Cameroun - Décret sur la mise en liberté des prisonniers anglophones: Paul Biya est passé maître dans l’art d’être imprévisible et de déjouer les pronostics, selon Marie Claire Nnana

Par Marie Claire Nnana | Correspondance
YAOUNDE - 01-Sep-2017 - 00h53   6821                      
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Marie-Claire Nnana, DP Cameroon Tribune Archives
Dans son éditorial publié ce jeudi au lendemain de la décision du Chef de l’État de remettre en liberté les prisonniers de la crise anglophone, la directrice de publication de Cameroon Tribune décrit une «main tendue du père à l’enfant mis au cachot pour avoir transgressé des codes familiaux du vivre ensemble».

Ci-dessous, l’intégralité de l’éditorial de Marie Claire Nnana:

Passé maître dans l’art d’être imprévisible et de déjouer les pronostics, Paul Biya en a surpris plus d’un hier, en ordonnant l’arrêt des poursuites judiciaires contre des ténors du mouvement de contestation - syndicale à l’origine - et de violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Un véritable coup de tonnerre. Mais aussi un acte de clémence louable et hautement significatif, que les bienveillants n’osaient espérer, mais que les partisans du pire redoutaient, conscients des dividendes qu’un tel signal pourrait produire sur le climat social. Car que seraient les irrédentistes, une fois la paix restaurée ? Orphelins d’une cause et d’un beau prétexte - l’incarcération des leaders - ils manqueraient aussitôt de sève et d’allant. Ils seraient confinés à l’oubli. Le désordre et l’instabilité étant comme on l’a vu, leur fond de commerce.

Heureusement pour le Cameroun, le pire n’est jamais certain, et le ciel, lourd de menaces depuis plusieurs mois, ne nous est pas tombé sur la tête. Au contraire ! Le Président de la République, usant de ses prérogatives constitutionnelles, et de sa position centrale d’arbitre du jeu politique, a pris la décision salvatrice d’arrêter les poursuites pour certains des justiciables interpellés dans le cadre de cette affaire.

A l’analyse, le moment choisi pour ce geste de magnanimité du Prince ne doit rien au hasard. A quelques jours de la rentrée scolaire, que les extrémistes de ce mouvement de revendication appellent à boycotter, alors que certains parents sont dans le désarroi face à la peur des actes de vandalisme et de pyromanie ciblant les écoles, et que les leaders religieux et les fons appellent à la libération des personnes incarcérées dans le but de sauver l’école, le chef de l’État a montré une fois encore son extraordinaire aptitude au dialogue.

Ni indifférent et retranché dans sa tour d’ivoire, ni complaisant face au désordre et à l’incivilité, Paul Biya est simplement attentif et à l’écoute des siens. Dans le cas de cette agitation mâtinée de violences que vivent deux régions du Cameroun, on peut supposer que sa responsabilité d’homme d’État l’a conduit à soupeser l’efficacité de la répression avec les périls sur l’unité et la stabilité que cette répression peut entraîner. Il est clair en effet que sous le prétexte de revendications corporatistes, l’objectif poursuivi par les instigateurs de violence est de détruire un sentiment d’appartenance de tout un pan du pays à la nation, en espérant reconstruire une nouvelle identité érigée sur une base tribalo linguistique dans la fantasmagorique « Ambazonie ». Un tel scénario pour la majorité des Camerounais est absolument inconcevable. Elle ne résoud en tout cas rien du vrai problème anglophone, qui se pose en termes de prise en compte totale et permanente, dans toutes les strates de l’administration et de la société, de cet héritage culturel anglophone. Et de l’assumer pleinement. Cette réponse-là, la vraie, la seule, a commencé à être apportée par le chef de l’État, à travers la création de la Commission nationale pour le bilinguisme et le multiculturalisme, et à travers des réformes en profondeur des systèmes judiciaire, scolaire et universitaire.

C’est pourquoi ce beau geste d’apaisement peut avoir à notre entendement, deux lectures, parmi d’autres:

C’est la main tendue du père à l’enfant mis au cachot pour avoir transgressé des codes familiaux du vivre ensemble. En même temps qu’il retrouve sa liberté, il retrouve l’affection du père, et l’immersion dans une famille à laquelle néanmoins il n’avait jamais cessé d’appartenir, du fait de sa faute. La rédemption suppose toutefois la reconversion complète et l’engagement à se conformer aux règles.

Mais c’est aussi un appel à l’unité adressé au reste de la communauté nationale. Plus que jamais, le président du Cameroun reste attaché à son ambition révélée à l’aube de sa prise de pouvoir d’apporter au Cameroun la démocratie et la prospérité. Malgré les vents contraires, la crise économique, la guerre contre Boko Haram, l’insécurité aux frontières maritime et orientale, et cette récupération du malaise anglophone par des extrémistes de tous bords, ce cap est resté le même. Paul Biya appelle donc les siens à s’unir pour avancer dans la paix et la cohésion sur cette voie de l’émergence, pour bâtir un Cameroun moderne, qui comptera dans le concert des nations.

En optant pour l’apaisement dans ce tournant qui fera date sur le parcours, le Chef de l’État nous invite à donner une chance à l’avenir. Il montre ainsi que la nation est au-dessus des querelles, qu’elle ne fera jamais ancrage sur un mythe (le séparatisme), encore moins sur une tribu ou une langue, quelle qu’elle soit. La nation Cameroun se forgera sur la fédération de nos différences, de nos richesses, de nos ressources, et de notre volonté.

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