Cameroun - Exclusif: Me Michèle Ndoki confirme à Cameroon-Info.Net qu'elle a été interpellée à Idenau et raconte l'histoire

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 24-Nov-2020 - 15h10   12767                      
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Michèle Ndoki capture d'écran
Contactée par notre rédaction, l’avocate a bien voulu faire le récit de son interpellation le 21 novembre 2020 dans la région du Sud-Ouest.

Maître Michèle Ndoki a bien été interpellée samedi dernier dans la localité d’Idenau, alors qu’elle revenait de la presqu’Ile de Bakassi, située à la frontière avec le Nigeria. L’avocate et vice-présidente de l’organisation des femmes du MRC a dû subir un long interrogatoire avant d’être libérée. C’est après qu’elle a regagné son domicile à Douala.

La rédaction de Cameroon-Info.Net a approché la militante des droits de l’Homme, qui est revenu sur les circonstances de cette affaire.

«Je suis arrivée de Bakassi samedi dernier (21 novembre 2020, NDLR) et j’ai accosté à Idenau aux alentours de 15h. J’ai été immédiatement vers le poste de police pour présenter ma pièce d’identité, comme pour tous les passagers qui sortaient de la chaloupe. Le policier a pris ma pièce d’identité, il m’a demandé de le suivre au poste.

Arrivée au poste, j’ai été amenée dans le bureau du chef de poste, qui m’a interrogée.

  • D’où je sors: je lui ai dit. De toutes les façons il le savait déjà, puisqu’il savait d’où provenait la chaloupe dans laquelle je suis venue.
  • Comment je suis arrivée là-bas: j’ai pris la route.
  • Que je décrive la route, quelles sont les étapes, c’était pour faire quoi, j’ai vu qui, j’étais avec qui ?

Là, j’ai protesté en disant que je veux comprendre s’il y a un problème. On m’a dit qu’il n’y en avait pas, mais qu’on attendait quand même, on allait rendre compte à la ‘‘hiérarchie’’.

Quelques minutes plus tard, un commissaire divisionnaire de la direction de la Surveillance du Territoire a appelé le chef de poste de police des frontières, s’est entretenu avec lui, a demandé à me parler, j’ai pris le téléphone, m’a reposé un certain nombre de questions: comment je suis allée à Bakassi, je suis passée par où, est-ce que j’ai eu des difficultés sur la route ?

J’ai redemandé ce qui se passait, on m’a dit qu’il ne se passe rien et qu’on me reparlerait tout à l’heure. Il m’a dit de passer le téléphone au chef de poste, ce que j’ai fait. Après avoir raccroché, le chef de poste a dit qu’il devait m’amener au poste de Surveillance du Territoire qui se trouve à Limbe pour poursuivre l’interrogatoire.

Ils m’ont accompagnée en voiture à trois: une dame de la Surveillance du Territoire et deux messieurs de la police des frontières. Ils m’ont accompagnée jusqu’à Limbe, au poste de la Surveillance du Territoire. Afin je crois, puisqu’il n’y a pas de plaque, y a rien.

Nous sommes arrivés à Limbe vers 19h et on a repris un interrogatoire, cette-fois mené par un officier de police. Je sais que c’est un officier de police parce qu’il s’est présenté au bout de 45 minutes. Il était en civil, tenant un Talkie-Walkie en main, en compagnie d’un autre homme  qui était dehors.

On a repris l’interrogatoire, il a demandé à voir mon téléphone, mais que je n'avais pas sur moi. J’ai dit au bout de la 3ème question que moi je ne voulais plus répondre si on ne me disait pas ce qui se passait. Surtout que le monsieur prenait des notes.

Au lieu de m’expliquer ce qui se passait, ils ont plutôt essayé de me rassurer. Je leur ai fait valoir que même si le ton était très cordial, je n’étais pas rassurée pour autant. Parce que la dernière fois que j’avais eu à faire à la police, le ton était très gentil et cordial, mais j’ai été jusqu’à la prison principale de Kondengui et j’ai quand même été poursuivie pour des faits passibles de la peine de mort. Donc que la gentillesse pour moi, ça ne suffisait pas. Il fallait qu’on m’explique ce qui se passait.

A ce moment-là, le téléphone a sonné, l’officier qui m’interrogeait est sorti de la pièce. Il est revenu, il a dit que je pouvais rentrer chez moi, que j’avais raison, effectivement que je pouvais aller et venir. Et ils m’ont payé le transport, puisque sur moi, je n’avais que ma carte d’identité.

C’est tout ce que je sais sur cet incident. Je n’ai pas pu savoir, jusqu’au moment où je partais ce qu’on me reprochait».

Auteur:
Fred BIHINA
 @t_b_d
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