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Smsi-Tunis 2005: Des solutions et de nombreuses incertitudes
Mutations
YAOUNDE - 30 NOV. 2005
© A.B.B. | Mutations
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Le rendez-vous de la capitale tunisienne a laissé beaucoup d'espoirs et quelques interrogations.
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Le soleil s'est couché un peu tôt cette soirée à Tunis. Comme d'ailleurs tous les soirs de cette mi-novembre, où le pays tout entier connaît un hiver plutôt doux : 8 degrés sur la plage. Il est à peine 17heures 30 ce vendredi 18 novembre et Zine El Abedine Ben Ali, chef de l'Etat tunisien et hôte du Sommet mondial sur la société de l'Information, vient de dire aurevoir aux plus de 23.000 participants qui ont accepté de prendre part à ce sommet, le plus couru jamais organisé par une structure du système des Nations unies. Il n'est pas peu fier de dire sa «satisfaction au vu des résultats du sommet (...) qui a constitué une étape importante dans l'histoire de l'humanité, compte tenu du souci commun d'adopter une démarche consensuelle fondée sur l'entente, la coopération et la complémentarité ».

Peu avant lui, Yoshio Utsumi, Secrétaire général de l'Union internationale des Télécommunications (Uit) et autre cheville ouvrière de ces assises, a relevé que le chemin a été long depuis que, voici sept ans, l'idée de ce Sommet a été retenue à Minneapolis par la Conférence de plénipotentiaires de l'Uit. "Il est opportun qu'à ce stade, notre voyage nous a amenés à Tunis, capitale du pays qui a lancé le processus", a déclaré M. Utsumi. Et d'ajouter: "Le Smsi n'était pas un Sommet comme les autres, car il s'est tenu en deux phases, l'une dans un pays développé, l'autre dans un pays en développement - et c'est en partie grâce à cette approche que tout l'éventail des problèmes concernant la société de l'information a pu être considéré, et qu'a pu être mise en évidence l'absolue nécessité de réduire la fracture numérique".

Dehors, la nuit, mais surtout, les lumières ont déjà noyé les alentours du gigantesque site du palexpo Kram, qui a abrité toutes les manifestations de ce sommet tenu pendant trois jours, du 16 au 18 novembre. Entre les nombreux bus (600 mobilisés pour la circonstance) et innombrables autres véhicules qui repartent vers le centre ville de Tunis ou la ville voisine de Hammanet, pratiquement requisitionnée pour l'événement, chaque participant, nullement influencé par les sourires ravageurs et espiègles des belles hotesses tunisiennes, peut faire son bilan.

Mais de manière générale, ce sommet a été qualifié de succès retentissant par les délégations nationales de 174 Etats et les participants de plus de 800 entités - organismes des Nations Unies, entreprises du secteur privé, organisations de la société civile. Plus, il est vrai, par la qualité et le professionnalisme dans l'organisation et l'émerveillement à la découverte de ce pays qu'on classerait volontiers parmi les pays développés, que par les résultats concrets sont sortis des conclaves. Il a cependant été baptisé comme le sommet des solutions, qui a surtout été le sommet des records de participation et de mobilisation.

Forum sur internet

Certes, comme les principaux orateurs à la cérémonie de clôture l'ont rappelé, le Sommet qui s'est tenu à Tunis avait pour objet de traiter le problème de la "fracture numérique" et d'exploiter le potentiel des technologies de l'information et de la communication (Tic) afin de stimuler le développement économique et social. Les deux documents issus du Sommet - l'Engagement de Tunis et l'Agenda de Tunis pour la société de l'information - ont été entérinés par les dirigeants du monde entier à la cérémonie de clôture du Sommet.
L'accord décisif négocié à Tunis sur la gouvernance de l'Internet, par exemple, reconnaît la nécessité de renforcer la coopération pour faciliter la tâche des gouvernements.

