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Il y a exactement un an, jour pour jour, disparut Pius Noumeni Njawé, le fondateur du journal Le Messager. A l'annonce de cette triste nouvelle, nombreux étaient ceux qui enterraient le journal avec lui. Seul lui-même se laissait convaincre de son vivant, que Le Messager, son Messager allait lui survivre. Chaque fois que par ironie ou toute autre raison, on lui posait la question du devenir de ce journal sans lui, il rétorquait, avec conviction, que Le Messager allait lui survivre. Un an après sa brutale disparition dans un accident de circulation à Norfolk, aux Etats-Unis, les faits lui donnent raison. Le Messager poursuit inexorablement son bonhomme de chemin, avec les autres quotidiens de la place.
Il faut reconnaitre humblement que Le Messager s’identifiait presque charnellement à son fondateur comme d’ailleurs toutes les œuvres sous les tropiques. Raison pour laquelle il était difficile d’admettre que la plus flamboyante de ses ouvrages, mais la plus fragile aussi, pouvait tenir sans lui. Même ses collaborateurs que nous sommes n'étions point à l’abris du doute et des appréhensions. Le contexte dans lequel le capitaine quittait le navire était des plus incertains. Je peux rappeler à cet égard l'oraison funèbre du personnel, lors de ses obsèques à Babouantou le 07 août 2010.
Au nom de nous tous, journalistes comme personnel administratif, technique et commercial, Frédéric Boungou, le rédacteur en chef à qui Pius confiait son précieux héritage quelques mois avant disait: «par quoi pourrions-nous remplacer ces gestes qui sont le creuset de toute l’affection que vous aviez pour chacun de nous individuellement. L'angoisse existentielle s'empare de vos protégés que vous venez ainsi d’abandonner. Comment éviter des anthropomorphismes en ces heures graves ? Comment éviter la douleur des orphelins à l’idée de vivre sans un parent parti à Jamais ? Comment éviter de penser à l'incertitude des lendemains dans laquelle votre disparition plonge notre avenir ? Un écran opaque nous empêche de voir l’horizon».
Toutefois, malgré la tourmente, tout le monde a su garder la foi. La valeur qui, dit-on, soulève les montagnes. Forts de l’engagement pris pour nous par le rédacteur en chef. Il a promis en effet « de tenir le coup, de maintenir la flamme allumée, de garder foi au projet mis en œuvre depuis trente et un ans. Le meilleur hommage que nous puissions vous rendre, c’est de prendre l’engagement de perpétuer cet immense héritage... » Constitué au prix de la liberté de Pius, de ses amitiés pourtant très chères, en un mot au prix de sa vie.
Nous ne reviendrons point sur les Péripéties de cette vie ô combien tumultueuse. Certes, il y avait notre ferme détermination, l’émotion passée. Mais il nous fallait aussi compter sur les vrais amis de Pius N. Nijawé et du Messager : nos
fidèles lecteurs et nos annonceurs qui ne se sont pas laissés broyer par le doute. Ils ne nous ont pas abandonnés un seul instant. C’est aussi parmi ces vrais amis de Pius que se constituera le « comité Le Messager » qui accompagnera les orphelins en détresse jusqu'à la tenue d'une Assemblée générale qui donnera une direction au journal: Jean-Baptiste Sipa (le coach) comme il a choisi de se faire appeler, comme directeur de publication et Rodrigue Tanendjio, un expert comptable, comme gérant.
Depuis, ce duo nous a sorti la tête de l'eau, à la surprise générale, renforçant ainsi la confiance de nos lecteurs et surtout celle des annonceurs qui, en dépit de quelques divergences liées à notre ligne éditoriale ne cherchent pas à infléchir cette ligne par un quelconque chantage, ni marchandage. Nous continuons à évoluer sur un tacite gentleman agreement.
Toutes ces sympathies additionnées ont permis au journal de Pius de ne pas mettre là clé sous le paillasson après sa brutale disparition.
Que dire de la solidarité confraternelle qui a permis à tous les journalistes camerounais et de par le monde, avec à leur tête les directeurs de publication du Cameroun, dès la première seconde de la disparition de Pius, ils se sont mobilisés comme une seule personne pour assurer à leur collègue disparu des obsèques à la dimension internationale de l'homme. Au-delà de la légèreté et de l’organisation souvent collées à tort ou à raison aux journalistes, il ne me souvient pas qu'il y ait eu le moindre couac. Depuis le 12 juillet, jusqu’à l’enterrement et au-delà, le brain-trust médiatique de ces obsèques a donné une autre image de la corporation: celle positive qui a impressionné tout le monde.
Pour les employés du quotidien Le Messager, comment ne pas se ressentir ragaillardis par un élan de sympathie et de solidarité inespéré pour surmonter la peur des lendemains incertains. C’est ainsi que nous avons pu atteindre le résultat que notre diffuseur, Messapresse, qui n’a pas moins de mérite, a récemment rendu public. Le Messager, en 2010 a été le journal privé le plus vendu parmi les titres nationaux. Qui l’eût cru ? Ce classement très honorable, non seulement nous comble de joie, il est aussi une forte interpellation dans le sens de la perpétuation de la mémoire de Pius Njawé. Il faut comprendre toute l’émotion de notre « coach » qui, recevant cette distinction, a bel et bien souligné que «ce classement honore tout notre personnel». Mais on ne peut pas ne pas dire que les retombés ont du mal à suivre, en raison de la morosité économique dont le secteur est victime. Mais avec la détermination qui a toujours caractérisé Pius Njawé, de son vivant, nous continuerons car il nous a appris que « quand on a du caractère, on l’affiche » !
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