Etat Civil - Initiative: Le notaire camerounais Abdoulaye Harissou crée le «Fonds Urgence Afrique» pour offrir une identité aux enfants sans acte de naissance

Par Frédéric NONOS | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 30-Sep-2020 - 13h25   2012                      
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Me Abdoulaye Harissou Archives
L’objectif du fonds est d’éradiquer le phénomène d’enfants «fantômes» et de leur offrir des chances d’insertion socioprofessionnelle dans leurs environnements.

Donner une identité à 95 millions d’enfants africains qui n’ont pas d’acte de naissance. C’est l’objectif du Fonds Urgence Afrique lancé par le Camerounais Abdoulaye Harissou et le Sénégalais Amadou Moustapha Ndiage. Les deux africains s’inquiètent du phénomène d’enfants «fantômes», ceux-là qui n’ont aucun acte de naissance, sont privés d’existence légale et ne peuvent pas s’inscrire aux examens scolaires ni aux concours administratifs.

Interrogé le 28 septembre 2020 par nos confrères de Radio France internationale (RFI), sur les raisons de la création de ce fonds, Abdoulaye Harissou a indiqué que le but est d’inculquer, et d’enraciner la culture de l’état civil en Afrique. Il estime que malgré tous les efforts, le problème reste intact. «95 millions d’enfants en Afrique subsaharienne n’ont pas d’acte de naissance», affirme-t-il.

«Sur 100 bébés nés en Afrique, maximum 55 sont déclarés», indique le notaire honoraire camerounais. Et ceux qui ne sont pas enregistrés le sont pour plusieurs raisons, a-t-il justifié, citant notamment l’inconscience des parents des zones rurales qui pensent qu’il n’est pas toujours nécessaire d’enregistrer les enfants. L’éloignement des centres d’état civil, indique Me Harissou, ainsi que le coût et un manque de volonté politique des Etats ne sont pas en reste.

Une situation qui ne permet pas à un enfant arrivé au Cours moyen 2 (CM2) à constituer des dossiers pour le concours d’entrée en 6e  faute d’acte de naissance. Résultat, déplore Me Abdoulaye Harissou, «l’élève ne passe pas l’examen et les chanceux vont reprendre l’année, tandis que d’autres se retrouvent dans la rue pour gonfler l’exode rural dans les grandes villes et y devenir des délinquants». Ce qui fait que leur chance de progrès social est infime.

Pour le notaire camerounais, «cette absence d’acte de naissance crée un déséquilibre entre le Nord et le Sud dans les pays africains parce que c’est souvent dans les zones musulmanes du Nord que les enfants n’ont pas d’acte de naissance, ce qui fait qu’ils ne peuvent pas passer des concours ni dans la fonction publique, ni dans l’armée ou la police».

Toutefois, il est possible de corriger ce handicap avec des jugements supplétifs pour qu’ils aient l’acte de naissance. «C’est pourquoi dans notre plan d’action, on fera des audiences foraines pour délivrer à grande échelle des jugements supplétifs». Mais il faut accompagner cela de la gratuité, souhaite-il, en le codifiant dans les textes législatifs pour obliger les Etats à l’adopter pour pouvoir éradiquer ce phénomène d’enfants «fantômes».

Auteur:
Frédéric NONOS
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