Cameroun - Patrice Nganang répond à Achille Mbembé: "PETIT ENSEIGNEMENT DE LITTERATURE A L’INTENTION DE MBEMBE ACHILLE"

Par Patrice Nganang | Correspondance
- 12-May-2015   77491
Patrice Nganang Archives
"Parce que dit-il en public il me decouvre ici, je vais donc par ce texte lui enseigner une ou deux choses sur l’activite qui est la mienne, et qui en quelques mots seulement, l’a mis sans calecon"
Patrice Nganang, a droite
Photo: (c) Patrice Nganang


PETIT ENSEIGNEMENT DE LITTERATURE A L’INTENTION DE MBEMBE ACHILLE

Mbembe Achille connait sans doute des ecrivains, mais il ne sait pas ce que la litterature est. Helas, car c’est pourtant une activite bien simple et belle, le maniement de l’alphabet. Il ne m’a jamais lu, je ne suis pas navre. Parce que dit-il en public il me decouvre ici, je vais donc par ce texte lui enseigner une ou deux choses sur l’activite qui est la mienne, et qui en quelques mots seulement, l’a mis sans calecon. A tel point qu’il commet la bevue que seul le tyran commet dans notre pays: trainer les ecrivains au tribunal comme seul le Cameroun le fait encore en Afrique. Je cite Bertrand Teyou, condamne a deux ans de prison devant son silence; je cite Enoh Meyomesse pour la liberation de qui il a refuse de s’engager, malgre ma demande expresse, la seule, je le repete encore, la seule que je lui ai jamais envoyee pour un texte. C’est que je suis bien un Camerounais – et tout Camerounais sait que mis devant le choix d’obtenir une lettre de recommendation d’un blanc ou d’un Camerounais, chacun d’entre nous choisira le blanc. La raison est bien simple: telle demande faite a un Camerounais ouvre la porte au droit de cuissage chez nous, sinon au cassage. Bien nombreux ils sont qui se sont rendus compte que la seule lettre totalement negative de leur dossier etait celle écrite par leur frere Camerounais. Sage de cette experience en 1993, j’avais decide que jamais un Camerounais n’ecrirait de lettre de recommendation pour moi, regle qui dans ma vie professionelle n’a eu qu’une exception: en 2006, je crois quand je demandai à mon mentor Ambroise Kom de m’en écrire une. Mes freres et soeurs camerounais ecrivent sur moi de leur propre choix, theses, articles, ou sur demande tierce, dont je ne saurais etre responsable. Il demeure: que Mbembe ait refuse d’ecrire une lettre sur moi quand prompte par mon universite montre bien qu’à 22 ans je n’avais pas eu tord d’adopter le principe qui chez nous date bien de la Guerre civile sur laquelle il a parait-il écrit quelques livres qu’on me dit savants - Aa mvelou ke nzui ou. Je crois j’ai ete titularise deux fois aux USA grace a ce principe la. Amusant que pour expliquer son refus d’ecrire sur son frere Camerounais, il cite un Congolais dont le dossier d’embauche avail ete soutenu par trois Congolais – Lopes, Dongala, et Ekotto qui se reclame a moitié telle.

Mais il y a pire: ce differend, le coeur meme du probleme national camerounais, l’incapacite de ce peuple si intelligent a batir entreprise collective, bebela il choisit d’aller l’etaler dans un tribunal americain, devant les blancs donc. Les Camerounais n’ont-ils donc plus honte? Sommes-nous devenus si ecerveles que les evidences honteuses nous echappent? Qu’est-ce qui arrive aux enfants de ce pays, merde! Peuple qui pisse en route et crache sur ses urines, devant tout le monde! Imaginez donc deux intellectuels francais venant s’etriper au Tribunal de premiere instance de Yaounde! Cela est-il un jour possible, imaginable, pensable, vivable? Mais qu’est-ce qui arrive donc a nos aines intermediaries-la pour qu’ils soient si cons? En realite, ca fait pitie! C’est vraiment le niveau mental de Mbembe Achille ca? La gifle sur sa calvitie doit avoir une raisonnance telle qu’elle serve de lecon ethique aux generations futures. Car representez-vous donc qu’il fait son cinema juridique aux Etats-unis au moment meme ou je me concentre, a Yaounde, la capitale de notre pays, sur les poubelles des quartiers, les pont casses, les rues eventrees, trancant ainsi les lignes autant d’un vivre ensemble nouveau, que du beau, du vrai, du juste, du grand redecouverts en nous. Il fallait que dans l’entreprise de recomposition sociale qui me voit a Yaounde vendant des tshirts, a Yaounde, cette ville ou il n’a plus mis les pieds depuis vingt ans sans que personne ne le chasse, il fallait que ce soit Mbembe qui vienne me distraire avec le siscia. Peuple qui a perdu le sens de la direction, car c’est dans les sous-quartiers de Yaounde que va se decider notre destin historique, et c’est dans les poubelles puantes de la capitale de notre pays que se defendra toujours notre dignite. Qu’est-ce qui est si difficile a comprendre dans ca? Il me semble en effet qu’on n’a pas besoin d’etre un Grand professeur des universites des blancs pour le comprendre!

NOUS SOMMES LA GENERATION CHANGE! Mais il le dit lui-meme: Mbembe n’a pas lu ma litterature, ne me connait pas – ce que jadis avait dit egalement Calixte Beyala, tout comme Owona Nguini Mathias Eric, ou d’ailleurs cet autre, Mabanckou, qu’il connait tous et dont il a lu les ecrits sans doute assidument. Ils doivent se connaitre entre eux, la classe de la fainiantise toutologique, mais surtout, celle de l’hypocrisie la plus criminelle. L’écrivain fonde l’alphabet dans un socle ethique, c’est-a-dire qu’il ou elle tutoie la verite. Ma lecon de litterature a Mbembe Achille est donc celle-ci. Grand-frere, on ne reconnait pas un écrivain a sa liste de prix, fussent-il fortunes, ou au fait qu’il ou elle passe a la tele, mais a sa capacite a inscrire les vingt-six lettres de l’alphabet dans la verite. C’est rien du tout, mais c’est tout en realite. Le reste, vraiment, n’est que futilite. Or la verite est bien simple, parce qu’elle est fille du bon sens. Un écrivain ne defend jamais ses ecrits devant des institutions, fussent-ils des maisons d’edition, des juries de prix ou alors des tribunaux. Je dis bien jamais. Ceux-ci se defendent toujours seuls. L’ecrivain cependant par le seul jeu de l’alphabet, revele l’infamie qui se cache dans les dossiers crasseux du pouvoir, fusse-t-il le pouvoir politique, intellectuel, comme c’est le cas ici, sexuel, religieux ou autre. C’est en cela que l’ecriture est revolutionnaire. Evidence de toute classe de litterature, premiere annee, car pastiche de Zola. Il n’y a pas de liberté sans doit a l’offense. Pastiche de Salman Rushdie, l’ecrivain qui insulta Dieu et est bien le chouchou des études postcoloniales, comme sait tout etudiant de premiere annee encore, classe litteraire. Pour ce qui me concerne, mon principle est simple. J’oeuvre plutot pour liberer les ecrivains des tribunaux, en ai libere quelques uns, sans le soutien de Mbembe, bien sur. Mais serai-je mis moi-meme devant un peloton qui m’accuserait d’avoir permute l’alphabet de la maniere qui ne sied pas a je ne sais quel con, que je lui montrerai ma poitrine et dirai: feu!

Patrice Nganang 

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