Cameroun - Fonds contre le COVID-19/Shanda Tonme (acteur de la société civile): «L’initiative du MRC est louable, mais la mise en œuvre a été complètement ratée sur le plan procédurier, légal et administratif»

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 14-Apr-2020 - 13h33   6768                      
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Le Pr Shanda Tonme CIN SC
Dans une interview fleuve accordée à plusieurs journalistes, le Pr Shanda Tonme, du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (MPDR – PMDR), et président de la Commission Indépendante contre la Corruption et la Discrimination (COMICODI), donne son avis sur la lutte contre le Coronavirus et surtout, la polémique liée à l’initiative de levée de fonds du MRC et son président, Maurice Kamto.

Cameroon-Info.Net a sélectionné des extraits de cette interview. Certaines questions ont été reformulées par notre rédaction.

Question: Comment appréciez-vous la réponse du gouvernement face au COVID-19 ?

Shanda Tonme: Alors, pour une fois, je dis qu’elle est parfaite, pas avec toutes les mesures d’accompagnement en comparaison avec ce que l’on a vu dans certains pays, mais du moins pour ce qui concerne la réactivité, la communication, l’organisation spatiale et l’implication des principaux démembrements de l’Etat au centre et dans les villes et dans les régions excentrées.

Question: Mais ne craignez-vous pas d’être contredit par ceux qui continuent d’avoir un avis contraire voire très critique ?

Shanda Tonme: Ecoutez, je ne parle pas pour faire plaisir à qui que ce soit, ni pour attendre des félicitations ou des remontrances de qui que ce soit.

Question: Voilà qui nous mène tout droit sur l’affaire ministre de l’Administration Territoriale contre MRC. Quel jugement portez-vous sur l’interdiction de l’initiative de ce parti de réunir les fonds pour exprimer la solidarité aux victimes de la maladie ?

Shanda Tonme: L’initiative du MRC était louable et le demeure, mais la mise en œuvre a été complètement ratée sur le plan procédurier, légal et administratif. Je ne pense pas faire injure à la vérité et au droit, en faisant cette affirmation. Nous sommes malheureusement dans un contexte où tout ce qui crée la polémique est très applaudi, nourrit de gros titres dans la presse et excite de nombreux esprits négatifs. Je vous l’avais déjà dit ici, à propos de certaines déclarations du ministre Nji Atanga. Ce n’est parce que l’on attribue toutes les épithètes des bas étages, que tout ce qu’il dit et fait est forcément mauvais. Il demeure un membre du gouvernement et agit dans le cadre strict, je l’espère, de la politique conduite et supervisée par le Premier ministre sous l’impulsion du président de la République tel que le dispose notre constitution.

Question: Pouvez-vous mieux élaborer sur cette question ?

Shanda Tonme: En somme, la démarche du ministre est légalement et constitutionnellement fondée, tant au regard des dispositions propres à l’organisation des quêtes et des collectes sur le territoire de la république, qu’au regard des prérogatives et privilèges de l’autorité de supervision et de sanction des activités des partis politiques et des associations… Les quêtes et les campagnes de collectes des fonds sont réglementées, et sont effectivement soumises à l’autorisation du ministre de l’Administration Territoriale, ce qui ailleurs est le ministère de l’intérieur. En réalité, cela procède d’un entendement logique simplement normé dans chaque contexte national.

Question: Mais dites, Prof, ils soutiennent que l’absence du Chef de l’Etat constitue un problème ?

Shanda Tonme: Je veux bien me ranger à cet avis, à cette façon de voir et de concevoir la gestion d’une crise, cependant il me semble encore important une fois de plus, de ne pas mélanger les choses. Que Paul Biya n’ait pas pris la parole crée quel blocage dans la prise en charge des malades et dans la mobilisation des moyens et des ressources structurelles de tous ordre de l’Etat ? J’ai beaucoup plus entendu pleurnicher sur le Président qui ne parle pas, que sur la qualité de la prise en charge et l’organisation de la riposte. Par ailleurs, les problèmes de notre système de prise en charge de la santé des citoyennes et citoyens en général ne sont pas nouveaux et il vaudrait mieux en parler, en parler et en parler de façon constructive, pragmatique et moins belliqueux, que de nous mettre le sable dans les yeux pour un moment avec le Coronavirus.

Auteur:
Fred BIHINA
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