Cameroun - Prosper Nkou Mvondo: «Ce que le FMI vient d’accorder comme prêt au Cameroun, c’est l’équivalent des dépenses en un an pour les voyages de Paul Biya en Suisse»

Par Wiliam TCHANGO | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 28-Jun-2017 - 15h23   8864                      
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Paul Biya et son épouse à l'arrivée pour un séjour aux Etats-Unis en 2014 Archives
Selon l’enseignant d’université et leader du mouvement politique Univers, la mise du Cameroun sous ajustement structurel est un retour au passé.

Pour le leader du Mouvement politique Univers et enseignant à l’Université de Ngaoundéré, la mise du Cameroun sous ajustement structurel par le Fonds monétaire international (FMI) est une nouvelle qui doit attrister les camerounais. Ce sont les conséquences selon lui de la mauvaise gouvernance instaurée par ceux qui ont en la charge de conduire les destinées du pays. L’homme politique pense qu’il s’agit d’une crise supplémentaire pour le Cameroun déjà secoué sur les plans sécuritaire et politique. Il clame qu’il sera difficile de résoudre les problèmes économiques du Cameroun avec ceux qui gouvernent le pays aujourd’hui. Voici l’essentiel de l’échange qu’il a eu en posture d’invité avec Sam Sévérin Ango, dans la matinale de Radio Equinoxe.

Le Cameroun mis sous ajustement structurel par le FMI, est-ce pour vous la résultante de l’échec des politiques publiques camerounaises ?

C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris que le Cameroun est désormais placé sous ajustement structurel, ce qui est un retour au passé. J’avoue que s’il y a tristesse, il n’y a pour autant pas surprise lorsqu’on voit la gouvernance qui est la nôtre. Parce qu’avant de parler d’Economie, il faut bien parler de politique puisque c’est la politique qui oriente l’économie. Si l’économie est aujourd’hui en crise, c’est bien parce qu’il y a eu une mauvaise gouvernance. Il y a eu une mauvaise gestion de l’économie. Lorsqu’on parle de programme d’ajustement structurel, il faut bien comprendre qu’il s’agit de la mise en place dans un pays touché par une grande difficulté économique des mesures que prennent parfois le Fonds monétaire international et la banque mondiale pour sortir des pays de la crise économique. Le mot est lâché, nous sommes véritablement en crise et il est malheureux de comprendre que ce sont les autres qui viennent nous rappeler que nous sommes en crise. Une crise que nous n’avons peut-être pas vue nous-mêmes ou que nous voyons et nous ne disons rien, c'est-à-dire que nous nous noyons sans mot dire, c’est de cela qu’il s’agit.

