
Une - La Meteo - 23/08/2012
Photo: © La Meteo
Comment une entreprise, dont les dirigeants déclaraient avoir beaucoup appris de la faillite de la défunte Camair, est devenue comme elle aussi un gouffre à sous? La Météo aiguillonnée par le rapport d'étape du
cabinet Okalla Ahanda & Associés rend publics les dessous de ce qui fait déjà figure du plus grand scandale financier au Cameroun au cours de ces deux dernières années. Et dont les éclaboussures se déversent sur
Philemon Yang, Pca de la compagnie gloutonne, et non moins Premier Ministre du Cameroun. Que dire d'
Alex Van Elk, Dg recruté en février 2010? Le mercenaire néerlandais a bien tenu son rôle de bras séculier du pillage organisé des fonds publics affectés à Camair-Co. Ses parrains le lui ont bien rendu en reconduisant son contrat, apprend-on de sources introduites. Points par points, voici les principaux griefs reprochés aux fossoyeurs de Camair-Co: Attachez vos ceintures!
1.- Trou noir budgétaire.
Dans le cadre de l'exécution de son mandat de commissaire aux comptes de la Camair-Co à lui confié par l'Assemblée générale constitutive de ladite compagnie tenue le 22 décembre 2010, le Cabinet
Okalla Ahanda & Associés a produit un rapport d'étape en juin 2012. Bien que les états financiers de la compagnie ne furent pas disponibles à cette date, les travaux de commissariat aux comptes au titre de l'exercice 2011 clos au 31 décembre 2011 ont épluché nombre de zones d'ombre dans le tableau de la gestion de Camair-Co. Première incongruité relevée: la compagnie fonctionne sans budget. La faute a la direction générale de la compagnie qui n'a pas pu au cours des exercices 2011 et 2012 élaboré dans les normes un budget de la société en vue de son adoption par le Conseil d'administration. Le rapport s'offusque de ce que les budgets présentés à l'adoption du Conseil d'administration sont plutôt des «
requêtes de financement basées sur la situation de trésorerie et les prévisions d'exploitation établies par fonction et non par nature, ce qui ne permet d'assurer un suivi de l'exécution dudit budget par nature de dépenses». Pour rappel, Camair-Co, créée en septembre 2006, est une Société à capital public avec l'Etat pour seul actionnaire. Le fait que le contrôle budgétaire et le contrôle de gestion y est inopérant ne peut que heurter le bon sens managérial. Choqués, les auteurs du rapport notent dans leur Constat d'audit que «
l'absence de budget adopté par le conseil d'administration pour les exercices 2011 et 2012 a donné toute la latitude à la direction générale de s'affranchir des contraintes liées au respect des normes budgétaire.»
Et comment?
2.- Van Elk s'arroge un salaire astronomique et illégal.
Le directeur général perçoit un salaire mensuel de
18 333 767 FCFA. Non satisfait, Alex Van Elk fait prendre en charge par la compagnie son train de vie: dépenses d'hébergement, de restauration et de blanchisserie d'environ
2 500 000 FCFA par mois. Caricature parfaite du mercenaire blanc, cet individu dédaigne depuis sa nomination sa résidence de fonction au profit d'un hôtel chic de la ville de Douala. Autre hic somme toute révélateur: le contrat de travail de l'expatrié est «introuvable au sein de Camair-Co», s'étonne le rapport.
Pourquoi cette cachotterie?
La Météo a appris de sources crédibles que le salaire contractuel du Dg de Camair-Co est un cran inférieur à ce qu'il perçoit actuellement. Le Conseil d'administration détient une copie du contrat de travail de Van Elk mais se garde curieusement d'un: de rappeler le boulimique Dg à l'ordre. De deux: le mettre en demeure de rembourser à la compagnie le trop-perçu. C'est ici que la complicité du Pca
Philemon Yang se passe de commentaires. S'il laisse se poursuivre la déprédation, c'est certainement qu'il y trouve son intérêt. Alors, quand le rapport recommande à Yang d'exiger un archivage «
du contrat du Dg de Camair-Co en vue de servir de référence pour les salaires et indemnités qui lui sont versés», on ne peut qu'être sidéré de la naïveté de ses auteurs. Car, le Dg ne se moque pas seulement impunément des termes de son contrat, mais aussi du code des marchés publics.
3.- Passation mafieuse des marchés.
Les statistiques des marchés passés par Van Elk disent toutes la même chose: les contrats ont été conclus avant la création de la commission de passation des marchés publics auprès de Camair-Co. Scandale parmi les scandales: les marchés d'un montant supérieur à 5 millions FCFA sont passés par simple bon de commande, en totale violation des dispositions du Code des marchés publics. Où sont passés le ministère des Marchés publics et l'Armp? La couleur de peau autorise-t-il des pieds de nez à la législation camerounaise? Cleptomane invétéré, Van Elk l'est. Venu pour s'enrichir très vite et par tous les moyens, le néerlandais s'est vite mis à l'école camerounaise du fractionnement des marchés. Le diagnostic des examens de dépenses effectuées par Camair-Co a permis de relever que l'achat de matériel informatique aurait pu être groupé. Mais, cela a été fractionné pour les besoins de la cause. Suivez notre regard! Que penser de la qualité de la dépense?
