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Reportage: Etre vieux en prison
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YAOUNDE, 02 Nov. 2009
© Steve LIBAM | Cameroon Tribune
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Au pénitencier de New-bell, le quotidien des détenus du 3è âge est partagé entre oisiveté, insalubrité et espoir de liberté.
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Nofear
Pully
02-Nov-2009 14:16 EST
Très bel article on s'y croirait,dommage pour les vieux de finir leurs vies ainsi
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Reportage: Etre vieux en prison
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YAOUNDE, 02 Nov. 2009
© Steve LIBAM | Cameroon Tribune
 1 Réactions
Au pénitencier de New-bell, le quotidien des détenus du 3è âge est partagé entre oisiveté, insalubrité et espoir de liberté.
Au pénitencier de New-bell, le quotidien des détenus du 3è âge est partagé entre oisiveté, insalubrité et espoir de liberté.

9h, prison centrale de New-bell. Une porte métallique s’ouvre et se referme furtivement au gré d’un gardien dont le sourire tranquille adoucit l’uniforme. Ce mercredi est jour de «communication» selon la terminologie utilisée ici. Dehors, des visiteurs sont alignés. Mères aux yeux rivés sur chaque entrebâillement, pères aux bras croisés, balançant du pied pensivement, amis aux mains chargées de présents, etc. Malgré les fouilles, l’humeur est plutôt bonne. Une fois dans la cour, pour rejoindre le quartier des personnes du 3e âge, il faut serpenter dans un dédalle de couloirs qui s’assombrit progressivement, passer par «Ndokoti», du nom d’un célèbre quartier de la capitale économique. «Ici comme à l’extérieur, on y trouve à peu près tout», nous apprend-on. Après un virage serré, nous y sommes. Une cellule commune où les lits sont superposés. A l’extérieur, de longs bancs sont disposés dans ce qui sert de cour, avec une bâche bleue en guise de toiture. Bienvenu dans la «cellule spéciale numéro 16 du 3e âge», créée le 23 février 1998. «On nous a rejeté au fond de la prison, on n’est plus important pour la société. Mais on fait avec …», soupire avec lassitude un pensionnaire. A l’entrée de la cellule commune, ce qui sert de salle d’eau commune. Pour préserver l’intimité, une toile faite de sacs rafistolés, sert de mur. On ne doute pas qu’elle ait été de couleur blanche. Alors qu’un détenu prend sa douche, un autre urine à l’extérieur, au pied du «mur».

Au total, ils sont une quarantaine de pensionnaires dans ce quartier. Si beaucoup ont plus de 60 ans, certains sont dans la cinquantaine. Leurs histoires? Certaines sont des plus banales. Même pas de quoi faire une brève dans les canards locaux. Elles vont des petites escroqueries aux litiges fonciers, en passant par des rixes. Par contre, d’autres sont vraiment sordides. «J’ai été accusé de viol sur deux mineures de six et trois ans au quartier Bepanda. Ce sont mes voisins qui ont répandu ces commérages», déclare Djouassi Mezack, 67 ans et doyen des lieux. C’est le cas pour plusieurs, accusés de pédophilies. Cependant, tous clament leur innocence. La date de leur entrée ? Un vieux et douloureux souvenir dont beaucoup ne se souviennent même pas, probablement refoulé dans leur subconscient.

«Tuer» le temps

Ici, le temps semble suspendu. Difficile de le compter. La pendule qui trône dans la cellule commune a aussi renoncé à le décompter. Les aiguilles sont restées figées à 1h 20. Du matin ou de l’après-midi? La monotonie ambiante n’aide pas. Pour ces vieillards, les journées s’écoulent lentement comme un fleuve en décrue. «Après ma toilette le matin, je m’installe ici dehors et j’attends le repas. Rien d’autre», dit Djouassi Mezack. Heureusement, il y a les jeux de société, principalement le ludo et le jeu de dames pour s’occuper. «6 - 4. Ton pion est tombé.» «Mais non, j’ai rien vu. Et puis tu as avancé d’une case.» Ambiance. Les éclats de voix liés à ces jeux sont cependant rares. Pas d’agressivité, et les «vieux» exhibent fièrement les trophées remportés lors d’un tournoi organisé récemment au sein de la prison par une Ong. «A force de forger, on devient forgeron. Nous, on a rien d’autre à faire, et on le fait bien.» Pour les fans de séries télévisées, un poste est également disponible dans la cellule commune. Dans ce silence presque de cimetière, le robinet qui coule sans interruption trouble la quiétude. Impossible de l’arrêter, la mécanique est grippée. Car de quiétude, ici on en a besoin pour méditer. Jean-Pierre Tagne ne quitte jamais sa Bible. «Je suis un enfant de Dieu, et je suis complètement dans sa parole.» Un de ses versets préférés, Jérémie 29 : 10-14. «Je me laisserai trouver par vous, dit l’Eternel (…) et je vous ramènerai dans le lieu d’où je vous ai fait aller en captivité.» Perché sur son lit, Mathieu B. de son côté relit pour la énième fois un vieux numéro de «Réveillez-vous», une publication des Témoins de Jéhovah.

Si les détenus cherchent à garder le moral, c’est que le physique n’y est plus vraiment. «Ils sont fragiles et très souvent malades. Hypertension, diarrhées… », confie Foumekong A. du service social de la prison. Pour les aider dans leur quotidien, des «auxiliaires» leur sont commis. Bernard Zetekom, 39 ans en est un. «J’ai accepté de le faire par respect pour leur âge. Je lave le linge, les aide dans les déplacements, etc.» Pour Alice E., militante dans une association de défense des droits de l’homme, «plus l’individu avance en âge, plus la conjonction de facteurs défavorables influe de manière plus ou moins significative sur l’évolution normale de son organisme.»

Mais déjà, il faut prendre congé de nos hôtes. «Dites, vous reviendrez nous rendre visite? Nous avons encore des choses à vous dire», lance un détenu. «Bien sûr.» Pieux mensonge. Mais comment leur dire que nous ne reviendrons probablement pas de sitôt? Durant l’heure qu’a duré notre présence, aucun pensionnaire n’a reçu de visite en ce jour de communication. Nous retraversons les couloirs, «Ndokoti», la cour, les barrières. Puis le portail s’ouvre devant nous. Enfin, la lumière du soleil, l’air frais de la liberté. Que c’est beau d’être libre.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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