Sénégal: procès pour meurtre d'un marabout et d'une vingtaine de ses disciples

Par Agence France Presse | AFP
Mbour - 23-Apr-2019 - 20h12   1174                      
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Des "thiantacounes" arborent un portrait de Cheikh Bethio Thioune dont ils réclament la mise en liberté, le 19 octobre AFP/Archives/SEYLLOU
Le procès d'un chef religieux musulman sénégalais, Cheikh Bethio Thioune, et de 21 de ses disciples, pour le meurtre de deux d'entre eux en 2012, s'est ouvert mardi en l'absence du marabout, à

Le procès d'un chef religieux musulman sénégalais, Cheikh Bethio Thioune, et de 21 de ses disciples, pour le meurtre de deux d'entre eux en 2012, s'est ouvert mardi en l'absence du marabout, à l'étranger pour raisons médicales, et qui sera jugé par contumace.

Ce procès très médiatisé au Sénégal, qui doit durer jusqu'au 2 mai devant la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour, à 80 km au sud-est de Dakar, entouré d'un important dispositif de sécurité, est attendu depuis des années en raison de l'importance du principal prévenu.

Cheikh Bethio Thioune, un responsable mouride, une des plus influentes confréries dominant l'islam au Sénégal, pays à plus de 90% musulman, compte de nombreux fidèles, y compris à l'étranger.

Il "sera jugé par contumace", et le procès va se poursuivre, a décidé le président du tribunal, Thierno Niang, rejetant la demande de la défense de surseoir au jugement en raison de l'absence du marabout, soigné en France.

Selon Ousmane Seye, un des avocats du religieux, âgé de près de 80 ans, Cheikh Bethio Thioune est "absent du territoire depuis janvier 2019" et "reçoit des soins intensifs à Bordeaux" (sud-ouest de la France).

Le président du tribunal a suivi l'avis du procureur selon lequel "le dossier médical n'a pas été communiqué au parquet", rendant la requête de la défense irrecevable.

Pour l'avocat des parties civiles, Me Khassimou Touré, il s'agit d'un dossier médical "de complaisance".

- "Bagarre de talibés" -

En liberté provisoire depuis février 2013, Cheikh Bethio Thioune avait été arrêté le 23 avril 2012, sept ans jour pour jour avant le début de ce procès, à la suite de la mort de deux de ses disciples lors d'une rixe dans le village de Keur Samba Laobé (ouest), où il possède une résidence.

Les organisations de défense des droits humains et les familles des accusés dénoncent depuis plusieurs années la durée excessive de la détention préventive de la plupart des prévenus. Ce sont finalement 22 prévenus qui figurent au procès, alors que le tribunal en avait initialement annoncé 20.

Ils sont poursuivis notamment pour meurtre avec actes de barbarie, association de malfaiteurs, recel de cadavres, inhumation sans autorisation administrative, détention d'armes sans autorisation et non-dénonciation de crime.

L'ordonnance de renvoi évoque "une bagarre de deux clans de talibés" (disciples).

Selon Me El Hadji Mamadou Ndiaye, avocat de trois des prévenus, Cheikh Bethio Thioune avait interdit à l'un des deux hommes tués l'accès à son domicile, lui reprochant une dévotion excessive à son égard - il le comparait même à Dieu. La victime a bravé l'interdiction et des fidèles s'en sont pris à elle, la tuant avec un de ses compagnons.

Selon l'ordonnance, les corps des deux victimes présentaient "des violences" causées par des "armes tranchantes, contondantes et à feu", et les dépouilles ont été enterrées à 800 mètres du domicile de Cheikh Bethio Thioune.

Le chef religieux, administrateur civil de profession, polygame et père de 29 enfants, n'est personnellement poursuivi que pour "non-dénonciation de crime parce que n'étant pas présent au moment des faits" qui lui sont reprochés et qu'"il conteste vigoureusement" les faits, a précisé à l'AFP avant le procès un de ses avocats, Moussa Sarr.



| AFP

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