Cameroun - Indiscipline dans l’armée: Comprendre le phénomène !

Par Jean-Marie NKOUSSA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 19-Oct-2017 - 14h56   3497                      
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Armée camerounaise Archives
Mutineries, assassinats, agressions etc. Les hommes en tenue se retrouvent de plus en plus impliqués dans des actes répréhensibles.

Les exemples sont légions. Ces derniers mois, des éléments de l’armée se sont illustrés par des actes d’indiscipline notoire. L’Œil du Sahel paru le 18 octobre a recensé les plus retentissants perpétrés depuis deux ans.

« Le dernier fait en date a eu lieu le 4 octobre 2017 à Mora. Les témoins racontent qu’il était 16h, lorsque Jean Blaise Woumboune, soldat de 2è classe a ouvert le feu sur le chef de bataillon Ayissi Tsanga. En poste pour le compte de la Mission Multinationale Mixte (FMM) en guerre contre Boko Haram basée dans le département du Mayo-Sava dans l’Extrême-Nord, les deux hommes étaient en conflit depuis quelques mois. Confit qui s’est finalement soldé par la mort tragique des deux hommes ».

Quatre mois avant, précisément le 3 juin 2017 indique notre confrère, une trentaine de militaires de la FMM faisaient parler d’eux en bloquant la circulation sur la route Kousseri-Maroua à Zigué. Les soldats mutins exigeaient leur relèvement et le paiement des primes similaires à celles versées aux éléments engagés dans des missions internationales de maintien de la paix à l’instar de la MINUSCA en RCA.

Un acte très mal apprécié par Yaoundé qui avait immédiatement pris des mesures afin les grévistes soient punis. Pourtant un mois plus tard, le 17 juillet, Jude Woumessi, jeune gendarme semait la désolation dans la compagnie de gendarmerie de Kousseri en tuant le capitaine Ondoua commandant de ladite compagnie de gendarmerie, mais aussi les gendarmes Carole Ndengue et May Bebey ainsi que dame Ibrahim, cuisinière.

Le journal présente d’autres faits d’indiscipline. Le 12 juillet 2016, un groupe de 98 militaires a immobilisé le train à la gare de Ngaoundéré au motif que les amis civils ne devaient pas s’acquitter des frais de transport. Face à l’opposition des employés de la CAMRAIL, le sergent-chef Betchem Ngangue tire un coup de feu en l’air, semant la panique. A l’époque, le général Elias Toungue alors commandant de la légion de gendarmerie de l’Adamaoua, avait dû intervenir, demandant au sergent-chef de rendre son âme. Notre confrère souligne que ce dernier refuse d’obtempérer. Il cravata l’officier supérieur et son camarade pointa l’arme sur ce dernier. Informé de cette situation, le ministre de la Défense ordonna l’interpellation à l’immédiat des deux indisciplinés. Ce qui fut fait. Mais les autres militaires présents dans la gare décidèrent de retarder le départ du train si leurs camarades interpellés n’étaient pas relâchés. Le MINDEF dut céder à cette demande.

D’autres cas sont cités à l’instar de l’assassinat à Mbalmayo du maréchal des logis Christophe Nsangou par son camarade Valère Mbozo’o maréchal de logis, lui aussi, à cause d’une femme.

Interrogé par L’Œil du Sahel, Pr Emmanuel Bingono, enseignant de psychologie à l’université de Maroua analyse que cette situation est due à plusieurs facteurs. « D’abord, il faut interroger la communication au sein de l’armée. Peut-être que le chef chosifie son subalterne. Lorsque l’arme reste le seul moyen d’expression, on doit interroger le mécanisme de communication et de pouvoir au sein de l’armée. Deuxièmement, il faut interroger la notion de gestion de pouvoir chez les officiers supérieurs… Le troisième niveau est la notion de discipline. Quand un soldat tue son chef, cela veut dire qu’il n’y a plus de discipline. Il faut interroger l’enquête de moralité », soutient l’universitaire.

Face à ces dérives, mentionne le journal, le gouvernement a durci le ton. Des mesures exemplaires ont été très souvent prises. Jude Mbincho Wuwesi a par exemple été radié des rangs de la gendarmerie. Il est incarcéré à Yaoundé et poursuivi par le tribunal militaire. Le Code militaire a été promulgué par le Président de la République le 12 juillet 2017. Ce dernier requalifie les infractions et alourdie les sanctions pour les militaires indisciplinés.

Auteur:
Jean-Marie NKOUSSA
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