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 Post subject: Abim avong dili da yelane a é ekela
New postPosted: 26 Dec 2009 5:57 
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Joined: 28 Jan 2003 20:00
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Sortez donc, Mr le Président, par la grande porte du pouvoir et entrez par la grande porte de l'histoire

Mr le Président, vos enfants aujourd’hui adolescents, ont plus besoin de vous que vos concitoyens à qui vous avez déjà donné plus de 30 ans de votre vie à servir dans les hautes sphères du pouvoir d’Etat.
Après ces longues années comme serviteur de l’Etat, je pense sincèrement que vous méritez un juste repos dans votre pays et non en exil. Nous pensons pouvoir vous pardonner l’exil infligé à votre prédécesseur, pour stopper là le cycle des exils de nos anciens dirigeants. Notre rêve à tous, et je crois ne pas me tromper, est de voir nos dirigeants rester chez eux après avoir durant leur vie, été au service de la nation. Et le fait que les médias indiquent la construction de votre future résidence dans notre capitale est un signe, pour nous, encourageant.
Quitter les ors et dorures du pouvoir ne vous empêchera pas, Mr le président, de vous intéresser aux affaires de votre pays, des pays du continent, des pays du monde. Pourquoi ne pas consacrer le temps qui vous reste à votre famille, à l’écriture des témoignages que vous laisserez à la postérité ? Quelqu’un disait qu’une personne, au soir de sa vie, n’avait plus peur de mourir et pouvait se permettre le luxe de dire ce qu’elle pensait. Qu’elle pouvait se permettre de dire "sa" vérité sur les sujets qu’elle évoquait.
A ce stade de votre vie, vous avez derrière vous une riche expérience de l’exercice du pouvoir et des réalités de cet exercice dans nos enclos. Le dernier service que vous pouvez rendre au Cameroun et à l’Afrique, est de vous atteler à la mise sur écrits de vos réflexions sur ces réalités vécues au plus haut niveau de la gestion de notre pays, de nos Etats.
Vos préoccupations doivent dès lors être orientées vers la prunelle de vos yeux : vos jeunes enfants et les petits-fils que ne manquera pas de vous donner l’aîné de votre progéniture, si ce n’est déjà le cas. A tout ce que votre statut ne vous permettait pas de faire. Vous pourrez tranquillement vous adonner, l'esprit débarrassé des soucis de votre fonction, à l’écriture de vos réflexions sur la vie et le pouvoir. Vous pourriez même aller à la chasse, si vous êtes chasseur ; vous occuper de votre plantation si tant est que vous éprouviez du plaisir à humer l’air après la pluie – vous savez, cette odeur de terre fraîche -, à retourner la terre et voir sortir de celle-ci les jeunes pousses. Bref, de profiter enfin de ces plaisirs simples que la vie nous offre, mais auxquels nous avons cessé d’attacher la moindre importance ou simplement encore et dans votre cas, ceux auxquels les contraintes de votre fonction ne vous permettaient certainement plus.

