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Corruption: Le Cameroun dans le 16 mondial
Mutations
Le 21 Octobre 2004
© Brice R. Mbodiam | Mutations
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Transparency International a rendu public le classement 2004 des pays les plus corrompus du monde...
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Champion du monde deux fois de suite, en 1998 et 1999, c'est au 6ème rang, sur l'échiquier des pays les plus corrompus du monde, que le Cameroun entre dans le 3ème millénaire, en l'an 2000. Depuis lors, son classement n'a cessé de s'améliorer. Notre pays, qui pointait en 9ème position l'année dernière, vient de gagner 7 nouvelles places, selon le rapport rendu public hier au siège de Transparency International à Yaoundé, par Me Akéré Muna, le représentant de cet organisme au Cameroun. Un 16ème rang mondial (7ème en Afrique) qui n'est certainement pas pour déplaire aux pouvoirs publics camerounais. Même si, sur nos routes, les agents de maintien de l'ordre continuent à faire du racket auprès des transporteurs. Si dans les hôpitaux les infirmières monnaient toujours les soins, pendant que, dans les ministères de la République, les marchés publics sont toujours attribués en fonction de l'aptitude du potentiel adjudicataire à "bien parler" ou à "mouiller la barbe", comme on dit localement. Même s'il est toujours possible d'obtenir son permis de conduire par téléphone, ce malgré la campagne récemment engagée, par le ministère des Transports...

Tout compte fait, en dépit de l'amélioration du classement du Cameroun, Transparency International ne reconnaît nulle part dans son rapport que, "à partir des données provenant des sources utilisées, une diminution du niveau de corruption est perçue" dans notre pays, comme c'est le cas "en Autriche, au Botswana, en République Tchèque, au Salvador, en France, en Gambie, en Allemagne, en Jordanie, en Suisse, en Thaïlande, en Tanzanie [et] en Ouganda". Selon ce même rapport, le double champion du monde de la corruption (1998 et 1999), ne fait non plus partie des pays, à l'instar de "l'Arabie saoudite (...) de l'île Maurice [et] du Sénégal", dans lesquels a été perçue une "augmentation du niveau de la corruption par rapport à l'an dernier". Cela dit, ce sont Haïti et le Bangladesh, deux des pays les plus pauvres du monde, qui occupent simultanément l'inconfortable fauteuil de la nation la plus corrompu de la planète. Le Nigeria pointe en 3ème position et, comme l'année dernière déjà, décroche la palme d'or en Afrique, dans ce hit parade 2004.

Le pays de Olusegun Obasanjo est directement suivi, sur le continent, par le Tchad, classé au 4ème rang mondial, devant la Côte d'Ivoire (12ème ex-aequo avec la République démocratique du Congo), l'Angola (11ème) et le Kenya (15 ème). Transparency international attribue le rang occupé par le Nigeria, le Tchad et l'Angola, à la richesse de leur sous-sol en pétrole. Car, croit savoir cet organisme, "dans ces pays, la passation des marchés publics dans le secteur pétrolier est corrodée par la disparition des revenus qui aboutissent dans les poches des dirigeants de sociétés pétrolières occidentales, d'intermédiaires et de fonctionnaires locaux". Un fléau qui s'éloigne de plus en plus du Botswana (114 ème), pays le moins corrompu selon le classement de Transparency international. Loin derrière la Finlande, la Nouvelle-Zélande et le Danemark, qui constituent, cette année, le podium de la probité. De l'intégrité.


