Quotidien Mutations: Haman Mana quitte South media Corporation

Par | Le Messager
- 17-Jul-2007 - 08h30   60545                      
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Le directeur de publication démissionne en emportant Mutations, Situations, et une partie du personnel.
Secousses à Mutations Le groupe South media corporation, éditeur de Mutations, Situations et Les Cahiers de Mutations, est en crise. Haman Mana, le directeur de publication vient de claquer la porte du groupe. Mais il ne part pas les mains vides. Haman Mana emporte dans son escarcelle deux titres (Mutations et Situations) dont il assure être le propriétaire. Et se réserve le droit de contester l’autonomie des Cahiers de Mutations, “ simple supplément ” selon l’argument de son avocat, Maître Michel Janvier Voukeng. Surpris mais pas désarçonné, Protais Ayangma Amang, le président du conseil d’administration de South media corporation, n’entend pas se laisser compter. Pour lui, si la démission de son Dp est somme toute “ banale ”, il n’est cependant pas question de laisser filer les deux titres. “ La justice, le cas échéant, tranchera ” souligne-t-il. Non sans rappeler les “ règles minimales ” de séparation dans une entreprise. Dans la rédaction, les journalistes ont dû effectuer un choix cornélien entre le journaliste et l’homme d’affaires, entre “ l’aventure professionnelle ” et “ l’assurance financière ”. La restructuration longtemps annoncée au sein de South media corporation s’achève donc en un fiasco. Avec en perspective, la scission de Mutations, le titre phare du groupe. A Yaoundé, deux rédactions fonctionnent depuis hier : l’une à la Place Repiquet, l’autre au Kaba Ngondo. Dans les provinces, les correspondants reçoivent tour à tour les coups de fil du directeur de publication et du directeur de la rédaction, jadis amis, mais aujourd’hui opposés. Des sommations d’huissiers pleuvent. Des argumentaires invoquant le droit fusent de part et d’autres. Manifestement, seule la justice pourra désormais séparer les anciens partenaires. Il n’est jamais aisé pour un journaliste de parler de ses confrères. Surtout lorsqu’ils sont en conflit. Le présent zoom rend compte de la situation qui prévaut dans le quotidien Mutations. Il donne la parole aux uns et aux autres. Afin d’essayer de voir plus clair dans ce qui a visiblement l’air d’une rupture entre deux personnes unies pourtant depuis onze ans. Haman Mana quitte South media Corporation Le directeur de publication démissionne en emportant Mutations, Situations, et une partie du personnel. Transpirant à grosses gouttes dans une salle du Hilton hôtel climatisée, le jovial Haman Mana, l’air très grave, lâche le morceau après avoir égrainé un chapelet de récriminations à l’endroit de sa hiérarchie: “ J’ai donc décidé de me retirer de la South Media Corporation avec mes titres Mutations et Situations”. Avec cette sortie fracassante et quasi inattendue, le Dp de Mutations vient ainsi de mettre fin à l’aventure qui commence en 1996 avec le groupe qu’il a contribué à bâtir avec l’aide de quelques amis. Ayant bénéficié au départ de l’appui financier d’un homme d’affaires, Protais Ayangma Amang (président du conseil d’administration dudit groupe) et de la caution intellectuelle de Maurice Kamto, officiellement démissionnaire du comité éditorial depuis son entrée au gouvernement le 8 décembre 2004. Depuis hier donc, le groupe a subi une sorte de scission, avec la démission de Haman Mana qui emporte avec lui tous les titres, ses propriétés, dit-il, au regard de la loi. Il se fonde en effet sur les récépissés n° 00020/RDDJ/BASC délivré à Yaoundé le 26 juin 1996 par le préfet du Mfoundi pour Mutations et n° 0005/RDDJ/BASC délivré à Yaoundé le 16 janvier 2006, toujours par le préfet du Mfoundi pour Situations. Fort de ces autorisations qui font de lui, au regard de la loi n°90/052 du 19 décembre 1990, le patron des deux publications, Haman Mana met en garde toute personne qui utiliserait ces titres sans sa permission. Il précise d’ailleurs que les marques Mutations et Situations font l’objet d’une protection auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Injures Il y avait déjà des signes avant coureurs. Mis en minorité depuis quelques mois par le conseil d’administration qui lui reproche une gestion peu saine des ressources financières du groupe, Haman Mana traversait une mauvaise passe. Récemment, il a été dessaisi de ses prestigieuses fonctions de directeur de publication du magazine Situations et des Cahiers de Mutations, conservant juste ce poste à Mutations. Ce qu’il