Cameroun - Mgr Kleda sur la crise anglophone: «Nous demandons aux protagonistes de chercher avant tout la voie du dialogue… la paix par les armes n’est jamais une vraie paix»

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 17-Apr-2018 - 12h06   3114                      
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Samuel Kleda W. Musa
Dans une interview diffusée ce 17 avril 2018 sur les antennes du poste national de la CRTV, le président de la Conférence épiscopale du Cameroun propose des pistes de solution à la crise anglophone. Mgr Samuel Kleda exhorte aussi les Camerounais à prier pour la paix dans le pays.

Question : La 43è Assemblée plénière des évêques du Cameroun, c’est l’occasion pour les hommes d’église que vous êtes de parcourir la vie de l’église. Une vie influencée par le contexte sociopolitique qui prévaut en ce moment au Cameroun. Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique actuelle ?

Mgr Kleda : Quand nous nous réunissons ainsi en tant que pasteurs de l’église, nous croyons ; nous ne nous laissons pas détruire par le désespoir, par la vie difficile. Mais lorsque nous nous réunissons nous confions tout au Seigneur, parce que pour nous, rien n’est impossible à Dieu. Nous connaissons en ce moment, malheureusement, la situation qui prévaut au Sud-Ouest et au Nord-Ouest et également à l’Extrême-Nord avec Boko Haram. Nous avons parlé de tous ces problèmes et surtout, nous avons prié. Pour que la paix revienne non seulement dans ces régions, mais dans tout le pays.

Question : C’est l’occasion aussi pour les évêques que vous êtes de formuler des exhortations à l’intention des Camerounais, de vos brebis. Quel est le message que l’église envoie aujourd’hui à ses brebis dans ce contexte ?

Mgr Kleda : D’abord à tous les Camerounais, de se mettre en prière, de confier tous ces problèmes que nous vivons aujourd’hui au Seigneur. Maintenant dans les zones où il y a des conflits, nous demandons aux acteurs, aux protagonistes de chercher avant tout la voie du dialogue, la voie de la paix ; que chacun accepte de s’assoir. Ce n’est pas une faiblesse…vous savez, la paix par les armes n’est jamais une vraie paix. Et surtout parce que nous sommes dans un même pays, nous sommes tous des frères. Alors, le message que nous adressons à nos frères, c’est de cesser à tout prix et immédiatement les violences, pas de vengeance, d’accepter l’autre qui ne pense pas comme moi.

Question : Quelles sont les pistes de solution proposées aujourd’hui par l’église pour maintenir cette paix ?

Mgr Kleda : Nous, comme hommes d’église, notre seule arme, c’est la prière avant tout. Voilà ce que nous demandons. Mais, maintenant, du côté du gouvernement, nous avons écrit une lettre il y a exactement une année dans laquelle nous avons fait des propositions. Ce n’est pas une nouveauté, étant donné que la décentralisation que nous avons demandé est inscrite dans notre Constitution, pourquoi ne pas appliquer cette décentralisation de manière totale. C’est-à-dire élire les présidents des régions ? Parce qu’en fait, le texte dit bien que la décentralisation permet la paix. Puisque les hommes d’une région donnée peuvent penser à leur avenir, peuvent penser à la construction de leur région.

Question : Quelles sont les différentes facettes de la paix, vue de l’église ?

Mgr Kleda : Quand on parle de paix, c’est une personne qui n’a pas de travail, une personne qui ne peut pas s’occuper de sa famille, un jeune qui ne peut pas se construire une maison parce qu’il n’a pas de travail, il ne peut pas se marier ; nous ne pouvons pas proposer facilement un message de paix à ces gens-là. Ils vont dire : « la paix, pour vous c’est quoi et la paix pour mois dans ce sens-là, signifie quoi ? Moi je me trouve dans telle situation». Voilà pourquoi nous devons veuillez à ce qu’il ait un climat véritable de paix dans notre pays.

Question : Le dialogue a toujours été la voie privilégiée par l’église et par le gouvernement. Quelles sont les armes qui structurent ce dialogue ?

Mgr Kleda : Quand on dit dialoguer, on doit arriver à ce qui est essentiel pour tous. Si on dit maintenant : on s’assoit on débat ; le débat sera sur la décentralisation, le fédéralisme, asseyons-nous, parlons-en. On va chercher à convaincre chacun que vous avez choisi ceci, cela n’est pas possible pour ceci ou cela. Et c’est au terme de ce débat-là qu’on opte pour la voie qui convienne.

Fred Bihina

 

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Fred BIHINA
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