Javascript Tabs Menu by Deluxe-Tabs.com
Dernière mise à jour: 09-Feb-2010 - 07h55
Recherche:    Web CIN      By
466 visiteurs en ligne
Patrick Noah étale toute sa spiritualité dans son dernier Opus intitulé Sapéria
Click to jump to 'Cameroon-Info.Net'
Paris, le 19 Novembre 2005
© Cameroon-Info.Net
 7 Réactions
La musique de Patrick Noah peut être comparée à une méthode de méditation ; car l’oreille entend des sons de combinaisons diverses, en accord avec le caractère de la mélodie et des instruments...
 E-Mail  Imprimer  Réagir Bookmark and Share
Ainsi, les instruments différents combinent leurs sons et l’oreille perçoit leurs variations et leurs harmonies et en éprouve de ce fait une sensation identique à celle des "langueurs de l’amour".



De l’oreille, la sensation voyage jusqu’au coeur et du coeur jusqu’à la rate. Les divers sons se combinent et les mystères de ces combinaisons réjouissent le coeur au moyen de l’ouïe. Initié à la culture Eton, Patrick a travers ses voyages ses rencontres, et son amour pour ses frères, nous explique ici sa conception de l’Afro musique.

Cameroon-Info.Net : Nous avons assisté à la présentation de ce troisième album, qui est un mélange de bikutsi, rumba, rythmes afro cubains etc. Pourquoi l’avoir intitulé Sapéria ?

Patrick Noah : Sapéria est ma grand-mère. Et je suis vraiment très heureux de lui dédier ce troisième album. C’est elle qui m’a initié à la culture « Eton » avec toute sa spiritualité, sa langue et toute sa mystique. Sapéria représente pour moi l’héritage des ancêtres. Car ce disque combine les musiques de nos ancêtres partis il y a 400 ans à Cuba avec les musiques des populations « rescapées » Bantou résidant actuellement sur le continent africain. Aucun autre mot n’aurait mieux convenu que Sapéria pour exprimer cette rencontre.

Cameroon-Info.Net : En rendant hommage à votre grand-mère avec le mérengué, rumba, latin jazz, vous ne perdez pas un peu en authenticité ?

Patrick Noah : Non pas du tout ! Au contraire je suis très content d’avoir pu réunir dans cet album l’héritage musical africain qui s’est disséminé dans les Caraïbes (‘Afro cubain’, ‘Son’, Salsa, Meringué, Guaira), en Amérique du Nord (Jazz, Latin jazz) et en Afrique (Bikutsi, Rumba, Makossa), suite à certains accidents de l’histoire comme l’esclavage ou aux mouvements de populations. Et lorsqu’on fait une analyse approfondie de ces musiques on se rend compte que la structure rythmique est la même. En effet la Rumba cubaine est rythmiquement très proche de celle du Congo, de même que le Makossa du Cameroun qui est proche du Meringué des Caraïbes au niveau percussions, ou encore le Latin jazz proche du Mangabeu du Cameroun au niveau harmonique. En combinant ces sonorités issus d’Afrique on obtient un cocktail extrêmement riche que j’appelle « AfromusicS ». C’est un choix artistique que j’ai fait depuis mes débuts et qui sera au cœur de toute ma carrière musicale. Je souhaite explorer toutes les musiques qui puisent leur origine dans la musique africaine dans le but de faire co-exister tout l’héritage de nos ancêtres « Tara ». Je suis content que le titre phare de mon album « Sapéria » soit aujourd’hui diffusé plusieurs fois par jour au Cameroun dans les radios de Yaoundé et de Douala. Ça montre que les camerounais se sentent proches de ce mélange qui à mon sens est inévitablement authentique.

Cameroon-Info.Net : Est-ce à dire que les esprits partis il y a très longtemps d’Afrique se rencontrent et ne se font pas de barrières ni de guerres ?