n’a pas digéré, selon certaines indiscrétions. Puis, dans un éditorial publié lundi 9 juillet dernier, Protais Ayangma Amang étale sur la place publique, une tourmente qui se gérait jusque-là en interne. “ Il est même possible que certains de nos collaborateurs aient pris des libertés avec l’éthique et la déontologie professionnelle ”, écrit le Pca qui ajoute : “ Notre observation nous a permis de conclure qu’un bon journaliste n’était pas forcément un bon manager et qu’il ne fallait pas l’encombrer de tâches qu’il n’était pas toujours apprêté à assumer. Et de même, un bon journaliste n’est pas forcément un bon commercial et vice versa”. Une analyse qui met Haman Mana hors de lui. Le Dp se sent alors définitivement humilié par une telle sortie médiatique et pense que cela s’apparente à “ une injure à tous les confrères qui réussissent, avec presque rien, des aventures courageuses. Ou encore à un manque d’égard pour toutes ces personnes qui, avec des bouts de ficelle, ont essayé, pendant 11 ans, de construire un projet éditorial objet soudain de toutes sortes de convoitises ”. Pour Haman Mana, Mutations est un journal de journalistes et il n’a jamais été question que des valeurs du capital priment “ sur nos valeurs d’humanisme et de citoyenneté. Il me semble que la South media corporation et moi, ne nous entendons plus sur ces valeurs”, a-t-il révélé aux journalistes. Mais la goutte d’eau qui semble avoir fait déborder le vase c’est la censure de son éditorial dimanche dernier. Un édito qui sonne comme une sorte de réponse aux “ injures ” de Protais Ayangma Amang. Haman Mana croit qu’il s’agit là d’une “ atteinte grave à la liberté d’expression, la valeur sur laquelle se fonde notre profession”. Dénonçant par la même occasion ce qu’il appelle “ folles rumeurs savamment entretenues ”, il observe qu’à l’aide de communiqués, éditoriaux et autres moyens peu loyaux, on tente de faire installer dans l’esprit du personnel et dans l’opinion, l’insidieuse idée selon laquelle il serait à l’origine des “ dysfonctionnements ” qui sont la cause de retards de salaires et autres problèmes de la South Media Corporation. “On ne m’a jamais nommément cité, on n’a jamais indiqué le montant des sommes querellées, on n’a jamais restitué aucun fait dans son contexte”, souligne-t-il. Tout en se demandant si des choses aussi sérieuses peuvent être traitées par la périphrase et le simple entretien du soupçon. Même s’il reconnaît qu’il est possible qu’il ait fait des erreurs comme tout manager, il refuse cependant qu’on jette “ injustement ” l’opprobre sur sa personne, que l’on porte atteinte à sa réputation de journaliste, puis de patron de presse, qu’il affirme avoir mis vingt ans à bâtir. Marie-Noëlle GUICHI Un quotidien, deux rédactions à Yaoundé Les éditions de Mutations de ce jour ont été préparées dans la soirée d’hier par deux équipes différentes sur deux sites distincts. Ambiance de bouclage à la Place Repiquet et au Kaba-Ngondo. La soirée d’hier, 16 juillet 2007, restera dans les mémoires de la presse camerounaise. Pour une raison inédite. Aux environs de dix-neuf heures, le quotidien Mutations est en phase d’édition. Sur deux sites et par deux équipes distinctes. Du côté de la “ Place Repiquet ”, le siège jusque-là connu du public, il y a du monde dehors. En petits groupes, journalistes et autres personnels devisent. L’essentiel des conversations tourne autour de la situation consécutive au départ de Haman Mana, le directeur de publication. Le premier bureau à gauche, dès qu’on franchit la guérite, est fermé. Au fond du couloir, il est possible de voir quelques journalistes concentrés sur leurs ordinateurs. Justin-Blaise Akono, Jean Françis Belibi, et quelques autres répondent présent. Le directeur de la rédaction, Alain Balise Batongué, est assis dans son bureau, deuxième porte à gauche. Il est sollicité à la fois au téléphone et par ses collaborateurs. Entre ces sollicitations, il répond au reporter venu lui rendre visite : “ On prépare le journal qui va être publié demain ; on ne s’attendait pas à cette décision, même les journalistes ont été perturbés.” Conséquence, “ notre conférence de rédaction a eu lieu à 14h, au lieu de 8h30. Ensuite, on a échangé et rassuré les journalistes ” précise le directeur. Selon lui, le travail avance sereinement. Preuve : “ On vient de boucler le campagnard”, ajoute-t-il, pour donner un aperçu de l’état d’avancement du travail. Quelques sollicitations de Léger Ntiga, l’un des rédacteur-en-chef adjoints, et Félix Cyriaque Ebolé Bola, l’un des chroniqueurs, l’interrompent. Pas pour