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Une "guerre" des confréries musulmanes est à l'origine des récents affrontements survenus à Foumban (Ouest), la capitale du royaume Bamoun. Elle oppose la tendance majoritaire des "Tidjanites" à une jeune génération de "Wohabites" formés à l'Islam dans des pays arabes. Les derniers incidents qui se sont déroulés en septembre dernier dans la grande mosquée de Foumban et à la suite desquels une demi-douzaine de personnes ont été hospitalisées, ont poussé les autorités locales à fermer ce lieu de culte pour calmer les esprits qui étaient devenus très chauds.
Introduit au 19ème siècle, sous le règne du sultan roi Ibrahim Njoya, l'Islam est aujourd'hui la principale religion du royaume Bamoum où 90% des 700.000 habitants se disent musulmans. Avec le successeur du sultan Ibrahim Njoya, Seidou Njimoluh Njoya, qui accède au trône en 1933, le Tidjanisme fait son apparition et devient rapidement la plus importante obédience du royaume.
Originaire du Maroc, cette confrérie rassemble maintenant 80% des musulmans bamoum. Très conservatrice, elle s'oppose à toute innovation dans les pratiques musulmanes déjà en cours dans le royaume. Les plus fervents défenseurs du tidjanisme rejettent donc volontiers les deux autres confréries existant chez les Bamoum, les "Koulkounous" et les "Wohabites".
Fondée une trentaine d'années plus tôt par un membre de la famille du Sultan, la confrérie des Koulkounous est considérée par les Tidjanites comme "hérétique" pour son utilisation des langues française ou bamoun dans les prédications. Extrêmement minoritaire, elle est néanmoins tolérée contrairement à celle des Wohabites, une confrérie très en vogue qui apparaît dès 1993 chez les jeunes gens du royaume partis suivre une formation au Soudan, en Egypte, en Arabie Saoudite, au Koweït ou au Pakistan, à la faveur d'une bourse. Une fois revenus au royaume Bamoum, ces jeunes ont été surnommés "Wohabites" en référence à ce mouvement politico-religieux très puritain, créé en Arabie saoudite mais également présent dans les pays où ils ont étudié. Ces nouveaux musulmans, qui portent souvent une longue barbe et qui se disent "seuls détenteurs des vérités profondes du Coran", apparaissent aux yeux des Tidjanites comme de dangereux intégristes. Désireux de professer aussi leur conception de l'Islam dans la grande mosquée de Foumban, les Wohabites ont obtenu gain de cause auprès du Sultan déclenchant par la même occasion l'ire des Tidjanites.
"Comment comprendre que le Sultan ait institué à la mosquée centrale de Foumban dix-sept postes d'Imams, parmi lesquels des Wohabites qui sont des extrémistes et des tueurs", s'indigne El Hadj Zounedou Njimoluh Njankouo, l'ancien président du conseil supérieur islamique du royaume et adjoint du Sultan, limogé récemment de ses fonctions. Intransigeant envers les Wohabites, Njimoluh Njankouo estime que les autres confréries doivent aller construire leurs propres mosquées.
"La mosquée centrale de Foumban doit pouvoir s'ouvrir à toutes les sensibilités religieuses", rétorque l'actuel Sultan Mbombo Njoya qui, bien qu'étant le premier représentant des Tidjanites dans le royaume, est désormais perçu comme un "traître".
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