Patrick Noah : Oui tout a fait ! Et ce qui est merveilleux c’est que la rencontre avec les
Esprits cubains notamment ceux du Septeto Araison a été saine, pure, forte et authentique. Notre but était de partager notre culture africaine. C’est pourquoi bien que cet album ait été enregistré à La Havane à Cuba il est loin d’être de la salsa tel que le joue Africando par exemple. C’est vraiment un album « afro cubain » où la musique bantou se combine de façon très équilibrée avec les racines africaines de la musique cubaine à la base du « Son », de la « Rumba » ou de la « Guaira ». Dans cette rencontre j’ai apporté mon africanité à moi et les cubains leur africanité à eux. D’où incontestablement la force de cet album. Car l’AFRIQUE a été mise au centre de tout dans ce projet. En effet c’est au bord de la mer, sur la plage de La Havane à Cuba que le hasard me permit de faire la rencontre de Ray Guerrero chanteur du Septeto Araison. De cet instant est né une amitié profonde et sincère. Et tout de suite nous nous sommes rendus compte que nous avions une envie commune profonde de faire rencontrer nos deux héritages africains : celui du Cameroun et celui de Cuba. Un an plus tard nous avons pu réaliser ce rêve avec le grand concours de Frank Aguiar Directeur des programmes à l’ICRT l’Institut Cubain de Radio et Télévision haut responsable à Radio Rebelde la radio nationale que je souhaite une fois de plus encore remercier.


Cameroon-Info.Net : Sur le plan personnel, qu’est ce que cette rencontre avec Cuba vous a apporté ?

Patrick Noah : La rencontre avec Cuba a été très enrichissante. Elle m’a rendu encore plus africain que jamais. Car le peuple cubain est un peuple digne et fier de ses racines africaines. Figurez vous que trois cubains sur quatre pratiquent la « Santéria » une religion africaine partie du Nigeria et du Bénin depuis plus de 400 ans avec les esclaves Yorubas et qui est basée sur la croyance des « Orishas » ou Saints. La « Santéria » est une religion qui apprend les valeurs de la tolérance et du partage tout en explorant les qualités naturelles de chacun d’entre nous. Je suis content que l’Afrique ait pu donner naissance à une religion pratiquée par 80% des habitants d’un pays aussi moderne que Cuba et culturellement aussi riche que la France. Un pays où l’Education et la Santé sont gratuites. Un pays où chaque famille a droit gratuitement chaque semaine à une ration alimentaire minimum pour vivre. Cuba est un exemple à suivre pour l’Afrique et un exemple pour les générations futures. Car on peut être moderne tout en restant fondamentalement africain. Et c’est ce qui fait la Force de ce pays…

Cameroon-Info.Net : Parlez nous du titre « Lola » qui est le symbole même de la fusion avec Cuba et Cameroun dans sa structure. On a pu constaté que les musiciens cubains se sont facilement adapté à votre musique…

Patrick Noah : Oui le titre « Lola » mélange de la salsa traditionnelle cubaine appelée « Son cubano» avec le Bikutsi du Cameroun. Les musiciens cubains se sont facilement adaptés au Bikutsi. En aucun moment je ne leur ai dit comment il faillait jouer. Tout était naturel pour eux. C’est la preuve que la musique camerounaise, notamment le Bikutsi est une des composantes de la musique afro cubaine d’aujourd’hui. D’ailleurs pour la petite histoire j’ai rencontré à 120 km de La Havane une famille cubaine du nom de Noah exactement comme moi. Leurs arrières grands parents viennent probablement du Cameroun.

Cameroon-Info.Net : Dans « Saperia » Vous reprenez trois chansons du patrimoine cubain ; pourquoi ces reprises ? De l’autre côté quand vous interpréter les chansons cubaines, vous avez une attitude particulière que quand vous interpréter vos chansons à vous ; cela se traduit par quoi ?

