Depuis la proclamation des résultats de la présidentielle par le Sdf, résultats qui donnent Fru Ndi vainqueur devant Paul Biya, à Bamenda et dans d’autres localités de la province, on n’écarte pas une action musclée du gouvernement. Notamment, une mise aux arrêts du chairman Ni John Fru ainsi que la proclamation de l’Etat d’urgence sur l’ensemble de la province. Le parti du 26 mai 1990, du moins son comité exécutif provincial (Cep) pour le Nord-Ouest s’est réuni à Ntarikon ce même 20 octobre afin de tirer au clair cette autre situation qui altère les esprits des militants et sympathisants de ce parti, neuf jours après l’élection présidentielle.
Dans un communiqué sanctionnant les travaux du Cep, Kum Henry président provincial Sdf pour le Nord-Ouest laisse entendre “ c’est avec choc et consternation que le CEP réuni ce 20 octobre a appris la préparation par le gouvernement de Biya, d’un mandat d’arrêt contre ... Ni John Fru Ndi ” et par ricochet “ placer le Nord-Ouest dans un second Etat d’urgence avant la proclamation officielle des résultats de l’élection présidentielle ” sérine-t-il.
Un fait trahi cette autre rumeur, à moins que ce soit pour s’attirer une autre sympathie comme ce fut le cas avec la rumeur sur “ la mort de Biya ” il y a quelque mois auparavant. On se demanderait si le leader du Sdf en a aussi besoin au point où on parle aujourd’hui de mandat d’arrêt. On est aussi en droit de se demander également si M. Biya a besoin d’un mandat d’arrêt pour décreter l’Etat d’urgence (bis) à Bamenda ou placer son principal challenger en résidence surveillée comme ce fût le cas en 1992. Fort de cette rumeur tout observateur lucide s’interrogerait sur sa véracité, “ quel procureur de la République ou procureur Général pourrait bien ordonner l’arrestation de John Fru Ndi ; sur la base de quel fondement juridique ”. Ce qui laisserait entendre sans risque de tromper que cette rumeur frise de la manipulation de l’opinion ; à moins que le Cameroun “ Etat de droit ” tant claironné par le pouvoir de Yaoundé ne se transforme du fait de ses gouvernants en “ Etat de non-droit ” où tout est permis.
Kum Henry Ichu n’est pas passé par quatre chemins pour narguer le pouvoir de Yaoundé que le “ peuple héroïque ” du Nord-Ouest n’est plus prêt à accepter torture et humiliation à l’image de celles de 1992. C’est pourquoi face à cet autre éventuel Etat d’urgence “ Nous prendrons des mesures nécessaires en guise de légitime défense ” a-t-il martelé avant de poursuivre “ protéger jusqu’à la dernière goutte de sang le chairman national S.E. Ni John Fru Ndi ; venger immédiatement les tortures, meurtres ou arrestations arbitraires dont serait victime tout militant ou sympathisant du Sdf ”. Cette sortie musclée de Kum Henry s’apparente à une mise en garde et le ton utilisé n’est que la partie visible d’une détermination qui frise de l’agitation en attente du verdict de la cour suprême siégeant en lieu et place du conseil constitutionnel. Tout en appelant la population à assumer ses responsabilités en restant vigilant, le président provincial du Sdf pour le Nord-Ouest enjoint “ le gouvernement Rdpc à retirer avec effet immédiat le grand déploiement des troupes... et mettre fin à cet état d’urgence non encore annoncé dans la province ”. Le Messager a pu joindre le secrétaire général du parti le Pr. Tazoatcha Asonganyi qui dit ignorer tout de ce qui a fait l’objet de tout un communiqué de la Cep à l’issue d’une réunion convoquée pour parer à toute éventualité.
Au demeurant, et à la lumière de ce communiqué sanctionnant les travaux du Cep, force est de reconnaître que même le président provincial Sdf pour le Nord-Ouest douterait de la véracité de cette allégation. Seul le déploiement des forces de l’ordre dans la ville de Bamenda depuis quelques jours pourrait le convaincre d’un autre état d’urgence en perspective. A Bamenda, ce communiqué fait déjà monter une bonne dose d’adrénaline dans la cervelle des militants du Sdf. Entre intimidation, peur et détermination la population vaque à ses occupations quotidiennes ; en attendant qui dégainera le premier. Wait and see.