Il est clairement indiqué que « tous les gouvernements devraient assumer un rôle égal et des responsabilités égales dans la gouvernance de l'Internet ainsi que dans le maintien de la stabilité, de la sécurité et de la continuité de ce réseau. Les pays ne devraient pas intervenir dans des décisions concernant les noms de domaine de premier niveau correspondant à des codes de pays (ccTld). Il est nécessaire de renforcer la coopération des parties prenantes en ce qui concerne les politiques publiques applicables aux noms de domaine génériques de premier niveau (gTld)». Cette coopération, précise le document, « devrait couvrir l'élaboration de principes universellement applicables pour ce qui est des questions de politiques publiques associées à la coordination et à la gestion des ressources essentielles de l'Internet. L'orientation vers un tel renforcement de la coopération s'amorcera d'ici la fin du premier trimestre 2006. »

Un autre élément important du document issu de Tunis est la création d'un nouveau Forum sur la gouvernance de l'Internet (Igf) qui sera convoqué par le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, pour susciter et encourager, entre les multiples parties prenantes, un dialogue sur les questions de développement. Ce Forum servira de plate-forme pour examiner des questions de politique publiques multisectorielles qui ne sont pas couvertes de façon adéquate par les mécanismes actuellement en place. Ce nouveau Forum devrait voir le jour au cours du premier semestre de 2006 et tenir sa réunion inaugurale à Athènes, à l'invitation du Gouvernement de la Grèce.

Les textes issus des travaux du Smsi réaffirment les accords de Genève selon lesquels les technologies de l'information et de la communication constituent un outil essentiel des stratégies nationales de développement. C'est pourquoi le financement du déploiement des Tic est vital si l'on veut atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. Dans ce document, où la création du Fonds de solidarité numérique est reconnue à sa juste valeur, l'accent est mis sur l'importance d'assurer à tous les citoyens un accès aux communications qui soit de qualité et d'un coût abordable tandis que sont notées les inégalités actuelles.

Ordinateur à 100 dollars

C'est pourtant ce fonds de solidarité numérique qui était le cheval de bataille des pays en voie de développement, principales victimes de la fracture numérique. C'est ce qui avait amené le chef de l'Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, à faire cette proposition à Genève, il y a deux ans. L'idée a fait son chemin et, à Tunis, le président du Sénégal n'a pas ménagé ses efforts pour rendre opérationnelle cette initiative. Déclaration lors de son passage en assemblée plénière devant ses homologues, conférence de presse (la plus courue au palexpo du Kram), il a même indiqué que ce fonds était déjà opérationnel puisqu'il avait déjà reçu deux contributions: celle du Nigeria de Olusegun Obasanjo et celle... du Sénégal. Mais il en fallait naturellement plus pour lui permettre de remplir sa mission. On aura également parlé, pendant les travaux de Tunis, de ce fameux ordinateur à 100 dollars (environ 54.000 Cfa) dont des spécimen ont été présentés, mais qui devrait être opérationnel dans plusieurs mois, si jamais l'idée est matérialisée par les commandes des gouvernements soucieux de vulgariser cet outil jusque dans les contrées les plus reculées, son innovation majeur étant qu'il pouvait se passer du courant électrique.

De bonnes déclarations d'intention qui ont fait dire au Sg de l'Uit qu'il a été possible " d'élaborer un plan concret de mise en oeuvre aux plans national, régional et international, de sorte que les engagements pris se traduiront assurément dans les faits: Le Smsi a véritablement pour objet de tirer le meilleur parti d'une nouvelle opportunité, d'un nouvel outil. Le Smsi valorise le dialogue et la coopération universels dans la recherche de solutions aux problèmes qui se font jour au XXIe siècle. Si nous agissons comme il le faut, il n'y aura que des gagnants dans la société de l'information."
Un engagement clair, qui n'a cependant pas manqué de susciter des interrogations, du fait de l'implication plutôt mesurée des pays occidentaux, de qui dépend pourtant l'application effective de plusieurs de ses recommandations. À titre d'illustration, la France a été représentée à Tunis par un ministre délégué à l'Industrie, François Loos, alors que le Premier ministre s'était arrêté à deux pas, au Maroc, pour des festivités mondaines organisées par le roi Mohamed VI.

