Cameroun - Situation sociopolitique/Olivier Bibou Nissack (Porte-parole de Maurice Kamto): «Il n’y aura, au Cameroun, aucune élection de quelque nature que ce soit, dorénavant, tant que ne sera pas soldé le passif de l’élection présidentielle de 2018 et tant que la crise au Nord-Ouest et au Sud-Ouest ne sera pas réglée

Par Claude Paul TJEG | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 03-Jul-2020 - 14h03   9693                      
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Olivier Bibou Nissack archives
Cameroon-Info.net vous propose l’intégralité de l’interview accordée par le cadre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun à nos confrères de la radio française RFI, le vendredi 3 juillet 2020.

Une succession de gré à gré, c’est de la fantasmagorie, dit le parti au pouvoir RDPC

Nous avons entendu cela de la bouche de monsieur Fame Ndongo. Sur la question du gré à gré, nous avons pris acte de ses propos, de ce qu’il y  avait eu un recul du régime sur cette question, et que pour l’instant, cela avait été renvoyé aux calendes grecques. Eh bien, tant mieux! Cela dit «Le serpent se mord la queue», et nous revenons dans la situation du statu quo ante. C’est-à-dire qu’il faut assurer le solde du passif de l’élection présidentielle truquée de 2018 et le règlement de la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

Le porte-parole du RDPC dément également le scénario de la création d’un poste de vice-président. Comment réagissez-vous ?

Nous disons que nous avons pris acte de ce que les modalités qui étaient envisagées pour faire passer le gré à gré, ont, pour l’instant, été suspendues. Nous avons pris acte. Vous savez, il y a un adage, une vielle sagesse qui dit chez nous: lorsque l’oiseleur se penchait pour ramasser la pierre avec laquelle il comptait abattre l’oiseau, l’oiseau le vit Et la conséquence est que l’oiseleur arrêta son mouvement et dut changer ses plans. C’est exactement ce qui s’est produit dans ce cas. Donc nous prenons acte de ce recul dans cette entreprise, qui était par ailleurs périlleuse, et nous disons que l’appel à mobilisation, lancé par le président élu, en dehors de toute fraude électorale, Maurice Kamto, demeure pour autant d’actualité

En octobre dernier, le régime a organisé un grand dialogue national sur le «NOSO» comme vous dites, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, et a fait libérer Maurice Kamto. Est-ce que ce ne sont pas deux gestes d’ouverture que devez prendre en compte?

En fait le grand dialogue national, dans la pratique, il s’agit d’un ballon à air et qui a fait pchit! Et en réalité, quand on parle d’ouverture, avec l’élargissement du président élu Maurice Kamto, ce n’est pas vrai. Parce que le président élu Maurice Kamto, avait été arrêté en toute illégalité sur la foi d’accusations fallacieuses. Le dialogue national reste attendu, le vrai. La vocation du grand dialogue national, qui demeure attendu, est de régler le conflit au Nord-Ouest et au Sud-Ouest. Et aujourd’hui, force est de constater que cela a été un échec vu qu’il y a plutôt eu une escalade.

Mais la commission d’enquête décidée par le pouvoir, après le massacre de 22 civils par l’armée camerounaise à Ngarbuh dans l’Ouest Anglophone, en février dernier, est-ce que ce n’est pas une décision positive?

La mise sur pied de cette commission d’enquête a été une pirouette du régime illégitime pour échapper à ses responsabilités. D’ailleurs les résultats de la commission d’enquête ont été rendus publics en avril dernier et ces résultats n’ont, en effet ciblé que le menu fretin et pour ce qui a été des sanctions, on attend toujours.

Quelles sont aujourd’hui vos priorités du point de vue des droits de l’homme?

La priorité du Cameroun, c’est de solder le passif de l’élection présidentielle de 2018, cette élection dont le résultat a été frauduleusement détourné par ce régime. Mais aussi, c’est de régler, une bonne fois pour toutes, la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Parce que la vérité c’est que les responsables de la crise au NOSO, ceux qui ont créé le chaos dans lequel le Cameroun est aujourd’hui plongé, sont bel et bien au gouvernement et au sommet extrême. C’est-à dire que monsieur Paul Biya est comme passez-moi l’expression l’omni-problème.

Votre partie le MRC a décidé de boycotter les élections législatives de février dernier. Mais cette décision est très contestée à l’intérieur de votre parti. Est-ce que vous ne regrettez pas de l’avoir prise et d’avoir provoqué un certain nombre de défections.

Si nous participé à ces législatives, on nous aurait dit «cessez donc de réclamer des réformes, puisque, pour ce qui concerne, tout va bien». Nous aurions donc perdu tout notre crédit, si nous étions partis à ce double scrutin, parce que nous serions partis à ce scrutin en sachant que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les fraudes, qui ont contrarié l’élection de 2018 au niveau présidentiel, auraient produit les mêmes conséquences, s’agissant du double scrutin électif de février. Cela va de soi.

Oui, mais vous avez boycotté le double scrutin de février, vous n’avez pas d’élus et vous risquez de ne pas avoir assez de signatures pour faire valider la candidature de Maurice Kamto à la prochaine présidentielle.

Le sort personnel, y compris celui du président élu Maurice Kamto et des militants du MRC, ce n’est pas ce qui les préoccupe. Il faut aujourd’hui, que l’on s’arrête pour, dans le cadre d’un véritable dialogue national, mettre à plat et créer les conditions de l’avènement d’un véritable état démocratique

Est-ce que vous boycotterez la prochaine présidentielle?

Il n’y aura, au Cameroun, aucune élection de quelque nature que ce soit, dorénavant, tant que ne sera pas soldé le passif de l’élection présidentielle de 2018 et tant que la crise au Nord-Ouest et au Sud-Ouest ne sera pas réglée.

 

 

 

Auteur:
Claude Paul TJEG
 @T_B_D
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