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Ils n’étaient pas très nombreux, les Camerounais qui croyaient au miracle, que Antoine Ntsimi serait maintenu à la tête de la Commission de la Cemac au 11ème sommet de cette organisation tenu la semaine dernière à Brazzaville au Congo. En revanche, lorsque le président Biya a effectué le voyage de Brazzaville, nous pensions que le chef de l’Etat camerounais réussirait à sauver l’honneur de son grand pays au sein de l’organisation sous régionale. C’est vraiment de cela qu’il s’agissait: sortir Antoine Ntsimi par la fenêtre comme ce fut le cas, mais faire par ailleurs installer un autre Camerounais à sa place. Le Cameroun méritait cela; il avait besoin que cela se passât de cette manière pour son image, pour la place qui est la sienne dans la Cemac. Les chefs d’Etat réunis à Brazzaville n’ont pas consenti cette concession à leur homologue camerounais. Ils se sont comportés différemment à dessein. Ils l’ont fait un peu comme pour prendre une revanche sur Paul Biya qui, dit-on souvent dans leur milieu, les regarde toujours de manière condescendante.
Antoine Ntsimi est blâmable pour avoir mal géré la Commission de la Cemac. Mais ce n’est pas le Cameroun qui a commis les fautes imputées à Antoine Ntsimi. Si les homologues de Paul Biya avaient tenu compte de ce que le chef de l’Etat du Cameroun vaut, son pays aurait été traité autrement, c'est-à-dire dignement. Mais le Cameroun est sorti du 11ème sommet de la Cemac avec des postes de commissaires de seconde zone; outre la présidence de la Commission qui lui a été soufflée, ce n’est pas un Camerounais qui dirigera la future compagnie Air Cemac; ce n’est pas Douala, malgré sa position stratégique, qui hébergera non plus le siège de cette compagnie de navigation aérienne.
On ne peut que rester nostalgique de cette époque où, notre compatriote Nzo Ekangaki, alors secrétaire général de l’Organisation de l’Unité africaine, en 1978, empêtré dans un scandale dit de la Lonhro, tout le continent africain se senti trahi par un de ses fils pour avoir passé des conventions économiques avec la Rhodésie raciste, où les Africains étaient opprimés. La diplomatie camerounaise de l’époque c’était mis en mouvement avec panache. Nzo Ekangaki fut écarté du secrétariat général de l’Oua certes, mais il fut aussitôt remplacé par son compatriote, William Aurélien Etéki Mboumoua, qui réussira deux mandats irréprochables.
La manière dont fut géré le départ de Nzo Ekangaki et l’arrivée d’Aurélien William Etéki Mboumoua, avait deux enseignements: le Cameroun avait une diplomatie dynamique d’une part; le pays était respecté d’autre part. Ces deux éléments sont ils encore présents aujourd’hui? On ne peut que douter au regard de ce qui vient de se passer à Brazzaville. Lorsqu’un pays est respecté, ses dirigeants et ses ressortissants le sont également. A l’inverse, le pays n’est ni consulté, ni écouté. On en est là aujourd’hui.
Face à la presse à Brazzaville, le chef de l’Etat du Cameroun a tenu des propos de consensus apparent. Il a trouvé normal que le poste de président de la Commission soit tournant. Ce n’est pas mauvais en soi, cette rotation; mais il faudra qu’un jour, le pays qui héberge le siège de la Cemac, en dirige également la Commission. Mais, si la diplomatie camerounaise avait parfaitement fonctionné comme cela fait en de pareilles circonstances, si le président Biya avait été souvent présent là où il est attendu, certainement qu’il aurait obtenu de ses pairs que cette rotation nécessaire, prenne effet après qu’un autre Camerounais ait été désigné pour succédé à Antoine Ntsimi. C’est ce que le Cameroun avait demandé et obtenu en 1978 à la tête de l’Oua. Cela ne peut être possible que si le pays est présent partout, s’il s’impose là où il faut, et s’il s’implique dans les dossiers brulants du continent. On le constate et nous le déplorons: sur ces registres, le pays de Paul Biya n’est pas une référence.
Nous avons souvent écouté le discours qui voudrait que les pays voisins acceptent d’office le leadership camerounais dans la zone. C’est utopique. Wole Soyinka avait dit que le tigre ne revendique pas sa «tigritude»; il se saisi de sa proie pour lui montrer sa force. Le Cameroun ne devrait pas attendre que les pays voisins viennent lui faire allégeance. Il doit assumer par les actes, par sa présence régulière partout, son rôle de leader. A force d’être absent et condescendant vis-à-vis des autres, ceux-ci ne manqueront pas de s’unir contre Yaoundé; conscients de leur «petitesse», ils multiplieront des efforts pour rattraper leur retard, et pourquoi ne pas se donner les moyens de tutoyer le Cameroun?
Le 11ème sommet de Brazzaville est une parfaite illustration que les autres pays de la zone peuvent s’entendre pour humilier le Cameroun. La déculottée enregistrée par notre pays au sommet de Brazzaville est un coup de semonce pour que les dirigeants camerounais regardent désormais différemment nos voisins. Leur regard condescendant sur les autres est à l’origine du comportement d’Antoine Ntsimi pendant son séjour à Bangui.
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