Tous ces flagorneurs, Mr le Président, qui vous ont convaincu de nous humilier, en modifiant notre Loi fondamentale ne vous aiment pas plus que leurs ambitions personnelles toujours antagonistes à celles du peuple, qu’ils tentent une fois de plus de manipuler. Et ils aiment encore moins notre pays, qu’ils abandonneront pour des cieux plus cléments, au moindre coup de vent violent, laissant ce même peuple se débrouiller tout seul face à l’adversité, comme d’habitude. Vous le savez mieux que moi, mieux que les Camerounais qui ne souhaitent pas vous voir exilé de force, mais qui seront heureux de croiser de temps en temps votre chemin dans les villes et rues de notre pays. Détrompez-vous donc, Mr le Président. « De toutes nos provinces, de nombreux appels favorables à une révision [ dans ce sens de notre Constitution ne vous] parviennent’’ pas. Et sincèrement, vous devriez être "insensible’’ aux appels de ces hommes et de ces femmes adeptes de la "politique du ventre" et bien incapables d’’’oser inventer l’avenir’’, un autre avenir pour leurs concitoyens.
La Constitution, Mr le Président, n’est pas un jouet à manipuler au gré de ses ambitions personnelles mais en fonction des ambitions du pays tout entier, car elle est LA Loi par excellence pour tous, celle pour laquelle nous devons tous nous battre pour la défense, défense pour laquelle je vous adresse cette lettre. Et son garant que vous êtes, Mr le Président, doit en donner l’exemple.
Mathieu Kérékou, votre homologue béninois, n’est pas mort parce qu’il aura respecté la Constitution de son pays. Vous ne mourrez pas non plus, parce que vous aurez respecté celle du vôtre, en sortant par la grande porte du pouvoir et en entrant dans celle, tout aussi grande de notre histoire et celle de notre continent et non par la petite, humilié et chassé de votre pays, entraînant dans votre exil vos enfants, que les Camerounais aiment à considérer comme les leurs et dont ils suivent de loin, la progression dans la vie. Parce que, voyez-vous, Mr le Président, "La grande majorité de notre population" souhaite plus que tout, avoir confiance en Sa Constitution. Elle souhaite que la défense de notre « système démocratique » soit l’affaire de tous, et de vous en premier, de vous le Premier des Camerounais. Même au prix de votre vie.
Si des manipulateurs vous flattent, cela ne veut pas dire qu’il ne se trouve pas dans tout le Cameroun, au moins un citoyen à même de vous remplacer à la tête de l’Etat. Vous avez aujourd’hui l’âge du repos bien mérité et celui de Sage prodiguant ses conseils à ses cadets. Souvenez-vous, Mr le Président. Vous aviez bien, vous-mêmes, remplacé Ahmadou Ahidjo alors même que des flagorneurs en 1982, étaient persuadés que notre premier président était irremplaçable, qu’après lui ce serait le chaos. Or le Cameroun n’a pas sombré dans le chaos depuis votre accession à la magistrature suprême, malgré l’épisode de 1984 et bien que l'option néolibérale prise par vous ait laminé notre pays et plongé vos concitoyens dans la pauvreté alors même que nous sommes un pays riche.
Comprenez et acceptez donc, Mr le président et à la lumière de votre exemple, que vous puissiez céder la place à un autre de vos concitoyens et laisser au peuple le soin du choix de ce concitoyen. Certes, vous pouvez, si vous le souhaitez, indiquer votre préférence de tel ou tel Camerounais pour vous succéder, mais le choix, en dernier ressort, doit être celui du peuple.
Les « motions de soutien » que lancent ici et là, nos inconscients et cyniques concitoyens de la part du ‘’Peuple’’, pour vous convaincre comme vous le croyiez déjà en 2007 lors de votre discours de fin d'année à la nation, de ce que ce même « Peuple » auquel, en temps normal ils ne s’intéressent pas, souhaite vous revoir à la tête de l’Etat après l’échéance de votre dernier mandat ne sauraient être autre chose qu’une façon de vous empêcher de jouir tranquillement des dernières années qui vous restent à vivre dans votre pays et par la même occasion, de rendre à vos enfants leur père chéri et vous, d’en profiter. Ces enfants, qui, Mr le Président, devront pouvoir vivre, entrer et sortir du Cameroun sans aucune entrave à leur liberté de mouvements avant et après votre dernier voyage vers nos ancêtres, qui, je l’espère, ne manqueront pas de vous demander de rendre des comptes.
A l’adolescence, comme vous le savez, ils sont plus exigeants et en même temps plus fragiles, ont plus que jamais - comme tous les adolescents du monde -, plus besoin de leurs parents, car à la charnière de deux périodes : celle de l’enfance et l’entrée dans le monde semi-adulte. Et puis, Mr le Président, donnez-vous les moyens de ne pas regretter de ne les avoir pas vus grandir – sauf le temps des vacances -, ceux de partager leurs joies et leurs peines d'ados et d'enfants de leurs parents tout simplement. Pour qu’ils gardent en eux l’amour et chérissent le souvenir d’un père et non d’un Président. Car si vous êtes notre Président, vous êtes d’abord et avant tout pour eux, leur père.

A Nti Biya, a Nkukuma, nga, abim avong dili da yelane a é ékela.

