Cameroun – Lutte contre Boko Haram: Le spécialiste des questions de défense et de sécurité Raoul Sumo Tayo propose au gouvernement d’ « écouter » les groupes terroristes

Par Pierre Arnaud NTCHAPDA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 26-Jul-2021 - 14h58   5580                      
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Raoul Sumo Tayo Facebook
L’expert estime que les faits rapportés dans la presse ne reflètent pas entièrement la réalité du terrain. Il soutient que l’intégrisme religieux n’est qu’un alibi qui recouvre d’autres activités criminelles notamment.

La mort de 8 soldats camerounais tombés sous les balles des assaillants de la secte terroriste Boko Haram le week-end passé a servi de prétexte à l’expert Raoul Sumo Tayo pour une analyse inédite. Le scientifique camerounais spécialiste des questions de défense  et de sécurité a expliqué sur Radio Equinoxe ce 26 Juillet que le conflit né il y a 7 ans a plusieurs  causes et manifestations.  « La religion n’est qu’un facteur adjuvant et ce n’est pas le facteur explicatif. C’est Boko Haram qui veut nous embarquer dans une guerre de religions qui n’en est pas une », a-t-il lancé.

Il a expliqué que Boko Haram n’est pas le nom de ceux qui attaquent les positions de l’armée camerounaise ainsi que les populations de l’Extrême-Nord,  mais  une appellation qui  traduit les peurs de ceux qui comme les Camerounais l’en ont affublé. Selon lui, son vrai nom est  « groupe sunnite pour la prédication et  le Djihad ». En gros ce n’est pas seulement une horde d’islamistes qui voudraient imposer leur religion qui fait la guerre au Cameroun.  

« Boko Haram est un raccourci conceptuel qui cache beaucoup de choses », soutient le Docteur Sumo Tayo. Qui  parle de trafics transfrontaliers qui se cachent derrière ce conflit. Il cite aussi la mort du commandant de sécurité publique de Dabanga attribué à Boko Haram, mais qui en réalité  avait été l’œuvre d’un officier de l’armée finalement arrêté. L’universitaire assure que  des populations instrumentalisent Boko Haram pour régler leurs problèmes d’accès, que les contrebandiers se sont reconvertis dans la logistique de Boko Haram.   

« De quoi Boko Haram est-il le nom ? Si nous nous enfermons dans les logiques complotistes et autres Malheureusement la plupart des crimes qui existent aujourd’hui sur le phénomène ne s’appuient que sur des sources de seconde main, des sources contestables, pour décrire. Généralement la lecture est biaisée par la détestation qu’on a vis-à-vis de ce groupe. », ajoute Raoul SumoTayo.

Il appelle les Camerounais à davantage fouiller pour trouver ce qui se cache derrière  le phénomène Boko Haram. Il invite les autorités à parler avec ceux qui en veulent au pays pour tout savoir. « Il faut malgré notre détestation de ces groupes les écouter. J’ai fait des enquêtes en prison, je les ai écoutés,  j’ai documenté un certain nombre de choses au niveau des centres DDR. Vous allez comprendre que les choses ne sont pas si simples que ça  et que le discours médiatique ne nous donne qu’une vue partielle. A la limite même partiale de la réalité de ce qui se passe aux abords du Lac Tchad », prévient-il.

Auteur:
Pierre Arnaud NTCHAPDA
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