Cameroun - Crise anglophone: La région de l’Ouest en danger !

Par Fred BIHINA | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 24-Apr-2019   2617
Ville de Bangourain archives
Voisine du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en crise depuis plus de 30 mois, la région de l’Ouest connait un sérieux risque d’embrasement. Les autorités tirent la sonnette d’alarme.

L’urgence de l’action s’impose dans la région de l’Ouest. La crise sociopolitique qui secoue les régions voisines du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis octobre 2016, produit déjà ses effets à l’Ouest. Outre les arrivées incessantes des déplacés, cette région enregistre des incursions des bandes armées, ainsi que le phénomène de kidnapping.

Selon des chiffres fournis par JADE (Journalistes en Afrique pour le Développement), plus de 50 000 déplacés de la crise anglophone déjà ont élu domicile dans la région de l’Ouest. Ces chiffres officiels sont sans doute très en deçà de la réalité. Trois départements sont en première ligne: la Menoua (10 000 déplacés), les Bamboutos (20 000 déplacés) et le Noun (20 000 déplacés).

Leur prise en charge, jusqu’à présent, est assurée par des particuliers. Ceux-ci, élus locaux pour la plupart, se disent déjà débordés. «Dès que j’arrive au village, je trouve toujours plus de 200 déplacés anglophones assis chez moi en train de m’attendre. La plupart sont des enfants qui ne vont même pas à l’école. Beaucoup n’ont rien à manger, d’autres n’ont pas de vêtements. A cela il faut ajouter des cas de maladie. Ils demandent tous que je trouve une solution à leurs problèmes. Chaque fois, je suis obligé de mettre la main dans ma poche pour les aider. Mais, là c’est trop! Surtout qu’ils viennent de plus en plus nombreux. Nous les particuliers, sommes fatigués de faire des dépenses. Que le gouvernement prenne ses responsabilités ou qu’on les renvoie chez eux», tempête Jean Tsomelou, ex-sénateur et actuel Secrétaire général du Social Democratic Front (SDF).

Cette situation provoque une saturation dans les établissements scolaires. Le cas l’Ecole primaire de Nbetnkoun, située dans le Noun. «Les enfants arrivent ici chaque jour. Ils fuient la guerre, surtout dans le Nord-Ouest, puisque c’est juste à quelques km d’ici. Ils sont assis au sol parce que nous n’avons plus de table banc. Nous avons fait des doléances à l’administration, mais rien n’a encore été fait jusqu’ici», se plaint Brunhilda Kuah, la directrice du Groupe 1.

A cela, il faut ajouter le ralentissement de l’activité économique, surtout le commerce et la montée de l’insécurité. Les villes de Mbouda et de Bangourain ont déjà enregistré plusieurs attaques. Des incursions de bandes armées présentées comme des combattants séparatistes des régions anglophones. Les prises d’otages se multiplient également, notamment dans la ville Fongo-Tongo.

Pour l’heure, les pouvoirs publics n’ont pas encore trouvé une réponse appropriée à ce risque d’embrasement. Le gouverneur de la région de l’Ouest, Awa Fonka Augustine, invite les mairies à se mobiliser pour favoriser l’insertion des déplacés.

Fred BIHINA

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Fred BIHINA
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