Me Akéré Muna: Ne nous vantons pas de notre rang

Le coordonnateur local de Transpareny international est sceptique sur le combat contre la corruption au Cameroun.
Propos recueillis par Brice R. Mbodiam


Quel est l'Etat des rapports entre Transparency International et le gouvernement camerounais ?
Nos rapports avec le gouvernement camerounais sont ceux d'une association dans un Etat de droit. Nous avons déposé nos statuts auprès des services compétents et nous fonctionnons comme une organisation non gouvernementale (Ong). Mais, les rapports que nous aimerions cultiver sont des rapports de collaboration entre l'Etat, le secteur privé et la société civile. Pour la simple raison que le principal acteur dans notre pays c'est l'Etat. Alors, vous ne pouvez pas lutter contre la corruption sans l'interpeller. C'est une chimère. Quand je partais de Naïrobi [capitale du Kenya] il y a moins de deux semaines, j'ai laissé Peter Eigen [président de Transparency International] en train de présider une réunion avec le président Kibaki [chef de l'Etat kenyan] et le Premier ministre de Norvège... Moi, je ne suis pas gêné par ceux qui pensent que nous aurions des rapports occultes avec untel, selon que nous disons que ceci est bon ou mauvais. Je pense que la suspicion, c'est la nature de l'Africain. Et l'Etat fait pareil. Quand le Cameroun était classé premier des pays corrompus au monde, l'Etat a tenté de poursuivre Transparency International en justice, en disant qu'il s'agit d'une petite Ong qui est du côté de l'opposition. C'est d'ailleurs de bonne guerre, parce que quand une équipe gagne un match, on dit toujours que l'arbitre est de son côté.


Quel bilan faites-vous du travail des cellules de lutte contre la corruption instituées dans tous les ministères du Cameroun?
Je pense que du moment qu'on obtient une note située entre 1,5 et 2,5 sur 10, dans un classement réalisé par les plus grandes maisons de sondage du monde, il n'y a pas lieu de se vanter.


Vous parliez, il y a quelques temps, de la mise sur pied d'un projet dénommé "Budget tracking". De quoi s'agit-il concrètement et où en êtes vous avec sa réalisation?
Quand le budget du Cameroun est voté et rendu public, on voit des montants globaux qui sont affectés aux différents départements ministériels. Mais, le citoyen qui, comme moi, est de Mbengwi dans le département de la Momo, ne sait pas si ce budget prévoit la construction d'un pont ou d'une route dans ma localité. Alors, "Budget tracking" prévoit que Transparency international prenne ce budget là et le décortique par arrondissement. Grâce à ce document, vous pouvez savoir, par exemple, qu'à Bafia on construira un point d'eau, ou alors que le toit de la maison du sous-préfet sera refaite, et à quel montant. Ensuite, nous demandons aux journalistes de publier ces informations dans ces localités là, et même aux églises d'en parler à leurs fidèles, afin que les populations puissent, elles-mêmes, contrôler si effectivement ces travaux sont réalisés. Cette méthode va permettre de mettre un terme aux routes qui sont construites cinq fois de suite dans les documents, alors que rien n'est fait sur le terrain.


Dans vos rapports, vous vous attaquez aux Etats, alors que la partie invisible de la corruption, mais apparemment la plus importante, est l'apanage des multinationales qui s'installent dans ces pays-là. Comment compter vous résoudre cet angle du problème?
Vous avez raison. Nous avons un réseau de sections un peu partout dans le monde. Nous sommes actuellement en train de voir dans quel mesure nous attaquer à cette situation. Si, par exemple, dans le secteur du bois, nous voyons qu'un vecteur de corruption aboutit en Italie ou en Grande Bretagne, nous saisissons la section de Transparency d'Italie ou de Grande Bretagne pour dénoncer ces multinationales qui viennent promouvoir ces pratiques là dans nos pays. Je pense que les jours sont comptés pour ce type de pratiques.


Qu’est-ce que les citoyens camerounais peuvent attendre de votre entrée au sein du conseil d'administration de Transparency international?
Les citoyens camerounais peuvent d'abord commencer à prier pour moi. J'en ai besoin. Ensuite, ils peuvent espérer que l'expérience que je vais ramener de cet organisme de réputation mondiale pourra nous permettre d'améliorer notre système de gestion, qui enrichit une certaine catégorie de personnes alors que la majorité s'appauvrit.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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