Cameroun/Afrique du Sud - Revirement: Le grand pourfendeur de la relation entre la France et ses anciennes colonies, Achille Mbembe, accepte de participer à l’organisation du prochain sommet France-Afrique

Par Pierre Arnaud NTCHAPDA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 23-Mar-2021 - 14h16   17807                      
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Achille Mbembe Archives
L’historien camerounais a expliqué son attitude sur Radio France Internationale. Il estime que le président français Emmanuel Macron commence à répondre à ses attentes.

La prochaine édition du sommet France-Afrique, prévue en juillet 2021 à Montpellier, va compter parmi ses invités un pourfendeur de ces regroupements entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. Achille Mbembe va dialoguer avec Emmanuel Macron, l’homme qu’il n’arrête pas de critiquer depuis son élection en 2017, au cours d’un forum prévu à cette occasion. Mais avant, à partir du mois d’avril, l’historien camerounais aura participé à l’organisation de cet événement en accompagnant une série de rencontres préalables au sommet.

Interrogé par RFI, qui le 22 mars lui a demandé pourquoi il a accepté de co-piloter la préparation du prochain sommet Afrique-France, l’enseignant de l’université sud-africaine de Witwatersrand a avancé la réponse suivante: «Je suis tenté de dire que c’est d’abord par curiosité intellectuelle. Le président Emmanuel Macron m’a demandé de jouer un rôle d’accompagnement auprès des nouvelles générations, avec lesquelles il veut tenter de redéfinir ce qu’il appelle «les fondamentaux de la relation entre l’Afrique et la France». C’est un combat pour lequel nous militons depuis près de soixante ans. La proposition du président Macron est suffisamment ouverte, pour que l’on puisse contribuer à la définition du contenu de cette nouvelle relation. J’ai trouvé que c’était un projet nécessaire, raisonnable, que la mission était une mission de bon sens, que l’Afrique devrait pouvoir y trouver son intérêt, ce qui me semble être le cas».

Lorsque l’on lui rappelle qu’après le discours de Macron à Ouagadougou en novembre 2017 il avait écrit que la révision en profondeur des rapports franco-africains évoquée par le français était en réalité, une opération de marketing pour relancer la France sur le marché commercial des pays africains, il répond que les choses ont depuis évolué dans le bon sens. «Il faut quand même être aveugle à ce qui se passe, pour répéter la même antienne aujourd’hui. Il y a des gestes qui ont été accomplis, je pense en particulier à la mission qu’il a confiée à mon ami Felwine Sarr, qui a permis de réouvrir le débat sur les restitutions [des biens culturels africains], qui a permis un déclic des imaginaires. Je pense à l’autre mission, confiée à madame N’Goné Fall, qui a abouti à une grosse opération «Africa 2020», il y a des pas qui ont été accomplis en ce qui concerne le franc CFA… Et donc il y a un frémissement. Il faut, évidemment, aller plus loin», propose-t-il.

Achille Mbembe croit en outre que le projet de Macron qui consiste à recréer du lien humain entre la France et l’Afrique, à travers la diaspora africaine arrive à point nommé. «Il y a des choses à faire avec les diasporas. Après soixante années de pétrification, le moment est venu, justement, d’accélérer ce processus, pour provoquer les déclics nécessaires, tout en sachant que tout ne va pas changer du jour au lendemain ! Mais il faut être à l’affut de chaque brin d’espérance et petit à petit, je dirais, ouvrir la voie à d’autres imaginaires», réagit-il, précisant qu’il n’est pas une prise de guerre d’Emmanuel Macron.

 

Auteur:
Pierre Arnaud NTCHAPDA
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