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Cesser de se regarder avec les yeux des colons est le debut de la decolonisation mentale.(Oceane)
Une nation sans sa culture c’est comme un troupeau sans son berger.( Marcus Garvey)


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 Post subject: Re: Abim avong dili da yelane a é ekela
New postPosted: 06 Jan 2010 13:07 
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Joined: 31 Jan 2002 20:00
Posts: 825
Bonne année Océane,

quel est ton état d'esprit en cette nouvelle année? J'aime beaucoup le ton général de ta lettre. Respectueuse, j'y perçois comme une douleur très grande. Seulement, que faire, sinon continuer de travailler, à précipiter la venue pacifique de l'aube nouvelle?

Oui, je ne sais pas ce qui t'a indiqué cette voie d'action. La lassitude ou l'espoir. Pour ma part, l'espoir, raisonnable, est mon favori pour les années futures. Voudrais-tu l'avoir en partage avec moi?

Aurais-tu visité la rivière Atemengue en 2009? Elle vivait, tant bien que mal, là, au coeur des herbes et des poteaux électriques. Atemengue était notre bassin de jeux. Nous étions enfants d'Atemengue. Pour nous baigner dans son courant timide, nous commencions des courses excitées mille et cent mètres avant le saut.

Nous arrivions de Ngoa-Ekellé, Mini ferme, Ndzoang Melen, Edzoa Mballa, Obili...

Atemengue nous a bercés, pour ainsi dire, tant que nous ne l'avions pas vue maigrir, souffrir, dépérir.

Aujourd'hui, je lis ta lettre, et l'espoir m'étreint de plus belle.

Tu t'adresses à celui qui a connu Atemengue, Ewoué, Biyeme, Djoungolo vivant en meilleure santé qu'aujourd'hui. Nos cours d'eaux n'ignorent rien des événements qui éloignèrent les enfants de leurs berges humbles.

Nos cours d'eaux gardent dans leurs mémoires les frayeurs des filles arrachées à leur innocence. C'était souvent un après-midi banal de cris autour d'un ballon, dehors, de dents qui déchiraient un tissu afin de ne pas crier, dans une chambre.

Ils n'oublient pas que de terre poussent des immeubles comme pour ensevelir les liens de l'honneur et des humilités fondatrices de nos consciences.

Atemengue se souvient bien de ces événements.

Les hommes et femmes dirigeant ce pays rêvent de voir Atemengue sénile et amnésique. Cela s'est vu à leur manière de décider que le village était un frein au respect des nouvelles hiérarchies du pays.

Nous avions été interdits d'Atemengue sans raison apparente. Du jour au lendemain. Nos plus jeunes frères et soeurs ne connaitront pas nos manières de soigner le corps aux herbes sauvages. Ils savent mille autres choses. Ils attendent, bardés d'idées belles et généreuses, de dessiner et construire de magnifiques jardins autour d'Ewoué, Biyeme, Abieregue, Mfoundi...

Ta lettre finit par cette expression que je ne traduirai pas. Tu l'as employée à annoncer le sujet que voici. Cela m'émeut. Ces nuits qui recouvrent nos peines quotidiennes ne sont pas ingrates. L'aube qu'elles préparent point déjà, ma foi.

Celui à qui tu t'adresses a donc connu Atemengue plus solide, plus entouré. Il sait quel est l'état de santé de nos cours d'eaux.

Ne nous voit-il pas? A ton avis? Rien n'est plus grossier d'évidence que nos ventres gonflés par le rachitisme. Nos bouches avides de mangues douces. Nous nous trompons trop souvent au moment de donner nos noms aux hommes en faction à l'entrée de son palais. L'un de nous s'est nommé Awoura. Plutôt que Georges Oba'ala, son nom jusque là.

Et devant le Président même, il s'est mordu les lèvres au sang. Se tenait debout, calme, les yeux clos et s'arrachait presque les lèvres. Nous avons vite fait d'éloigner ce spectacle de nos yeux et de ceux du Président impassible. Pourquoi? Tout cela me pousse à te dire que rien des affres que nous fréquentons n'est tapi dans quelque ombre de nos terres. Nous portons nos peaux flétries sur des os tout saillants. Le soleil est notre meilleur biographe. Nos douleurs muettes, ou murmurées, les meilleures chorégraphies de ce pays.

Nos corps sont pareils à nos cours d'eaux. Qui pourrait ne pas le voir aujourd'hui?

Rassure-toi, ma soeur, le ciel même l'aura informé de l'état d'exception de nos santés.


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