Cameroun - Escalade de la violence en zone anglophone/Jean-Michel Nintcheu (député SDF): «Le régime de Yaoundé doit définitivement comprendre que le retour au calme ne se décrète pas»

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 14-Aug-2020 - 11h31   3023                      
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Jean-Michel Nintcheu Archives
Le président régional du Social Democratic Front (SDF) pour le Littoral a publié une déclaration après les assassinats sauvages de jeunes femmes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Jean-Michel Nintcheu exprime d’abord son indignation suite à l’assassinat cruel de Confort Tamassang à Muyuka le 11 août dernier. Le député SDF (Social Democratic Front) du Wouri-Est exige des «enquêtes sérieuses et impartiales» pour «débusquer tous les auteurs et véritables commanditaires de ce crime odieux».

Pour le régional du SDF dans le Littoral, l’escalade de la violence en zone anglophone doit passer un message clair au gouvernement: «Le régime de Yaoundé doit définitivement comprendre que le retour au calme ne se décrète pas. Au stade actuel de la crise, le retour à la paix doit être un construit sincère», écrit-il.

Voici l’intégralité de sa déclaration:

L’assassinat d’une compatriote par décapitation dans la ville de Muyuka fait le tour des médias sociaux ces derniers temps. Les images sont terrifiantes.

Cette exécution innommable est à condamner sans réserve avec la dernière énergie. Rien, absolument rien ne justifie une telle cruauté. Cette nouvelle exécution montre que cette guerre du NOSO – qu’on aurait du reste pu éviter – vient de franchir un nouveau cap puisque les bourreaux ont opéré à visage découvert. Des enquêtes sérieuses et impartiales doivent être mises en branle pour débusquer tous les auteurs et véritables commanditaires de ce crime odieux.

Au-delà de l’émotion humaine déclenchée par cette barbarie insoutenable dans la conscience collective, il y a lieu de se rendre à l’évidence que toutes les indignations et compassions collectives ainsi que tous les débats périphériques autour de ce drame, ne suffiront pas à résoudre le problème de fond qui est le retour à la paix dans nos deux régions du nord-ouest et du sud-ouest.

Dès le déclenchement de cette crise, les actes d’horreur venant d’acteurs divers et des bandits de grand chemin nauséeux étaient prévisibles du fait que d’aucuns appelaient déjà à la sécession. Le régime de Yaoundé ne l’a pas compris alors que les germes d’atrocités se profilaient déjà à l’horizon. Et c’est dommage. Les pertes en vies humaines ainsi que les dégâts collatéraux sont incommensurables.

Le régime de Yaoundé doit définitivement comprendre que le retour au calme ne se décrète pas. Au stade actuel de la crise, le retour à la paix doit être un construit sincère. Il s’agit en réalité d’une crise politique à laquelle il faut des solutions politiques. Seul le règlement définitif du contentieux historique et le retour au fédéralisme – qu’on pourrait éventuellement étendre aux autres régions du pays sur la base des contours actuels – permettront un règlement pacifique, irréversible et définitif de ce conflit. Toutes les émotions enregistrées jusqu’ici n’auront aucun effet sur cette crise tant que ce contentieux historique n’est pas réglé.

Quelle que soit le type de guerre, les protagonistes finissent toujours par s’asseoir autour d’une table de négociations. Après plus de trois ans et demi, Le pouvoir en place a échoué à ramener la paix dans ces deux régions. Les sécessionnistes s’obstinent à rester dans leur position initiale. Ce sont des faits. Du fait que les deux principaux protagonistes des violences diverses campent sur leurs positions respectives, il n’y a pas de honte que d’autres acteurs entrent en jeu dans la résolution de ce conflit.

Tous les acteurs d’influence certaine à l’intérieur du pays ainsi que la communauté internationale doivent mettre suffisamment de pression sur le gouvernement camerounais et sur les sécessionnistes ”ambazoniens” pour trouver une solution négociée à cette crise. Pourvu que la paix revienne dans ces deux régions du nord-ouest et du sud-ouest. Rien, absolument rien ne vaut la paix.

Pour terminer, des générations entières qui feront à coup sûr le Cameroun de demain, regardent les différents protagonistes de cette crise. Ces compatriotes innocents et impuissants observent certainement avec indignation tout ce qui se passe actuellement sous leurs yeux. Ils en sont les témoins vivants et transmettront dans les moindres détails leurs témoignages aux générations suivantes.

Certains parmi eux seront de toute évidence aux affaires demain. Les hommes passeront et le Cameroun restera. Il y a lieu de craindre que rendus aux affaires, ils deviennent impitoyables à l’endroit de ceux qui ont fait perdurer cette sale guerre qui aurait pu être évitée. Pour que ce ne soit pas ainsi dans le futur, il faut en plus d’un cessez-le-feu qui urge, un véritable dialogue national inclusif au cours duquel la vérité et la réconciliation triompheront. Pour un nouveau départ pour le Cameroun.

Auteur:
Fred BIHINA
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