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Mouvements sociaux, Yaoundé: manifestations et grèves
Mutations
Le 24 Novembre 2004
© Jean B. Ketchateng & Jules R. Nkonlak | Mutations
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Biyem-Assi, Nkoldongo, Polytechnique, Ecole normale. La grogne s’étend. Une agression perpétrée des élèves-gendarmes pousse les ingénieurs dans la rue
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Grève: Polytechnique bat le pavé

Une agression perpétrée des élèves-gendarmes pousse les ingénieurs dans la rue
C'était trois puissants véhicules tout-terrain, dont l'un, celui du milieu de la file, transportait le ministre de l'Agriculture, Augustin Frédéric Kodock. Pour franchir la barrière humaine érigée par quelque deux cents élèves de l'Ecole nationale supérieure polytechnique, le cortège de voitures a forcé le passage, armes au poing, et le pied sur l'accélérateur. Projetant sur les bords de la route quelques téméraires qui s'opposaient à la progression. C'était la première entorse au blocus que les polytechniciens, depuis 8h 30, hier matin, au quartier Melen à Yaoundé, avaient imposé sur la route qui jouxte leur école. Après avoir essayé, en vain, de faire venir, sur leur campus, les ministres de l'Enseignement supérieur et de la Défense.

Les deux membres du gouvernement étaient appelés à calmer la colère des élèves. Un courroux justifié dans un tract. «Pourquoi je grève?(sic) Parce que mon honneur a été bafoué, parce que je ne suis pas un chiffon, parce que je ne suis pas en sécurité dans mon école», explique le document. Une pancarte de fortune indique : "Nous aurons ta tête, mon lieutenant". Samedi dernier en effet, des étudiants de l'Ecole polytechnique ont été bastonnés par des élèves-gendarmes sur le terrain de football de l'Ecole. Les recrues de l'Armée, d'après les élèves, mettaient en exécution un ordre donné par un lieutenant (il se nommerait Ndong) qui les dirigeait. Pour faire déguerpir les polytechniciens qui avaient l'intention de finir au moins la première partie du match de football, commencé 20 minutes plus tôt.

La grève qui vient de commencer, bénéficie d'un soleil clément. Des bouchons se sont formés des deux côtés du mur humain. Dans la foule, on s'encourage. Certains élèves semblent particulièrement remontés par le fait que le lieutenant indexé les a traités de «chiffons». L'une des victimes des violences du week-end dernier, fâché de voir la barrière se fissurer, raconte à haute voix comment il a été jeté par dessus une barrière. Les plus réfractaires à la négociation entamée par différents responsables de la police ou de l'administration, tel le préfet du Mfoundi, Pascal Mani, maintiennent le mouvement dans la rue. L'essentiel des grévistes semble déterminé à obtenir au moins deux choses des autorités, avant de lever le blocus : . l'arrivée du ministre de l'Enseignement supérieur et la présentation "d'excuses officielles", par le secrétariat d'Etat à la Défense (en charge de la gendarmerie).

Rien de tout cela ne sera obtenu. Le panel des négociateurs, Sammy Beban Chumbow, recteur de l'université de Yaoundé I, Charles Awono Onana, directeur de l'Ecole polytechnique, s'est enrichi du général de gendarmerie Roland Mambou Deffo. Pour détendre l'atmosphère, il prétend compter parmi les grévistes deux neveux. Comme les autres orateurs, il dit aux étudiants qu'il désapprouve l'attitude de ses frères d'armes, tout autant que l'illégalité dans laquelle eux-mêmes, les victimes, se sont installés. Il jure sur son honneur que le responsable sera puni, et invite tout le monde à aller parlementer dans une salle. Et pour les excuses officielles, "ooh c'est un gros mot", sussurre-t-il. Ce qui ne convainc pas la majorité des élèves. Mambou Deffo se fâche et, presque menaçant, lâche : "Si c'est autre chose que vous cherchez...". Cinq minutes plus tard, vers 11 h 45, la route est rouverte à la circulation.


Colère: Biyem-Assi n’était pas au courant

Manifestaions contre Aes-Sonel

Augustin Fréderick Kodock, ministre d'Etat en charge de l'Agriculture, ne s'attendait pas à tomber sur une foule en furie ce mardi 23 novembre 2004. C'est pourtant ce qui lui est arrivé au carrefour Biyem-Assi, où les populations, dès les premières heures de la journée, ont installé des barricades pour protester contre une panne d'électricité. Sous les injures des manifestants, le ministre a fait venir des gendarmes, qui lui ont finalement permis de continuer sa route en forçant les différents barrages. Ils sont cinq au total, entre le carrefour Biyem Assi et le lieu dit "Biscuiterie". Des barrages constitués à l'aide de bacs à ordures, de vieilles jantes de véhicules, de morceaux de bois. C'est aussi dans ces amas que les petits commerçants des environs ont retrouvé leurs étals, kiosques ou barbecues. A côté, les habitants du coin, la mine patibulaire, crient des slogans hostiles à la compagnie d'électricité, Aes Sonel. Seuls les conducteurs de "Bend skin", particulièrement nombreux, affichent le sourire. Ils font de bonnes affaires. Ce n'est qu'en moto qu'on peut avoir accès au quartier.

« Nous avons des problèmes d'électricité depuis au moins un mois. Il y a d'abord eu des baisses de tension. Ce matin, on a décidé de manifester », déclare Paul Roger Kemzeucheieu, un jeune homme du quartier. Le transformateur qui alimentait la zone s'est détraqué. Lundi, des agents de Aes Sonel ont essayé de le dépanner. Une lueur d'espoir qui n'a tenu que quelques heures. La nuit fut encore noire.
Le ministre des Mines, de l'Eau et de l'Energie (Minmee), Kibuh Tume Henry, s'est rendu hier sur les lieux aux environs de 11 h, sous forte escorte policière. Il a demandé aux manifestants de lever les barricades, en promettant un retour de l'énergie électrique au plus tard à 14 h, hier mardi. « Si la lumière arrive, on ouvre », a répondu un manifestant.Alors qu'un autre, sur une estrade, haranguait la foule : il fallait tenir bon.

« Même comme je suis vieille, s'il faut aller jusqu'à chez M. Biya, je vais aller », lance une dame d'un certain âge, pendant que le Minmee rejoint l'enceinte de la paroisse "Bienheureuse Annuarité", où plus d'une dizaine de policiers se sont massés et observent tranquillement les événements qui se déroulent sous leurs yeux. Sur la clôture de la même enceinte, un jeune homme tient une pancarte bien en évidence, sur laquelle on peut lire : « Aes voleur »

Après le départ du ministre, les policiers vont passer à l'action. Il vont dégager les barricades, sous les huées des populations, qui ne vont pas hésiter à lancer des pierres. C'est la confusion la plus totale. Les gens courent dans tous les sens. Mais la situation va bien vite se calmer. Sans blessé. La voie est désormais libre. Dans l'après-midi cependant, la tension va à nouveau monter. Aux environs de 17 h, la promesse du ministre n'était toujours pas tenue, même si une équipe de techniciens est arivée sur les lieux et s'activait déjà pour remettre les choses en ordre. En installant notamment un nouveau transformateur.

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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