longtemps. Alain Blaise Batongué affirme, tout sourire, que le journal “paraît demain [Ce jour, 17 juillet 2007, ndlr], et tous les jours. On a des engagements avec nos lecteurs ; on ne peut pas s’arrêter.” Surtout qu’il y a “ six pages de publicité ”, déjà réservés ! Sérénité au Kaba Ngondo A quelques encablures de là, juste en face de la direction des Impôts, une autre équipe fait le même journal dans un local à l’espace culturel le Kaba-Ngondo. L’équipe est constituée des visages auxquels l’on est habitué du côté de la “ Place Repiquet”. Claude Bernard Kingué, le secrétaire de rédaction, se sert du café. Xavier Luc Deutchoua travaille sur un ordinateur portable. Mireille Bissek, qui était au départ du projet Mutations, y est aussi de passage. Elle vient pourtant de quitter la “ Place Repiquet ” où elle a discuté avec M. Batongué. Haman Mana, le directeur de publication, fait des va-et-vient. Venant Mboua, grand reporter écarté de la rédaction il y a quelques semaines, est aussi là. Trois journalistes saisissent leurs textes, sur une sorte d’estrade. Il s’agit Jules Romuald Nkonlak, l’un des rédacteur-en-chef adjoints, Cathy Yogo, et Claude Tadjon. Jean Bruno Tagne arrive à son tour. Il insère son texte à l’aide d’une clé Usb. “ C’est serein !”, déclare Thierry Gervais Gango, le rédacteur-en-chef de Situations, à propos du moral de la troupe. Il refuse de dire où sera imprimé le journal, mais rassure : “ On va paraître demain. ” Lui aussi est très sollicité au téléphone. Il confie que certains de ces appels sont des menaces. “C’est une situation de crise qui a secoué une grande partie du personnel. Certains ont même pleuré”, révèle-t-il. Tout en martelant qu’il fallait que certains prennent leurs responsabilités, car le malaise couvait depuis près d’un an. Certains journalistes en soufraient. Ils ont fait leur choix : “ Suivre Haman Mana. ” J.B. Tagne confie que sa présence “ n’est pas le choix d’un individu, mais d’un journaliste, attaché à la liberté d’expression.” M. Gango réussit à faire marcher l’imprimante qui apparemment était mal branchée. “Voici les premiers textes”, dit-il à ses collègues. X.L Deutchoua demande aux autres de se dépêcher. Lequel des deux produits arrivera s Édouard TAMBA Ambiance au desk Mutations de Douala Desk du Journal Mutations à la rue Bébey Elamé, il est un peu plus de dix-huit heures trente minutes ce lundi. A l’intérieur des locaux, rien de particulier. Marion Obam devise tranquillement avec deux confrères. Dippah Kayessé range sa table. Les deux journalistes se montrent même surpris par la visite du reporter. Dans les bureaux du nouveau chef desk, l’ambiance est tout aussi studieuse. Derrière ses lunettes, Junior Binyam, ne quitte pas d’une seconde son ordinateur. “ Vous qui avez l’habitude de ces lieux, avez-vous remarqué quelque chose d’anormal ? Je boucle présentement l’édition de demain, et je travaille aussi sur les articles de Situations ”. Et le chef desk de révéler qu’il a présidé sa traditionnelle conférence de rédaction du matin avec tous ses reporters. Ces derniers ont remis leurs articles et sont rentrés chez eux. “ A ce que je sache, nous sommes toujours des employés de la Smc “ South Média Corporation ” (Ndlr). C’est la Smc qui paye les locaux dans lesquels nous nous trouvons ” poursuit-il. Sur les remous au sein de l’entreprise, Junior Binyam soutient que c’est normal qu’une structure connaisse de temps en temps de petits problèmes. Il révèle aussi que n’est pas la première fois qu’une démission fait couler beaucoup d’encre à Mutations. Pour lui, “ les entreprises viables doivent pouvoir survivre aux passages des hommes. ” Sur l’hypothèse de la non-présence de son produit sur le marché aujourd’hui, le chef desk relativise la situation. “ Ce ne sera pas la première fois qu’une édition du journal paraisse plus tard. Cela est arrivé plusieurs fois. Pour ce qui nous concerne, nous faisons notre travail, et les autres feront le leur ”. La sérénité affichée du chef desk de Mutations tranche avec l’attitude d’un pilier de cette rédaction. Joint au téléphone, Denis Nkwébo a clairement indiqué qu’il quittait la barque. “ Dans ce conflit entre un journaliste et un homme d’affaires, dans ma position de syndicaliste, je ne peux que prendre le parti du journaliste. En outre, je profite de cette situation pour démissionner du groupe South Média Corporation. Mais je reste employé de Mutations. ” Pour ce journaliste, sa démission va lui permettre de se déployer dans ses piges à Rfi et Syfia. Léopold Chendjou




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