4.- Comme dans une épicerie.
Le rapport est aussi vif qu'un verdict: «
Le total de [ces] factures (de prestation) non appuyées de pièces justificatives s'élève à 2 734 796 660 FCFA».
La Météo fait à ses lecteurs l'économie des détails. Quant aux dépenses sans pièces justificatives, c'est-à-dire non appuyées d'aucune pièces tangibles comme la facture, le bon de livraison ou un ordre de virement, leur montant global est de
326 094 446 FCFA. Tandis que les dépenses payées sur la simple base des factures pro forma atteignent allégrement les
622 918 614 FCFA.
Vous avez dit navigation à vue? Le rapport montre du doigt la récurrence des factures de prestation non accompagnées de ces fiches d'assistance.
436 020 994 FCFA perdus dans les airs. Bon à savoir: chaque prestation fournie par la société de Handling à l'atterrissage ou au décollage d'un avion est relevée sur une fiche dite d'assistance. Cette fiche, qui doit être obligatoirement signée du prestataire et du client, constitue la preuve de l'effectivité de la prestation. Bien évidemment, leur absence donne du poids aux soupçons de payement «de prestation non effectivement effectuées par le prestation». Y a-t-il lieu de conclure à autre chose qu'a un détournement organisé des deniers publics?
5.- Une direction commerciale budgétivore.
Ceci n'est pas une révélation: la direction commerciale de Camair-Co sombre dans une léthargie sans commune mesure. Aucune dynamique impulsée par les responsables absentéistes de ladite direction. Tenez: le deus ex machina des lieux, un certain
David Fordham (recruté le 26 novembre 2011 pour une durée d'un an) avait déjà joui de 28 jours de congé au 30 juin 2012, alors que durant toute la durée de son contrat il n'en avait droit qu'à 30, indique-t-on dans le rapport. Son adjointe s'est carrément inscrite aux abonnés absents.
Mme Yomkil Elisabeth, recrutée le 26 septembre 2011 pour une durée d'un an, est en congé maladie depuis le 20 avril, et à en croire l'avis médical, ce congé était censé courir jusqu’au 21 août dernier. Comment donc s'attendre à des résultats quand les deux têtes de la direction commerciale brillent par leur absentéisme? A cet effet, le constat d'audit est douloureux comme une gifle quand il fait prévaloir que «
Camair-Co ne peut valablement faire face à la concurrence que lui impose ses concurrents sur les lignes intracontinentales: Air France, Sn Bruxelles, Ethiopian, Kenyan Airways». Conséquence logique: le taux de remplissage global des avions a été extrêmement faible au cours de l'exercice 2011 et davantage encore sur les lignes intercontinentales, selon le rapport. Fatalement, le chiffre d'affaires s'en trouve drastiquement affecté.
Les ventes de billets d'avion constituent un autre pôle de scandale. Lisez plutôt ce qu'en dit le cabinet Okalla Ahanda & Associés: «
Les billets de vente d'avion en ligne au cours de la période de juin 2011 à février 2012 ont été une véritable catastrophe du fait de la non maîtrise de ce mode opératoire. En effet, sur un chiffe d'affaires net de 400 000 000 FCFA, Camair-Co a dû supporter des charges de 220 000 000 FCFA au titre des frais de vente, des remboursements aux clients pour usage frauduleuse des cartes de crédit et des pénalités infligées par Master Card à Camair-Co.» Sans surprise, la recommandation du rapport est celle du recrutement dans les brefs délais de responsables disponibles et dynamiques ayant une vision claire des défis commerciaux à relever. Par ailleurs, les objectifs à atteindre en termes de chiffre d'affaires doivent être fixés au personnel de la direction commerciale...
6.- Camair-Co comme une vache à lait.
En dépit des résolutions de l'Assemblée générale extraordinaire du 22 décembre 2010, l'immeuble siège de la défunte Camair et, entre autres actifs, la résidence du directeur général ont été transférés au patrimoine de Camair-Co. Bizarrement, la direction générale et les services centraux de cette dernière sont en location dans un immeuble tiers pour un loyer mensuel de
17 000 000 FCFA. Soit
204 000 000 FCFA en un an.
Bizarrement, la résidence du directeur général de l'ex Camair est toujours inoccupée alors que les coûts d'hébergement du Dg Van Elk dans un hôtel de Douala coûtent à la compagnie environ 2,5 millions FCFA.
Comme si cela ne suffisait pas, les cinq experts de Lufthansa chargés de la maintenance des avions habitent à l'hôtel depuis février, aux frais de Camair-Co.
Compagnie dont l'Etat ne cesse pourtant de perfuser financièrement. Vous avez dit vache à lait?