Cameroun - Médias - Portrait - Eric Kouamo: l’humanitaire au prix des sacrifices

Par Wiliam TCHANGO | Cameroon-Info.Net
YAOUNDE - 24-Nov-2017   4200
Eric Kouamo Eric Kouamo
Présentateur de l’émission «Regard Social» sur Equinoxe Télévision depuis 2009, le jeune journaliste formé à l’Université de Buea et à l’Ecole supérieure des Sciences et techniques de l’information et de la Communication (ESSTIC) apporte au quotidien son aide aux nécessiteux et personnes victimes des injustices. Parfois au péril de sa propre vie.

Il est un peu plus de 12 heures, ce mercredi 22 novembre 2017. Le balai des visiteurs se poursuit à la salle d’attente du Groupe Equinoxe au cinquième étage de l’immeuble qui abrite ce média au quartier Bonakouamouang à Douala.  Tous ou presque désirent rencontrer un homme : Eric Kouamo. Présentateur de l’émission à vocation humanitaire « Regard Social »  diffusée tous les jeudis de 20 h45 à 22 heures 30, il est l’homme grâce auquel ils espèrent trouver des solutions aux nombreux problèmes qui les malmènent. A notre arrivée, Eric est en pleine discussion avec deux jeunes dames. Le problème que ces dernières posent est sérieux. Leur oncle paternel qu’elles n’avaient jamais connu du vivant de leur géniteur tente de s’accaparer des biens de celui-ci après son décès. Cette affaire les a déjà obligées à faire le tour des tribunaux. Sans solution. Leur interlocuteur les écoute attentivement, en prenant des notes sur son téléphone androïde. Il leur pose ensuite quelques questions pour creuser davantage le problème. Au bout d’une trentaine de minutes, l’échange est bouclé. Les numéros de téléphone des deux sœurs visiblement abattues par le problème sont enregistrés. Elles seront recontactées mardi au plus tard pour la suite de la procédure.

Avant qu’elles ne quittent la salle, le vigile d’Equinoxe Télévision attendait déjà devant la porte avec un autre cas. C’est un monsieur âgé d’une quarantaine d’années environ, accompagné de quelques anciens camarades de lycée. Il souffre d’une maladie rarissime : l’insulinome, une tumeur rare des cellules β du pancréas qui touche une personne sur un million dans le monde, explique-t-il. Le Cameroun n’a jusque-là enregistré que cinq malades de ce genre et ne dispose  pas de plateau technique pour sa prise en charge. Le monsieur est soumis à un régime infernal : il lui faut consommer du sucre au moins toutes les deux heures. Il a besoin en urgence d’une évacuation sanitaire en France ou en Inde où des médecins pouvant opérer la tumeur non cancéreuse qu’il porte au niveau du pancréas et qui le rend inapte par moment ont été identifiés. Comme pour le précédent cas, le problème est enregistré. Le jeune reporter prodigue ensuite quelques conseils au malade et à ses accompagnateurs avant de fixer la date d’un nouveau rendez-vous.

« C’est le 22ème cas que je reçois depuis ce matin », confie celui qui est par ailleurs rédacteur en chef du groupe Equinoxe. « Chaque matin, ajoute-t-il, avant que je n’arrive au bureau, il y a déjà beaucoup de personnes qui m’attendent au bas de l’immeuble. Certains se renseignent jusqu’à savoir où j’habite pour venir me soumettre leurs problèmes à domicile ». Eric reçoit les mardis, mercredis et vendredis.  Le lundi est jour de la conférence de production et le jeudi, jour de l’émission. Animer ce programme exige beaucoup de sacrifices. « Des moments, tu es appelé à apporter ton propre argent devant des cas graves. Des nécessiteux ou des personnes victimes d’injustice qui débarquent n’ayant même pas un radis pour survivre », explique le présentateur.

 

Menaces

L’immense travail autour de la production cette émission, en plus des autres fonctions qu’il assume dans ce média privé (il est rédacteur en chef) fait de lui un homme « très occupé ». « Constamment dans mon entourage, les gens se plaignent de ce que je ne trouve pas du temps pour eux, ils disent que je préfère me sacrifier pour les autres », explique-t--il.

