Crise anglophone - Eric Chinje: «j’étais rédacteur en chef de la télévision, mais il y a des choses dans cette télévision que je ne pouvais pas prétendre avoir. Tout simplement parce que j’étais anglophone»

Par Pierre Arnaud NTCHAPDA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 07-Jul-2018 - 15h53   23924                      
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Eric Chinje Archives
Pour l’ancien journaliste, seul l’instauration d’un système fédéral à deux Etats peut ramener la paix dans les régions en crise.

Après sa lettre à Paul Biya la semaine passée Eric Chinje, l’ancien rédacteur en chef de la télévision publique camerounaise a reparlé de la crise anglophone. Cette fois-ci, c’était sur l’antenne de la télévision STV. Intervenant dans l’émission Cartes sur table du 3 juillet 2018, à partir des Etats-Unis, l’ex journaliste a tenu à repréciser la pensée contenue dans cette correspondance. Il a dit être « un Camerounais convaincu et quelqu’un qui recherche la paix ».

Eric Chinje a raconté sa propre expérience de responsable anglophone frustré pour illustrer l’état d’esprit actuel de ceux qui font des revendications au Nord-Ouest et au Sud-Ouest depuis novembre 2016. « S’il y a un Camerounais qui n’est pas conscient de ce problème, de ce que les Camerounais ont vécu dans ce pays, qu’ils le disent haut et fort.  Moi, Eric Chinje j’étais rédacteur en chef de la télévision, mais il y a des choses dans cette télévision que je ne pouvais pas prétendre avoir. Tout simplement parce que j’étais anglophone. Et si vous imaginez que ça ne me faisait pas mal à moi, c’est que vous n’avez rien compris de ce problème ».  

Il explique qu’après 5 décennies certains ont considéré leurs frustrations comme de la marginalisation d’une population.  « Tout cela parce que nous sommes anglophones », soupire-t-il.

Sur la revendication en rapport avec le retour à un Etat fédéral constitué de deux entités, il se dit  « convaincu aujourd’hui  que si cela ne se fait pas,  on ne retrouvera pas la paix dans ce pays ». Il pense qu’il faudrait que les anglophones se sentent protégés par la Constitution comme au départ. Mais croit que les anglophones sont considérés par le gouvernement comme des ennemis. Pour lui, « on ne peut pas résoudre ce problème par les armes ». Et de poursuivre : «il faut reconnaître les spécificités de cette partie du pays. Si on avait introduit le vrai bilinguisme dans nos écoles, dans le système judiciaire  en 1960, on n’en serait pas là aujourd’hui ».   Raison pour laquelle appelle à « refaire ce pays comme il se doit », « faire un pays dans lequel tous les citoyens se sentent camerounais. Sinon vous allez perdre cette partie du pays que vous appelez Cameroun anglophone », prévient Eric Chinje.

 

Auteur:
Pierre Arnaud NTCHAPDA
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