Cameroun - Droit de réponse: "L'armée n'est pas dépassée"

Par | Le Jour
Yaoundé - 21-Apr-2014 - 16h40   51950                      
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J'ai lu avec une attention particulière l'article relatif à la sécurisation de nos frontières commis par Monsieur Denis Nkwebo dans votre journal Le Jour N° 1664 en page 2.
J'ai lu avec une attention particulière l'article relatif à la sécurisation de nos frontières commis par Monsieur Denis Nkwebo dans votre journal Le Jour N° 1664 en page 2. Permettez-moi tout d'abord d'apprécier l'intérêt particulier que votre journal réserve à l'actualité brûlante de l'insécurité qui sévit actuellement aux frontières du Cameroun en apportant de nombreux angles de lecture, prouvant ainsi, qu'aucune ligne éditoriale expresse n'est édictée sur la question. Mais permettez-moi également de relever une inquiétude s'agissant de l'appropriation, facile que les médias se font désormais des questions de sécurité qui restent des domaines réservées sous d'autres cieux, tout au moins, au motif de leur sensibilité. C'est peut-être le témoignage de l'effectivité de la liberté de presse qui nécessiterait au demeurant, qu'il soit pris quelques précautions pour que les missions opérationnelles des Forces de Défense puissent s'accomplir avec sérénité, surtout si les informations sont traitées avec légèreté, aboutissant à des conclusions hâtives et inexactes malgré les vérités de la situation réelle sur le terrain. Surtout que le «secret défense», protégé par les lois pénales de notre pays, peut être rapidement chevauché même par inadvertance, dérapage qui constitue un fait délictuel aggravé en temps de crise. Monsieur Denis Nkwebo a amorcé un sujet délicat sur la sécurité de nos frontières et s'est hâté île conclure que nos Forces de Défense étaient dépassées au regard de la situation qui se caractérise par des prises d'otages et toujours d'après-lui, une posture quasi défensive de nos hommes au niveau de la frontière Est, pour conclure enfin que notre armée réagit au coup par coup et qu'il serait grand temps d'interpeller le gouvernement de la République. Ce constat est grave autant qu'il démontre légitimement pour un non-professionnel, une certaine ignorance de l'analyse stratégique militaire préalable d'un raisonnement précis menant à l'action. Il faudrait déjà évacuer la typologie distincte des menaces qui se caractérisent à l'Est par la présence à proximité de notre frontière de combattants en débandade qui rejoignent leur situation initiale de mercenariat, cherchant à se ravitailler. Au Nord, il s'agit d'une menace intégriste partie d'un pays voisin qui aurait tendance à faire des métastases régionales en régénérant malheureusement d'anciennes menaces pouvant se baptiser fortuitement du sceau de la secte Boko Haram, à tort ou à raison. Beaucoup de business crapuleux en effet pourraient trouver dans le climat psychologique actuel, un champ opérationnel fertile pour conduire des activités interlopes... Il faudrait noter que ces deux menaces qui sont jusqu'à preuve de contraire indépendantes ont surgi avec intensité au même moment, pendant que la façade maritime continue de nécessiter une vigilance de tous les instants et que la sécurité intérieure appelle à une grande sollicitation des hommes. Face à ces menaces, le haut commandement a prescrit aux Forces de Défense des mesures immédiates qui relèvent du spectre de leurs missions régaliennes et instruisent la défense ferme et sans recul du territoire national. Partout où des assaillants se sont signalés, ils ont reçu une riposte appropriée et ont été repoussés. C'est le lieu de dire que toutes les attaques qui ont été menées aujourd'hui sur notre territoire n'ont rien de conventionnel et s'apparentent aux méthodes asymétriques. Dans ce mode de combat, il s'agit de surprendre des forces conventionnelles le plus souvent par des actions psychologiques qui affectent l'opinion. Les attentats du 11 septembre 2001 qui ont frappé les Etats-Unis au cœur de leurs symboles étayent à suffisance la difficulté de la prévention de telles attaques. Les armées doivent augmenter leur capacité de réaction et de dissuasion pour donner un signal non-équivoqué aux agresseurs potentiels afin qu'ils comprendre clairement que de telles actions ne peuvent prospérer. Ce signal a été donné à plusieurs reprises par nos Forces qui ont certes perdu deux hommes.au cours d'un accrochage parmi tant d'autres, mais qui ont toujours repoussé les assaillants faisant bon nombre de victimes dans leur rang. Ce qui a contribué aujourd'hui à atténuer, voire stopper la tendance de ces incursions. Le bilan ne peut que constituer un élément d'appréciation pertinent qui nous interroge alors sur ce qui a pu motiver le constat d'une armée dépassée, comme l'affirme Monsieur Denis Nkwebo. D'ailleurs, dans le souci constant d'informer, le Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense a toujours fait des communiqués à l'adresse de l'opinion publique. Quant aux rapts qui semblent se concentrer sur les expatriés et religieux, il s'agit d'actions bien étudiées de manière à ne permettre aucune réaction instantanée de nos Forces de la Défense. Le rapt de la famille Fournier s'est opéré à la limite de la frontière avec le Nigeria, annihilant toute possibilité de poursuite et celui des religieux sur des lieux retirés qui fatalement ont permis la dilution rapides des ravisseurs, ne feignons pas d'ignorer la géographie de cette région et de la facilité en saison aride de passer d'un pays à un autre. Il faudrait signaler qu'auparavant, les autorités ont toujours eu à appeler l'attention des expatriés sur le respect de certaines consignes de sécurité qui n'ont toujours pas été suivies. Enfin, devant cette situation préoccupante, le Chef de l'Etat, Chef des Armées a pris des mesures fortes se traduisant par un nouveau déploiement de nos Forces de Défense pour permettre, un meilleur maillage du territoire national et favoriser une réactivité efficace face à la multiplication des points crisogènes. De gros efforts ont également été consentis avec la dotation d'équipements modernes qui accroissent la mobilité des hommes et leur puissance de feu, tout comme celle des moyens aériens qui améliorent la flexibilité et la recherche du renseignement prévisionnel. Ces mesures traduisent par conséquent l'intérêt de tout premier plan qu'accorde le Chef de l'Etat, Chef des Armées, à la sécurisation du territoire pour dire qu'il n'y a pas lieu d'interpeller le gouvernement. Les Forces de Défense vont continuer à s'acquitter de leurs missions avec honneur et fidélité, au sacrifice de leur vie si la nécessité s'impose et dans le respect des lois et règlements internationaux. Nous sollicitons par conséquent la reconnaissance de la nation pour la valeur élevée du sacrifice consenti par ceux qui payent lourdement de leur vie en vue de la protection de la patrie. Certaines familles, épouses et enfants ne verront plus ceux-là qui sont morts sur la crête des cimes. En revanche, il faudrait éviter de cultiver un climat de psychose auprès des populations, tout au contraire, il s'agirait de réveiller notre sentiment patriotique pour consolider les bases de notre concept de défense qui est un concept de défense populaire. A ce titre, le renseignement est la première articulation de cette précieuse collaboration entre l'Armée et la Nation et les médias sont un levier pédagogique qui dans leur liberté peuvent tout aussi s'acquitter de ce combat citoyen contre l'insécurité, dans la veine de la défense populaire. Le Lieutenant-Colonel Badjeck Didier Chef de Division de la communication
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