Cameroun - Crise sociopolitique/Benjamin Zebaze (journaliste): «Aucun dialogue ne peut se faire dans ce pays avec succès, sans Maurice Kamto et la bande à Ayuk Tabe»

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 16-May-2019 - 11h13   7755                      
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Benjamin Zebaze, journaliste et directeur de publication de Ouest Littoral archives
Dans une chronique publiée le 15 mai 2019 dans les colonnes de son journal, Ouest-Littoral, Benjamin Zebaze fait ses propositions au pouvoir de Yaoundé pour un succès du dialogue annoncé.

Depuis l’annonce par le Premier Ministre de la volonté de Paul Biya de dialoguer avec les séparatistes, chacun y va de ses propositions. Dans sa chronique publiée le mercredi 15 mai dans les colonnes de son journal Ouest-Littoral, Benjamin Zebaze analyse cette actualité et propose à son tour des pistes de solutions pour une décrispation rapide du climat sociopolitique.  

S’il reconnait que la proposition de dialogue du Chef de l’Etat intervient dans un contexte de pressions internationales accrues sur le pouvoir de Yaoundé, le journaliste salue cependant ce qu’il qualifie de revirement majeur.

«On peut estimer qu’il n’agit là que sous la pression des institutions internationales; qu’il ne cherche qu’à gagner du temps; qu’il va nous refaire le coup de la tripartite… On peut aussi penser que cela arrive trop tard: mon avis est qu’il n’est jamais trop tard pour éviter une guerre civile. Qu’en l’état, personne dans ce pays ne sortirait indemne d’un conflit généralisé, tant les tensions ethniques et communautaires ont atteint leur paroxysme», fait-il observer.

A propos des propositions du leader du Social Democratic Front (SDF), Benjamin Zebaze estime qu’elles émanent de quelqu’un qui a la légitimité. «Fru Ndi est d’autant plus légitime pour s’accrocher à tout espoir de paix, qu’il est le seul leader de ce niveau qui vit encore dans la zone; Qui voit cette zone dépérir, se vider de sa population, s’appauvrir au bénéfice de gangs armés, qu’ils soient composés de sécessionnistes ou de membres des forces de l’ordre: Il a personnellement souffert de ce conflit car victime d’incendie, de rapts… Enfin, sur le plan politique, il s’agit de son fief électoral: la zone où son parti a le plus d’élus», analyse celui qui est par ailleurs directeur de publication de Ouest Echos.

Enfin, le journaliste soutient qu’«Aucun dialogue ne peut se faire dans ce pays avec succès, sans Maurice Kamto et la bande à Ayuk Tabe, n’en déplaise à certains puristes». 

«Si cette baisse de tension, souligne-t-il, peut permettre à ces derniers de retrouver vite la liberté, ce sera déjà ça de pris car, que personne ne vous trompe, la vie en prison n’a rien d’agréable, même si dans le cas de Maurice Kamto, cela peut offrir un destin national».

Voici sa chronique:

John Fru Ndi et l’offre de dialogue de Paul Biya

Le revirement de Paul Biya

Finalement, le Président de la République Paul Biya, est revenu à des mœurs plus fréquentables en décidant d’accepter de négocier avec son opposition.

Il n’est pas imaginable de le Premier Ministre Dion Ngute, ait pu oser cette déclaration sans l’aval d’Etoudi: «Le président de la République m'a instruit de venir dans la région du Nord-Ouest pour porter un message de réconciliation… Les seuls points à ne pas discuter sont la séparation et la sécession».

On peut en penser ce que l’on veut, mais il s’agit là d’un changement majeur dans la mesure où, en lisant dans le texte, le message est clair: «renoncez à la sécession et je vous donne le fédéralisme». Fini donc la récitation des dogmes et le rappel des textes fabriqués dans un seul but: faire de Paul Biya un Président à vie.

On peut estimer qu’il n’agit là que sous la pression des institutions internationales; qu’il ne cherche qu’à gagner du temps; qu’il va nous refaire le coup de la tripartite…

On peut aussi penser que cela arrive trop tard: mon avis est qu’il n’est jamais trop tard pour éviter une guerre civile.

Qu’en l’état, personne dans ce pays ne sortirait indemne d’un conflit généralisé, tant les tensions ethniques et communautaires ont atteint leur paroxysme.

