Cameroun - Insécurité dans l’Adamaoua: 100 personnes enlevées et 500 millions de FCFA de rançon versés en 2018; l’élite locale tire la sonnette d’alarme, tandis que le gouverneur Kildadi Boukar réfute

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 14-Jan-2019 - 22h17   2692                      
4
Un meeting politique dans l'Adamaoua Archives
Réunies le 13 janvier 2019 à Yaoundé, les forces vives de l’Adamaoua ont dénoncé la montée du phénomène des prises d’otages dans leur région.

Les chiffres sont effroyables ! Entre janvier et décembre 2018, plus de 100 personnes ont été enlevées dans la région de l’Adamaoua. Sur la même période, environ 500 millions de FCFA de frais de rançon, ont été versés aux ravisseurs, par les proches des otages. Ces statistiques ont été présentées dimanche dernier à la presse, par les forces vives de la région château d’eau du Cameroun.

Elus du peuple, autorités administratives, militaires et opérateurs économiques, se sont réunis à Yaoundé, pour dénoncer la montée en puissance du phénomène de prises d’otages dans leur région. La rencontre était présidée par le vice-président de l’Assemblée Nationale, Théophile Baoro.

Selon le colonel à la retraite, Bobo Ousmanou, le chiffre de 100 personnes enlevées est très en deçà de la réalité, rapporte le journal Mutations, paru ce 14 janvier 2019. «L’ancien officier supérieur de gendarmerie a soutenu que les prises d’otages s’élèvent en moyenne à 380 personnes par an», souligne le quotidien privé.

Pour Ahmadou Tidjani, ancien gouverneur de région et membre du Conseil Constitutionnel, l’épicentre de ce phénomène se situe dans la Faro et Déo dont le chef-lieu est la ville de Tignère. Une zone très enclavée, qui connait une forte transhumance pour le bétail. Selon le document présenté par l’élite de l’Adamaoua, 40% des enlèvements de l’ensemble de région, ont été enregistrés dans cette zone.

Le phénomène est tel que, certaines populations décident de verser des fortes sommes en guise de rançon, sans en informer les autorités. «Si elles le font, en général, les otages sont tués», indique le document sus évoqué. Le même document mentionne qu’«à l’observation aujourd’hui, ce phénomène est devenu un business. Au début de la crise, les preneurs d’otages étaient tous des étrangers. Soit des Centrafricains, soit des Tchadiens. Mais à ce jour, ils ont réussi à enrôler des locaux avec qui ils opèrent par sous-traitance».

L’élite locale affirme que le phénomène touche tous les départements de l’Adamaoua, à l’exception du Mayo-Banyo. Une situation à l’origine d’une forte exode rurale.

Le gouverneur conteste

Réagissant à cette sortie, le gouverneur de la région concernée, a déclaré qu’«il n’en n’est rien de ces statistiques». Kildadi Taguiéké Boukar  affirme que les autorités sont à pied d’œuvre pour endiguer les prises d’otages. «Comment peut-on parler de laxisme alors que nous quadrillons le territoire, alors que nous perdons des hommes sur le terrain», s’est interrogé le patron de l’Adamaoua.

Fred BIHINA

Auteur:
Fred BIHINA
 @t_b_d
  • E-mail 0
  • Google+
  • Tweet
  • Partagez
Dans la même Rubrique