Cameroun - Le politologue Njoya Moussa sur l’arrestation d’Ayuk Tabe: «Même si vous arrêtez tous les leaders, cela ne changera rien»

Par Otric NGON | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 08-Jan-2018 - 11h25   14442                      
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Njoya Moussa Archives
C’est sur les réseaux sociaux que la nouvelle de l’arrestation du président autoproclamé de l’Etat imaginaire de l’Ambazonie est tombée le dimanche 7 janvier 2018.

Le leader de la cause anglophone Sisiku Ayuk Tabe et ses lieutenants auraient été interpellés vendredi dernier au Nigeria alors qu’ils étaient en réunion dans l’une des salles de l’hôtel Nera à Abuja.

Pour l’heure, ni le gouvernement camerounais, ni celui du Nigeria, ne confirment cette information. Selon le politologue Njoya Moussa, une chose est sûre c’est que pour assurer leurs fonctions ces leaders n’étaient pas cachés. «Ils évoluaient au grand jour comme tous les leaders sécessionnistes», affirme-t-il dans une interview à Le Jour ce lundi 8 janvier 2018.

C’est depuis fin décembre 2017 que les autorités nigérianes mettent aux arrêts des sécessionnistes qui ont trouvé refuge au Nigeria. Pour Njoya Moussa, ces arrestations sont la résultante de l’engagement du Nigeria à ne pas servir de base arrière:

«Il y a environ deux mois, le président Biya a reçu un émissaire nigérian qui venait lui remettre un pli fermé contenant le message du président Buhari, visant à rassurer le Cameroun de ce que le Nigeria ne saurait servir de base arrière à un mouvement sécessionniste. Ne serait-ce que par reconnaissance historique. Car, le Cameroun avait refusé dans les années 60 à 70 d’être une base arrière de la réflexion biafraise et tout récemment de Boko Haram».

Toutefois, nuance l’enseignant d’université, «ces arrestations ne viendraient pas mettre un terme à la crise dans les régions anglophones. L’impact de ces leaders quant à la lutte sur le terrain n’a jamais été démontré fondamentalement. Le problème des revendications est un problème identitaire comme ce fut le cas en Afrique du Sud, en Zambie, par exemple».

«Même si vous arrêtez tous les leaders, cela ne changera rien. La seule chose qui puisse mettre un terme aux revendications, c’est l’ouverture d’un véritable dialogue, et surtout la résolution d’un ensemble de questions fondamentales, tant sur le plan institutionnel qu’infrastructurel. Si on ne le fait pas, on peut avoir dix leaders anglophones dans nos régions, la crise ne sera jamais résolue. J’ai même peur que ces arrestations ne mettent plutôt de l’huile sur le feu», conclut Njoya Moussa.

Auteur:
Otric NGON
 @OtricNgonCIN
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