Il est donc temps d’arrêter la saignée, d'autant plus que depuis le départ, les Camerounais ont souhaité ce dialogue: si c’est Biya qui le permet, en me bouchant le nez, je n’en vois aucun inconvénient, d’autant plus qu’il est souvent bon que le pyromane arrête lui-même l’incendie qu’il a causé.

La Position de Fru Ndi

Le président du Social Democratic Front, Ni John Fru Ndi, a saisi l’offre au bond et s’est dit disposé à y participer.

Comme c’est devenu, hélas, le cas depuis un moment, il s’est fait «allumer» par certains Camerounais, spécialistes en désinformation.

Combien parmi eux ont lu les conditions suivantes posées par le Chairman?

«1- Le cessez-le-feu immédiat et bilatéral: Les soldats des forces de défense et de sécurité rentrent dans les casernes et les combattants des bandes armées ou milices déposent les armes.

2- La libération immédiate de tous les prisonniers politiques incarcérés dans le cadre de cette crise.

3- La nomination d’un médiateur de la crise et l’acceptation des observateurs.

– Le médiateur aura en charge entre autres de contacter et de recueillir les propositions des différents protagonistes qui se trouvent globalement dans quatre foyers précis à savoir le territoire national, le Nigéria, l’Amérique du Nord et l’Europe.

– Les observateurs auront en charge de vérifier l’avancée progressive du processus de paix en rapport avec les conclusions arrêtées de commun accord.

4- Le report des élections locales: Les élections régionales, municipales et législatives ne sauraient se tenir dans les conditions actuelles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Elles doivent se tenir après le retour effectif de la paix dans ces deux Régions».

Quel homme politique responsable aurait pu dire autre chose?

Fru Ndi est d’autant plus légitime pour s’accrocher à tout espoir de paix, qu’il est le seul leader de ce niveau qui vit encore dans la zone;

Qui voit cette zone dépérir, se vider de sa population, s’appauvrir au bénéfice de gangs armés, qu’ils soient composés de sécessionnistes ou de membres des forces de l’ordre:

Il a personnellement souffert de ce conflit car victime d’incendie, de rapts…

Enfin, sur le plan politique, il s’agit de son fief électoral: la zone où son parti a le plus d’élus.

Dans l’intérêt de son électorat qui souffre de cette situation qui ne peut plus durer, il est du devoir d’une personnalité politique qui a aspiré ou aspire à diriger ce pays, d’avoir la stature d’HOMME D’ETAT: stature qui permet de comprendre qu’après une bataille, même féroce, les grands hommes œuvrent pour la paix.

La position de Maurice Kamto

Dans cette affaire, ce sont les prisonniers politiques, dont Maurice Kamto, qui seront les premiers bénéficiaires.

Aucun dialogue ne peut se faire dans ce pays avec succès, sans Maurice Kamto et la bande à Ayuk Tabe, n’en déplaise à certains puristes.

Si cette baisse de tension peut permettre à ces derniers de retrouver vite la liberté, ce sera déjà ça de pris car, que personne ne vous trompe, la vie en prison n’a rien d’agréable, même si dans le cas de Maurice Kamto, cela peut offrir un destin national.

Qui imagine Maurice Kamto, à sa sortie de prison, faire à pied la distance entre Edéa et Douala? Il arrivera dans la capitale économique à la tête de combien de partisans? Qu’est ce qui se passerait ensuite?

Qu’aurait d’ailleurs fait le patron du MRC s’il avait été à la place de Fru Ndi? Relisons ensemble cette déclaration de son avocat Maître Dupont Moretti: déclarations qui n’ont jamais été démenti.

«Aujourd’hui nous avons pu rencontrer nos clients parmi eux le professeur Kamto. Il redit ici par ma voix qu'il est tout à fait prêt à discuter avec le président Paul Biya».

Les HOMMES D’ÉTAT savent que pour devenir Chef d’Etat, derrière le crépitement des armes, il faut savoir maitriser l’art de la négociation.

Ce dialogue est nécessaire et tout opposant qui y participe doit être vigilant, tant le RDPC (parti au pouvoir NDLR) et son maître sont des spécialistes en escroquerie politique.

Mais il ne doit pas oublier que l’objectif premier n’est pas d’humilier Paul Biya, mais de mettre un terme à cette guerre civile larvée, à ce climat morose qui risque de détruire ce beau pays.

Benjamin Zebaze

Fred BIHINA

Auteur:
Fred BIHINA
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