarbuh (Nord-Ouest), le 14 février 2020, par les forces de défense et de sécurité camerounaises, ayant provoqué l’émoi collectif au sein de la communauté nationale et internationale; l’assassinat du jeune Maire de Mamfé (Sud-Ouest), Prisley Ojong, le 10 mai 2020, par des groupes armés séparatistes.

Pour Christopher Fomunyoh, les solutions cosmétiques n’aideront pas à une sortie de crise, tant que le régime de Yaoundé ne proclame pas un cessez-le-feu.

«Aujourd'hui, les Nations-Unies projettent que des millions d'Anglophones risquent de faire face à la famine à cause de la crise; et le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a lui aussi lancé un appel direct à un cessez-le-feu pour raisons de COVID-19. Il est plus qu’urgent d'aller vite à un cessez-le-feu, suivi de négociations crédibles et ouvertes pour une paix véritable et durable, sinon les populations vont complètement oublier le Grand Dialogue National», préconise-t-il.

Il estime que la prépondérance des tensions sur le terrain, sept mois après la tenue du Grand Dialogue National, dénote d’un échec de ces assises, qui n’ont pas produit l’effet escompté. «La crise demeure et s'aggrave; il faut donc envisager des alternatives qui permettraient la participation effective de toutes les composantes et l'écoute véritable des doléances réelles par rapport à la situation des compatriotes Anglophones, y compris la participation de ceux qui n'avaient pas pris part au GDN d’octobre 2019. Il ne faut pas se voiler la face. Il faut mettre tout sur la table et discuter, même des sujets qui fâchent», ajoute-t-il.

Ce leader de la société civile africaine, habitué des palais présidentiels africains, révèle par ailleurs que la crise camerounaise préoccupe de nombreux présidents sur le continent, qui n’osent pas se prononcer pour éviter de crisper les relations diplomatiques entre leurs pays et le Cameroun, ou d’être accusés d’ingérence dans les affaires internes camerounaises.

«Même s'ils ne le disent pas publiquement, beaucoup de chefs d'État africains sont choqués par ce qui se passe dans notre pays. Ils ne comprennent pas que pour des simples revendications sociopolitiques et historiques, d'ailleurs justifiées, tout un peuple avec un héritage culturel et politique bien connu, devienne l’objet d’une guerre déclarée».

Pour conclure, il invite le Cameroun à apprendre de l’histoire, en citant les exemples de l’effondrement du mur de Berlin ou du régime d’Apartheid en Afrique du Sud, où les morceaux se sont finalement recollés en dépit des dissensions entre les peuples. Et au Cameroun, la crise anglophone dure déjà 4 ans.

Auteur:
Yannick A. KENNE
 @yanickken39
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