C’est une crise qui vient s’ajouter à la crise politique que nous connaissons, qui vient s’ajouter à la crise sécuritaire que nous connaissons, à ces multiples crises que nous connaissons dans notre pays et dans lesquelles nous enfoncent ceux qui nous gouvernent aujourd’hui. Accepter un prêt de près de 600 millions de dollars, ce qui correspond à peu près à près de 330 milliards de Francs CFA, pensons-nous que véritablement, nous avons besoin d’en arriver là ? Est-ce qu’il va toujours falloir que ce soient les autres qui nous rappellent notre crise, viennent nous révéler notre crise et nous trouvent des solutions à une crise que nous aurions pu trouver nous-mêmes si tant est que c’est nous-mêmes qui à cause de notre mauvaise gouvernance avons conduit à cette crise là. Pour que nos auditeurs comprennent bien. Lorsqu’on parle de programme d’ajustement structurel, il s’agit d’un pays qui est malade et la perfusion vient de l’extérieur. C’est un pays qui a faim et la nourriture vient de chez le voisin et des habitants du quartier. Et les habitants du quartier disent à l’habitant de la maison : on va vous donner un peu d’argent mais c’est nous qui vous disons ce que désormais vous allez manger et d’ailleurs-même, ce que vous allez manger, nous vous dirons où vous devez aller l’acheter. Désormais, vous ne faites plus ceci ou cela. Il s’agit là d’un véritable système colonial, que dire, un système esclavagiste dans lequel nous acceptons nous-mêmes d’aller nous engouffrer. C’est de cela qu’il s’agit. Malheureusement, notre mauvaise gouvernance, je veux dire la gouvernance de ceux qui sont en train de nous diriger aujourd’hui qui sont appelés à partir parce qu’il faut qu’ils partent. Ils sont fatigués, ils ne peuvent plus apporter de solutions aux problèmes du Cameroun. Ils volent, ils pillent. Regardez un peu, comment nous pouvons aller nous endetter aujourd’hui pour six cent millions de dollars, équivalent d’un peu plus de trois cent milliards de Francs CFA. Lorsque nous utilisons l’argent que nous empruntons ici et là-bas pour construire le stade Paul Biya à près de 150 milliards ; lorsque nous construisons un stade à Japoma à près de 150 milliards de nos francs ; lorsque nous allons commander la fabrication des ordinateurs en Chine à près de 75 milliards, lorsque nous avons une masse salariale de près de 75 milliards de Francs CFA, surtout qu’il faut noter qu’il s’agit très souvent des salaires fictifs. Il s’agit d’un système de détournement avec le football. Vous savez combien de personnes vont à une compétition de football ? Je pense que l’ajustement structurel devait venir de nous-mêmes. Nous sommes capables de résoudre nous-mêmes nos problèmes mais il faut bien le dire, ce ne sera pas avec ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, qui ont montré leurs limites, ils ont montré qu’ils ont vieilli aussi bien en eux-mêmes que dans le système qui est le leur.

Est-ce qu’on ne peut pas espérer qu’il y a une correction dans les habitudes de gouvernance camerounaises. Vous le dites, il y a des solutions endogènes qui peuvent être expérimentées, est-ce qu’on ne peut pas commencer aujourd’hui par la réduction du train de vie de l’Etat. Comment faire avec ceux qui nous gouvernent et qui sont toujours là et qui ne semblent pas encore prêts à partir ?

En attendant que ceux qui sont au pouvoir partent, il y a des solutions comme d’ailleurs le programme d’ajustement structurel  qu’on nous impose. Avions-nous besoin qu’on nous le dise de l’extérieur lorsque nous voyons les dépenses qui ne servent à rien. Regardez, lorsque dans un budget, les dépenses de fonctionnement sont largement au dessus des dépenses d’investissement, il y a véritablement problème parce qu’il faut d’abord investir pour consommer. Le fonctionnement, à vrai dire, c’est de la consommation. Le fonctionnement dont il s’agit, c’est le carburant, par exemple. On vient de nommer les responsables dans les universités. Est-ce que vous savez que les dépenses prévues pour les carburants dans les universités dépassent largement les dépenses prévues pour acheter des ouvrages, des livres, des intrants dans les laboratoires… Vous avez dans une faculté, un doyen qui a 15 millions de carburant par an. Une Faculté de Droit et Sciences économiques, une faculté de Sciences dans une université est-elle devenue une entreprise de transport ? Allez voir dans nos ministères, comment on achète des voitures, on remplit ces voitures de carburant. Un ministère est-il devenu une entreprise de transport ? Nous avons des missions fictives pour aller déposer une lettre à Genève ou à Paris, on met 15 personnes en mission. On y va avec secrétaire, avec chauffeur, avec  marabouts. Ce sont autant de choses qui nous ont conduits à cette déconfiture que nous décrions aujourd’hui. Il faut limiter le train de vie de l’Etat. Il faut se limiter  à l’essentiel, il faut commencer par le sommet. Si le Chef de l’Etat Paul Biya cesse de faire des voyages pendant un an, cela va nous permettre de sortir de la crise parce que nous avons emprunté aujourd’hui, c’est l’équivalent de ses dépenses en un an pour ses voyages en Suisse… Il faut savoir revenir aux choses qui sont normales. J’ai bon espoir, 2018, ce n’est pas pour bien longtemps et qu’on le veule ou pas, ce système cèdera la place à une nouvelle gouvernance et je crois que la porte de salut passera par là.

Auteur:
Wiliam TCHANGO
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