Cameroun – Terrorisme : Selon Viché Yatahad (Maire RDPC de Mozogo) : des ex-combattants de Boko Haram ont infiltré le Cameroun

Par Jean-Marie NKOUSSA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 19-Apr-2017 - 01h03   9669                      
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Le maire de Mozogo (Extrême-Nord), fait des révélations explosives dans une interview parue le 17 avril 2017 dans les colonnes de L’Œil du sahel.

Question : Selon des informations, des ex-combattants d’origine camerounaise rentrés au pays, sont gardés dans votre commune. Qu’en est-il exactement ?

Viché Yatahad : Il y a deux mois environ, les membres des comités de vigilance de Moskota ont conduit à la brigade de gendarmerie de Mozogo, 181 personnes, essentiellement des femmes et des enfants venus du Nigeria. Pour faire face à cette donne, le préfet du département du Mayo-Tsanaga a créé une commission. Dans son arrêté préfectoral, il est clairement dit que ces gens devraient être casés à la commune de Mozogo, qui en plus, est chargée de les nourrir en attendant. Quoi ? Quand ? Je n’en sais rien. Ce n’est donc pas de mon chef s’ils se retrouvent dans des bâtiments appartenant à la commune. Pendant qu’on y est, je peux vous dire qu’une nouvelle vague vient d’ailleurs de s’ajouter à la première. Ce contingent comporte 36 personnes…Ces gens sont affublés du titre de présumés ex-otages de Boko Haram, mais en réalité, il y a parmi eux, des ex-combattants qui se sont simplement débarrassés de leurs armes à la frontière avant de la franchir. D’ailleurs, d’autres ont même été désarmés par les comités de vigilance qui ont remis les armes récupérées aux forces de défense et de sécurité. Je dois quand même vous faire remarquer que les populations du Mayo-Moskota en général et les déplacés en particulier, sont très hostiles o leur prise en charge par la commune parce qu’ils estiment qu’ils sont à l’origine de leur malheur.

Question : Pourquoi ces « ex-combattants » ont-ils choisi de regagner le Cameroun ?

Viché Yatahad : La vérité, c’est qu’ils reviennent parce qu’ils n’ont beaucoup de choix. Ils ont faim, ils sont affaiblis et harcelés par les différentes opérations militaires menées aussi bien par les armées du Cameroun et Nigeria que par la Force Multinationale Mixte (FFM). Beaucoup veulent revenir paraît-il, mais ils ne savent pas ce qui les attend.

Question : Voilà des années que la guerre perdure. A votre avis, c’est quoi la solution pour y mettre un terme et gagner la paix ?

Viché Yatahad : Gagner la guerre, c’est facile, mais gagner la paix est difficile. Parce que le phénomène Boko Haram est un phénomène politico-religieux, si l’Etat veut gagner la paix, il doit mettre en place des stratégies favorisant le retour des Boko Haram repentis. Je ne dis pas que la justice doit être mise entre parenthèse, loin de là, mais que ceux qui n’ont pas du sang sur les mains soient incités à revenir et orientés bers un centre de rééducation à la citoyenneté et aux valeurs républicaines.

Question :  A combien estimez-vous le nombre de jeunes de l’arrondissement de Mayo-Moskota à avoir rejoint Boko Haram ?

Viché Yatahad :  Environ 2000 jeunes sur une population d’environ 150 000 âmes. Le dixième de cet effectif provient du Canton de Moskota et le reste de celui de Mozogo.

Question : Qu’est-ce qui les attire tant chez Boko Haram ?

Viché Yatahad :  Au tout début du conflit, quand on faisait miroiter aux jeunes la vie éternelle, oui, la religion était le moteur principal de recrutement. Par la suite d’autres ingrédients se sont ajoutés dans la sauce pour donner aujourd’hui une saveur inqualifiable. Dans le panier de ces nouveaux ingrédients, se retrouvent les conflits entre communautés, les échecs personnels, les déceptions amoureuses, la jalousie, l’oisiveté, l’absence de l’Etat, la pauvreté, la politique ou encore la sous-scolarisation.

Auteur:
Jean-Marie NKOUSSA
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