Coronavirus en Afrique: des "guéris" en guerre contre le déni et la stigmatisation

Par Agence France Presse | AFP
Kinshasa - 18-Jun-2020 - 13h10   5459                      
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Dans une rue de Kinshasa pendant une campagne de sensibilité à l'épidémie de coronavirus, le 29 mai 2020 en RDC AFP/SAMIR TOUNSI
Influents ou anonymes, des malades ayant guéri du Covid-19 en Afrique commencent après leur traitement un autre combat, contre le déni de la maladie, la stigmatisation des malades, l'ignorance e

Influents ou anonymes, des malades ayant guéri du Covid-19 en Afrique commencent après leur traitement un autre combat, contre le déni de la maladie, la stigmatisation des malades, l'ignorance et le manque de moyens.

C'est particulièrement vrai à Kinshasa où les habitants défient les équipes de prévention au cri de "corona eza te!" (il n'y a pas de corona, en lingala).

"J'en suis une expérience vivante: la maladie existe. Et je demanderai aux gens qui ont encore des doutes de faire très attention, car je peux confirmer que j'ai souffert", explique le caricaturiste Thembo Kash.

Distribution de masques de protection durant une campagne de sensibilisation au Covid-19 à Kinshasa, le 29 mai 2020 en (c) AFP/Archives/SAMIR TOUNSI

"Je crois qu'il faut prendre (le nouveau coronavirus) au sérieux, respecter les mesures barrières et suivre à la lettre les conseils des autorités sanitaires", affirme le dessinateur, davantage habitué en temps ordinaire à fustiger les incohérences de ces mêmes autorités dans ses croquis satiriques.

"Comme beaucoup j'étais sceptique. Comme beaucoup, j'ai pensé que cette maladie resterait en Chine. Et pourtant j'ai été victime de cette maladie mortelle", assure dans une vidéo la ministre de l'Economie Acacia Bandubola, guérie mais qui a perdu deux proches du Covid-19.

L'humouriste sénégalais Samba Sine, alias "Kouthia", guéri du Covid-19, à Dakar le 15 juin 2020 (c) AFP/Archives/Seyllou

Les survivants ont "le devoir et la mission" de sensibiliser la population, estime-t-elle, ajoutant: "Ne stigmatisons pas les malades, faisons preuve de compassion envers ceux qui en ont besoin".

"Il y a de la stigmatisation", confirme un autre malade guéri, le journaliste Dieunit Kanyinda. "Mes enfants dans le quartier ont été surnommés +Covid+. On les a appelés +corona+. Ça, c’est un comportement qui pousse les gens à se cacher".

Le journaliste passe systématiquement des messages de sensibilisation dans ses émissions "pour qu’on comprenne que ce n'est pas une maladie de la honte, qu'on peut en guérir".

- "J'ai eu peur" -

Au Sénégal, l'humoriste Samba Sine, alias "Kouthia", compte aussi consacrer "une quinzaine d'émissions" à la sensibilisation de la population lors de son retour à la télévision, prévu dans deux mois.

Diagnostiqué début mai, il a dû pour la première fois depuis 10 ans interrompre son programme satirique quotidien sur la chaîne privée TFM, dans laquelle il tourne en dérision Donald Trump en se fardant le visage en blanc.

Distribution de savons comme mesure de prévention contre le coronavirus, le 21 mars 2020 à Johannesburg, en Afrique du (c) AFP/Archives/MARCO LONGARI

L’humoriste de 49 ans a passé 20 jours en réanimation, avec la mort aux trousses: "Il y avait cinq personnes et chaque jour on m'annonçait la mort de quelqu'un. Le dernier jour, j'ai regardé à droite, il n'y avait plus personne. A gauche, personne. Seulement moi. J'ai eu peur".

Protégé sans doute par sa notoriété, il n'a pas souffert de discrimination. "Les gens me lancent des prières de bon rétablissement", dit-il mais "les gens partaient en courant" devant certains membres de son équipe, également contaminés.

"On ne doit pas fuir les gens, parce que tôt au tard, on va revenir dans la société et on va être ensemble", estime-t-il en dénonçant un "racisme médical".

En Afrique du Sud, pays africain le plus touché par la maladie (plus de 76.000 cas), des malades guéris se sont lancés dans le partage d'expériences.

"Là où je travaille, quatre d'entre nous avons eu la maladie", avance Christine, une analyste de 28 ans, qui fait partie des 250 premiers cas avec son compagnon Dawie, 30 ans.

"Nous avons des sessions hebdomadaires depuis la maison sur (l'application de visioconférence) Teams pour parler à nos collègues de la maladie et répondre aux questions", ajoute la jeune femme qui, comme son compagnon, a perdu 30% de sa capacité pulmonaire.

Tous deux regrettent de ne pas être allés chez le médecin dès qu'ils sont tombés malades. "On nous a conseillé de ne pas aller à l'hôpital pour ne pas propager le virus. Il semble que cela ait été un mauvais conseil", relève Dawie, avocat.

Megan, 35 ans, originaire du Cap, a lancé en mars sur les réseaux sociaux le compte "LivingCoronaPositive", sorte de "Guide du malade du Covid-19".

La jeune femme - qui n'a pas souhaité donner son nom de famille - raconte son expérience d'ancienne patiente et donne des conseils. Elle a lancé aussi une initiative pour aider les plus pauvres à prévenir la propagation du virus.

"Le projet s'appelle +Mains étincelantes+ avec pour objectif la remise de 10.000 savons à 20.000 personnes chaque semaine", résume-t-elle, dans un appel aux dons. "Avec 150 rands (environ 7,75 euros), on peut distribuer 100 savons à 100 personnes dans le besoin!".



Par Bienvenu-Marie BAKUMANYA avec les bureaux de l'AFP en Afrique | AFP

Auteur:
Agence France Presse
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