En chiffres et en lettres

*plus de 23.000 participants;
* 174 Etats représentés
* Huit séances plénières,
* 308 manifestations parallèles organisées par 264 organisations ;
* 33 conférences de presse, qui ont rassemblé environ 19 000 participants venus du monde entier.
* 46 chefs d'Etat ou de gouvernement, princes héritiers et vice-présidents et 197 ministres/vice-ministres
* 5 857 participants représentant 174 Etats et la Communauté européenne
* 1 508 participants représentant 92 organisations internationales
* 6 241 participants représentant 800 ONG et entités de la société civile
* 4 816 participants représentant 226 entités du secteur privé
* 1 222 journalistes accrédités de 642 médias représentant la télévision, la radio, la presse écrite et la presse en ligne du monde entier.


Participation: Absences et acquis du Cameroun

Une absence au sommet compensée par l'activisme de la société civile.

Delphine Nana Mekounté est probablement la Camerounaise ayant le plus tiré profit de sa participation à cette 2e phase du Smsi tenu à Tunis. Présentée comme la coordinatrice générale de l'Ong camerounaise Cefeprod, représentante de la famille africaine au Bureau international de la société civile, on l'a vue partout: négociant pour que le Cameroun obtienne, sur le tard, un stand dans le grand hall des expositions; organisant les troupes pour une concertation camerounaise avant les déclarations publiques. La consécration est finalement arrivée: elle sera élue présidente régionale (pour l'Afrique) de Acsis (African civil society for information society). Son bonheur a été complet lorsqu'elle a pris la parole pendant la 4e plénière des chefs d'Etat et de gouvernement ce 17 novembre, au deuxième jour des travaux.

Devant ce pupitre où, peu de temps avant elle, des sommités du monde, comme Kofi Annan, Ben Ali, Abdoulaye Wade ou Mammoud Abbas avaient pris la parole, elle a déclaré, d'une voix nullement intimidée, qu'il fallait désormais compter dans ces concertations avec la société civile africaine. « Cette excellente occasion a constitué pour nous une opportunité pour comprendre la problématique, participer à l’élaboration du diagnostic, afin d’apporter notre modeste contribution à la résolution de la question de réduction de la fracture numérique, par la mise en œuvre des actions concrètes, conformément au plan d’action qui a été adopté à Genève en 2003 », insistera-t-elle, avant de poursuivre: « Définitivement, nous réaffirmons notre engagement à continuer à assurer activement la promotion des principes et la réalisation des objectifs déclinés dans le Plan d’action. Nous pouvons le dire, c’est notre conviction, les objectifs de civile africaine ne sauraient être atteints qu’avec le renforcement d’un partenariat multi acteurs impliquant les Gouvernements, le Secteur privé, et les autres organismes internationaux, régionaux et nationaux. »

Sans le vouloir, elle aura ravi la vedette au chef de la délégation camerounaise, le ministre d'Etat Bello Bouba Maïgari, déjà présent à Tunis quelques jours avant le début des travaux, et qui est resté bien discret, limitant sa participation à de la simple figuration. Le principal quotidien tunisien, la Presse de Tunisie, relayant ses propos au lendemain de la cérémonie d'ouverture, allait d'ailleurs le présenter, à la une et en page intérieure, comme s'appelant « Mele Guba, ministre d'Etat chargé de la Poste et des Télécommunication ». Ce qui a créé un émoi au sein de la délégation camerounais, mais aucun rectificatif. Egalement présents à Tunis, David Nkoto Emane, le directeur général de la Cameroon telecommunications (Camtel), accompagné d'une forte équipe qu'on a vu sillonner les stands, multiplier les concertations et accorder des interviewes (notamment à Rfi); Armand Claude Abanda, représentant résident de Iai Cameroun (qui tire lui-même, ci-contre, le bilan de sa participation). Mais aussi une bonne dizaine d'autres Ong camerounaises parmi lesquelles Asafe (Association de soutien et d'appui à la femme entrepreneur qui, depuis, a élargi son champ d'action), ou encore le Cofepre (Collectif des femmes pour la protection de l'Environnement).

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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