|
Ouverte mardi, 5 août 2003, à l’hôtel Hilton de Yaoundé, la cinquième session de la commission mixte Cameroun-Nigeria, créée en application du communiqué conjoint adopté à la réunion tenue le 15 novembre 2002 à Genève entre les Présidents Paul Biya et Olusegun Obasanjo en présence du Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a bouclé ses travaux mercredi soir. Pendant deux jours, les membres des deux délégations, réunis autour du représentant spécial du SG des Nations Unies et président de la commission, Ahmedou Ould-Abdallah, ont abattu un travail appréciable. Celui-ci a même été jugé de remarquable par le diplomate onusien et les chefs de délégations camerounaise et nigériane, le ministre d’Etat Amadou Ali et le Prince Bola Ajibola, respectivement. C’était pendant la conférence de presse de clôture de cette cinquième session de la commission.
De fait, dans le communiqué ayant sanctionné les travaux de Yaoundé, Camerounais et Nigérians ont convenu du retrait des troupes dans la zone du Lac Tchad avant la fin de l’année. Une chose qui a certainement fait dire au chef de la délégation camerounaise, répondant à une question d’un journaliste, qu’une " étape importante et décisive " venait d’être franchie à Yaoundé. " Le processus de mise en œuvre de l’arrêt de la Cour internationale de Justice est quasiment irréversible ; les mesures de confiance devraient permettre de consolider la sérénité retrouvée entre les deux pays ", a encore déclaré, le ministre d’Etat Amadou Ali. Par ailleurs, la commission a adopté et rendu public un calendrier détaillé de travail jusqu’en 2005, conformément à la demande soumise à la réunion d’Abuja, en juin dernier, par la partie camerounaise. C’est dire à quel point la réunion de Yaoundé a été féconde.
Malgré tout, les nombreux journalistes présents à la conférence de presse, dont une dizaine de Nigérians, ont voulu en savoir encore sur certains sujets ayant fait l’objet de discussions pendant les travaux. Comment le retrait des troupes peut-il affecter les populations ? A-t-on, par exemple, interrogé le Prince Bola Ajibola. Afin de lever toute équivoque, le chef de la délégation nigériane, le Prince Bola Ajibola, a souligné que le Nigeria n’était pas intéressé par le territoire ou les richesses naturelles des zones occupées. La protection des droits des populations installées dans ces territoires constitue, à son avis, la principale préoccupation de son pays. Evoquant la question de populations concernées, le ministre d’Etat Amadou Ali a rappelé qu’il ne s’agissait pas d’une exclusivité nigériane. " Les populations concernées sont aussi camerounaises ", a-t-il souligné, même si, leur nombre n’est pas aussi important que de l’autre côté. Mais une chose est sûre, Camerounais et Nigérians sont plus que jamais résolus à normaliser leurs relations.
A cet égard, l’annonce de la réactivation de la commission du bassin du Lac Tchad, institution régionale regroupant, outre les deux pays, le Niger et le Tchad, en veilleuse depuis la brouille entre les deux poids, participe du renforcement des mesures de confiance préconisées par les deux parties. Les deux chefs d’Etat ont donné le ton en se rencontrant à Genève en novembre 2002. Puis, au cours de cette année, le Président Paul Biya, accompagné de son épouse, s’est rendu à Abuja, à l’occasion de l’investiture du Président Obansanjo. En retour, ce dernier lui a, quelques semaines après, renvoyé l’ascenseur, en dépêchant à Yaoundé, son vice-président, Abubakar Atiku, afin de remercier le Chef de l’Etat. Et si le projet de route Mamfé-Abakaliki-Mutengene, initié dans le cadre de cette commission mixte arrivait à terme, l’on pourrait encore assister un plus grand brassage des populations camerounaises et nigérianes.
|