Patrick Noah : J’ai voulu reprendre trois chansons du patrimoine cubain pour respecter l’esprit de cette rencontre qui est tout d’abord un échange de nos cultures « intercambio cultural » comme disent les cubains. Il fallait aussi que les cubains apportent leurs chansons pour venir à la rencontre de l’africain que je suis où par moment je chante en Beti. Je souhaitais apporter ma sensibilité Bantou dans ces chansons pour amener les cubains à revenir vers leurs racines africaines. Et je suis content d’avoir réussi cet exercice. Et lorsque j’interprète les chansons cubaines, sur scène je m’envole très haut, dans l’univers, à travers le temps… à la rencontre du passé… à la rencontre des ancêtres… d’où cette attitude effectivement particulière presque rêveuse. La musique se fait aussi avec l’esprit.

Cameroon-Info.Net : Parlez nous brièvement des titres qui composent cet album.

Patrick Noah : La première chanson « Lola » est un mélange de Son cubano et de Bikutsi : c’est l’histoire d’une fille qui espère trouver l’amour de sa vie dans les boîtes de nuit (macumbas). La deuxième « Sapéria » est l’hommage à ma grand-mère Sapéria qui m’a transmis l’héritage culturel de mon peuple Eton : la chanson mélange des harmonies Bantou, avec le Son cubano, le Songo, le Latin Jazz et les percussions Yorubas. La troisième « Yaah Yaah » est l’argumentaire d’un jeune homme envers une femme dont il est amoureux et il lui dit « on fait comment ? » : la chanson mélange le Meringué, la Guaira, la Rumba du Congo et le Makossa. La quatrième « A ban moan » est une chanson écrite pour ma fille Julie Biloa où j’essaye de lui transmettre les valeurs de ma culture Beti : la chanson mélange la Balade Eton avec le Son cubano et le Raggaeton. La cinquième « Odjoon » est une chanson instrumentale qui mélange le Latin jazz avec le Bolero cubain : c’est une chanson mélancolique qui évoque la période où on récolte les arachides au village entre la petite saison sèche et la petite saison des pluies. La sixième « Amor de Loca Juventud » parle d’un amour de jeunesse où folie et illusions se mélangent : c’est un Son cubano traditionnel avec intro Beti du Cameroun. La septième « Coco maiz maiz » est une Rumba cubaine pure avec un clin d’œil vocal à la Chanson Bikutsi du Cameroun. Et enfin la huitième « Dulce Embeliso » est un Son cubano avec des influences harmoniques type Compas de Haïti : la chanson parle d’un baiser… flamme animée d’un amour qui ne peut s’oublier

Cameroon-Info.Net : En ce moment vous êtes en spectacle ; quelle est la suite de votre programme jusqu’à la fin d’année, où peut-on voir Patrick Noah ?

Patrick Noah : J’ai terminé ma saison au Festival de Jazz de Fribourg (Suisse) et plus récemment aux Sables d’Olonne (85, France). Ma tournée en France redémarre au mois de novembre. Pour l’année 2006, une tournée est prévue sur tous les continents mais qui inclura 15 pays d’Afrique dont bien sûr le Cameroun. C’est vraiment essentiel pour moi car je souhaite profondément partager ma musique avec mes frères africains et camerounais. Le reste de mon programme 2006 ainsi que les informations sur la distribution de mon album (disponible dans 22 pays dont la France, les Etats-Unis, le Canada, l’Angleterre, la Belgique, la Suisse, l’Allemagne où la diaspora camerounaise est bien présente- sont accessibles sur mon site Internet:
www.patricknoah-akumbetara.com

Jean-Jacques ESSOMBE
© 2000-2010 Cameroon-Info.Net [ Hits: 7341 Réactions: 7 Transferts: 2 ]
 7 Réactions
 E-Mail  Imprimer  Réagir Bookmark and Share
Featured Stories...




P U B L I C I T E

Copyright  ©  2000 - 2009  Cameroon-Info.Net. Tous Droits Réservés.