De plus, le fait  d’accepter comme il le fait d’être le défenseur des indigents et des victimes des injustices dans un pays comme le Cameroun fait de lui une cible permanente pour des malfaiteurs et d’autres adeptes de l’obscurantisme. « A un moment, on ne se sent pas protégé », regrette Eric Kouamo qui reçoit régulièrement toutes sortes de  menaces des personnes anonymes. « Parfois après une émission, tu reçois des messages de quelqu’un qui promet de t’égorger comme une chèvre. Vous n’imaginez pas par exemple ce que j’ai vécu après l’émission que j’avais faite sur la profanation des corps à l’hôpital Laquintinie de Douala. J’ai dû déménager à l’improviste et je n’avais pas un itinéraire fixe, j’étais obligé de dormir parfois dans des hôtels. J’ai eu des cambriolages à domicile où on m’a emporté dix années d’archives et des documents très importants. Le résultat des enquêtes n’a jamais été connu », raconte le patron de la rédaction du groupe Equinoxe.

Mais il en faut bien plus pour réussir  à détourner notre interlocuteur de cette noble mission qu’il s’est fixée. « J’ai grandi dans l’injustice. Ça fait que quand j’ai eu l’opportunité d’être en position de force, j’ai pensé qu’il fallait aider les autres. Je déteste l’injustice », martèle le présentateur de Regard Social. Eric considère les menaces qu’il reçoit comme un « élément de motivation ». «C’est la preuve que vous faites bien votre travail. Je me plais dans cette entreprise car il y a une liberté de ton. Et c’est ce qu’il y a de cher à un journaliste», assure-t-il. Il se dit plus inquiet pour la sécurité de sa famille que pour la sienne. « Car si on touche  un poussin, c’est qu’on a touché à la mère et au père ».

 

Récompenses

 Recruté dans le groupe Equinoxe le 10 juillet 2007 après une Licence en Mass Communication and journalism obtenue à l’Université de Buea et une spécialisation en télévision à l’Ecole supérieure des Sciences et techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC), Eric Kouamo, aidé par son professionnalisme et son ardeur au travail occupe des postes de responsabilité au sein de cette maison depuis 2008. De cette date à aujourd’hui,  il a entre autre été directeur des programmes, rédacteur en chef adjoint, Chef de la Brigade des reportages spéciaux et rédacteur en chef... Des responsabilités qui lui ont permis de grandir en expérience et de couvrir plusieurs événements importants aussi bien au Cameroun qu’à l’international (Conférence de la francophonie à Dakar, obsèques de Nelson Mandela…) Il anime avec brio l’émission « Regard social » depuis sa création en 2009. Un programme à travers lequel il a plusieurs fois réussi à redonner du sourire à des personnes et familles longtemps rongées par des désillusions. À l’instar de Reine Massaga qui avait été soignée  d’un gigantisme mammaire (maladie qui touche une femme sur un million), après son passage à cette émission ou une famille rétablie dans ses droits après la confiscation de ses biens par une ponte du régime.

Son professionnalisme et son engagement humanitaire lui ont par ailleurs permis jusqu’ici de glaner plusieurs récompenses. En 2016, il a reçu le prix du leadership de Sinotable qui le classait dans le top 5 des jeunes leaders camerounais. En 2012, il reçut le prix du meilleur engagement humanitaire de  l’ONG Big Heart avant d’être  désigné meilleur journaliste TV en 2013 et en 2016 par l’association des communicateurs du Cameroun. Il fut également meilleur présentateur tv aux Médiations Press trophies en 2008. Malgré le long chemin déjà parcouru, les chantiers restent énormes. « On va continuer à bosser, à donner le meilleur de nous-mêmes pour tordre le cou à l’injustice, à la corruption et à bien d’autres maux qui minent ce pays », promet l’homme qui vient de terminer un master en Communication sociale et médiatique à l’Université de Douala.

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Auteur:
Wiliam TCHANGO
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