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Nous nous serions volontiers passés de ce nouveau feu d'artifice des autorités camerounaises, conduit de mains de maître par un ministre de la Communication, porte parole du gouvernement au meilleur de sa forme et qui, profitant des déclarations d'un journal jusque-là inconnu, a hissé les journalistes au même rang glorieux que les prostituées. Nous nous serions volontiers passés de cette démonstration de force contre les éternels "déstabilisateurs de tous bords" qu'il faut rapidement neutraliser tout en "défendant la République" manifestement en danger.
Nous nous serions volontiers passés de tout cela si l'option du gouvernement était véritablement d'expliquer, d'éclairer l'opinion publique sur tout ce qui s'est passé ces cinq derniers jours, depuis les révélations faites par des médias français sur les sommes dépensées par le gouvernement camerounais dans le cadre des vacances du chef de l'Etat en France, accompagné pour la circonstance par une horde de collaborateurs.
Parce que, au fond, les questions essentielles sont les suivantes : le chef de l'Etat séjourne-t-il effectivement à La Baule avec une quarantaine de personnes ? Les montants avancés par les médias français et contestés (mollement) par les responsables de l'hôtel ont-ils été remplacés par d'autres montants moins importants ? Le chiffre avancé (un million d'euros, autour de 655 millions Cfa) n'est-il pas supérieur au montant cumulé du coût des vacances de trois des présidents les plus influents du monde ?
Comme on le remarquera, le communiqué du gouvernement ne répond à aucune de ces questions, n'apporte aucun démenti formel, daté et chiffré aux informations portées à la connaissance du public par les médias français parmi les plus sérieux et les plus crédibles, informations naturellement relayées par des journaux camerounais dont certains ont pris la précaution de recouper les informations auprès de sources neutres (n'en déplaise à certain chroniqueur de la Crtv, dont la subite légèreté aura étonné plus d'une personne) avant d'être mise à la disposition des lecteurs. A la place, on nous fait comprendre que les dépenses du président restent raisonnables puisqu'elles restent en deçà de l'excentricité des émirs ou des rock stars. Le message est bien assimilé.
Le comble de la mauvaise foi vient de ce que le communiqué ne précise pas que le fameux droit de réponse de l'hôtel L'Hermittage (dont on peut se demander ce qu'il vient chercher sur la table d'un ministre alors qu'il est destiné à des médias étrangers) a été rédigé en autant de versions qu'il convenait aux autorités camerounaises pour monter une opération de rattrapage médiatique. Il est constant en effet que la version de ce droit de réponse qui a été envoyée aux autorités camerounaises lundi (sans références à aucun média) est bien différente de celle qui a été présentée par le ministre de la Communication hier, des membres de la délégation camerounaise autour du chef de l'Etat ayant eu la précaution de "corriger" les manquements relevés à partir de Yaoundé. Mais au fond, qui a dit ou prétendu que le chef de l'Etat n'avait pas droit à des vacances ? Le problème et la polémique sont venus de ce que les médias français ont trouvé le coût de ces vacances excessif, alors que le pays traverse une situation sociale et économique des plus difficiles.
On aurait même pu ajouter que ce coût, déjà exorbitant, ne tient pas compte des frais engendrés par la location de l'avion à mettre à la disposition du chef de l'Etat, et qui est souvent immobilisé pendant toute la durée du séjour et que la décence ne nous autorise pas à évaluer dans ces lignes.
Pourquoi entourer de secret ce qui, ailleurs, est banal ? Lorsque Nicolas Sarkozy a été élu président de la République, son premier séjour lui a été offert par un homme d'affaires bien connu, à bord de son yacht personnel. La presse française a condamné ce mélange de genre, sans qu'elle ne soit taxée de malveillante et accusée de complot contre la République. S'il est vrai que "le peuple souverain met à la disposition" du chef de l'Etat des moyens pour "se vêtir, se loger, se nourrir, se soigner pour le mettre à l'abri du besoin et de l'indigence", le président de la République ne doit jamais oublier qu'il a des comptes à rendre à ce peuple qui l'a élu ; Ses collaborateurs devraient l'aider dans ce sens, plutôt que de rechercher en permanence, des arguments qui ressemblent à de la fumisterie.
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