Cameroun - Exploitation minière / Dr Bruno NYECK: «La fraude et la corruption n’interviennent pas seulement au niveau de l’exploitation»

Par Marie Louise SIMO | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 07-Feb-2018   2131
Bruno Nyeck M. L. Simo
Chargé de cours de Géologie à l’Université de Yaoundé 1, inspecteur Assermenté des Mines et des Carrières, il fait une analyse des avancées de la lutte contre la corruption et la fraude dans l’industrie extractive au Cameroun. C’était au terme du forum international sur la fraude et la corruption dans le secteur minier en Afrique Francophone qui s’est déroulé à Yaoundé.

Parlant de la fraude et de la corruption dans l’exploitation minière au Cameroun, comment appréciez-vous  la situation actuelle ?

La situation de la fraude et de la corruption dans le secteur minier au Cameroun, n’est pas un cas isolé,  il est à généraliser dans le secteur des industries extractives. C’est pour cette raison que le forum a rassemblé tous les pays francophones de l’Afrique subsaharienne, parce que c’est un cas général et récurrent dans tous les pays. Le Cameroun comme d’autres pays africains se caractérise par l’abondance des ressources minières qui sont exploitées de différentes manières, avec des parties prenantes ayant souvent des intérêts divergents. Le phénomène de fraude et corruption dans ce  secteur, présente des facettes multiples, difficiles à appréhender, couvrant un large spectre d’actes illicites, à différents niveaux de la gestion des ressources minières, pouvant impliquer différentes autorités ou officiels. Il vient du fait que ce secteur brasse beaucoup de capitaux et de revenus à long terme, et effectivement  les parties prenantes essaient d’adopter des moyens de contournement des procédures réglementaires pour  atteindre certains objectifs de la chaine des valeurs. C’est lorsqu’elles se lancent plus ou moins consciemment dans ce jeu derecherche des intérêts illicites, que l’ouverture à la fraude et à la corruption se fait sentir.

 

Est-ce que les mesures en vigueur contre ces fléaux, portent les fruits escomptés au Cameroun ?

Il y a des textes qui encadrent bien le secteur minier et toute la chaine des valeurs au Cameroun. Mais ces textes contiennent des failles qui ouvrent la porte à la fraude et à la corruption. Il faut noter que la fraude et la corruption n’interviennent pas seulement au niveau de l’exploitation, sur le terrain, c’est dans toute  la chaine des valeurs de l’industrie extractive.  Partant même de la recherche, de l’évaluation de la quantité de la substance  utile qu’il faut exploiter, jusqu’à la commercialisation qui se caractérisent souvent par des fausses estimations, déclarations et inspections truffées de concussions. 

 

Avec ses couacs, le Cameroun a-t-il les chances de jouir pleinement des retombées de ses ressources minières ?

L’exploration bat de l’aile, les mines industrielles n’ont pas encore démarré, l’exploitation minière au Cameroun se limite pour l’instant au niveau artisanal ou les impacts négatifs de la fraude et de la corruption sont substantiels, avec le volet à conviction de dégradation de l’environnement. Donc, par rapport aux attentes du grand public, la déception n’est pas loin de la réalité. Les mesures sont prises pour qu’effectivement, les populations puissent jouir effectivement du revenu du secteur minier. L’Etat a pris les mesures, comme c’est la mine artisanale qui est développée au Cameroun, à travers des structures d’encadrement qu’il a mises sur pied, pour permettre aux populations de jouir des revenus, mais leurs capacités opérationnelles, en termes de ressources techniques, technologiques, financières, logistiques et humaines ne peuvent pas permettre actuellement au Cameroun d’avoir les chances de jouir pleinement des retombées de ses ressources minières.

Concrètement, est-ce que ces mesures sont réalisées  sur le terrain, principalement en faveur des communautés locales ?

Le plus souvent, les communautés s’attendent à ce que les revenus des exploitations minières puissent entrer  dans leur poche. Ce n’est pas possible. L’Etat s’organise souvent à travers le financement des micro-projets, qui doivent profiter à l’ensemble des communautés. Jusqu’à présent, l’intervention du revenu du secteur minier dans le PIB national demeure très bas, voire dérisoire. 

A votre avis, quelles sont les démarches à entreprendre, pour améliorer cette situation ?

Afin de permettre au Cameroun de jouir pleinement d’une bonne part de ses ressources minières, faut que tout le dispositif soit mis en œuvre, conformément à la Vision Minière Africaine (VMA), notamment en termes d’amélioration de la connaissance de l’information géologique et minière, la provision des moyens financiers et logistiques permettant la présence de l’Etat pour assurer le suivi, le contrôle et l’évaluation, la transparence et la responsabilité sociétale, l’application de la notion du développement durable et la bonne gouvernance, en plus du renforcement des capacités humaines et institutionnelles pour faire face à l’intelligence de ceux qui gèrent les sociétés extractives, parce qu’il s’agit des domaines de hautes technologies et de la science qu’il faut maitriser pour pouvoir contrôler.  

Ces investisseurs sont parfois assez pourvus techniquement et  financièrement, est-ce que le gouvernement a  les moyens nécessaires pour son déploiement ?

Effectivement c’est cette asymétrie d’intervention dans le domaine qu’il faut corriger pour pouvoir s’attendre à ce que les revenus entrent dans la prospérité des populations. Si à un niveau de la chaine des valeurs, cette dysmétrie n’est pas corrigée, il y aura toujours une balance déficitaire quelque part au profit des multinationales qui ont beaucoup plus de moyens et de compétences. C’est un travail de longue haleine qui nécessite une stratégie, une volonté politique, une éducation, une sensibilisation, un développement des capacités de toutes les parties prenantes, avec un cadre institutionnel adéquat, etc.

Réalisé par M.L.S.

 

 

  

Auteur:
Marie Louise SIMO
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