Dimanche matin, 4 décembre, le campus universitaire de Yaoundé I connaît une ambiance très morose. Les alentours des amphithéâtres et autres salles de cours du campus sont presque déserts, les étudiants de la faculté des sciences, qui ont l’habitude d’y étudier, sont presque introuvables. Comme nous le confie, la mine patibulaire et le regard fugace, Eric, étudiant, "la présence des étudiants et autres attroupements " suspects " sont interdits depuis mercredi dernier. Il y’a des gendarmes et des individus que le recteur a éparpiller au campus pour contrecarrer le moindre soulèvement des étudiants". Sur le terrain, ces gendarmes, qui foudroient le moindre passant du regard, sont bien présents, armés de fusils et de matraques, prêts à parer à la moindre étincelle.
Tension
Tension vive, somme toute compréhensible chez ces bérets rouges et quelques policiers, qui se sont livrés à une véritable Intifada, avec les étudiants, au soir du 30 novembre. Ce mercredi soir, l’on se rappelle qu’un débat sur "le boycott des droits universitaires", convoqué à l’amphi 502 par les leaders de l’association des étudiants du Cameroun, était interrompu par les forces de l’ordre, convoquées, de toute urgence, par le recteur, Dorothy Njeuma, pour une action de purge. Ces évènements malheureux qui ont conduit à l’arrestation de 25 étudiants, parmi lesquels Mouaffo Njontu et Linjouom Mbowu, leaders de l’Addec, ont d’ailleurs fait de nombreux blessés. Jeudi, 1er décembre, les étudiants se sont, à nouveau, réunis au campus, pour tenter de lancer une marche pacifique de protestation aux fins de la libération de leurs camarades. Une marche qui une fois de plus a été dispersée par les gendarmes, provoquant l’arrestation d’autres étudiants au quartier Bonamoussadi. Où "Des policiers et gendarmes sont descendus avec des camions pour traquer des étudiants et molester ceux soupçonnés d’agiter le campus ", confie Rodrigue Batogna, secrétaire à la communication de l’Addec. Des étudiants arrêtés puis enfermés dans certains commissariats de la ville. Parmi les étudiants arrêtés entre vendredi et samedi soir, figure Okala , secrétaire général de l’Addec, tombé dans le traquenard des bérets rouges, alors que ce dernier tentait de mobiliser ses camarades pour une autre marche de protestation. Gestapo. Depuis vendredi, à en croire des sources estudiantines, une police secrète, mise sur pied par le recteur, sévit dans le campus. Ladite police sillonne les lieux avec une liste et des photos de quelques ténors de l’Addec, dont les moindres mouvements sont contrôlés à la loupe . Son rôle est d’arrêter les étudiants grévistes, surtout les membres de l’Addec, les dépouiller de leurs biens, avant de les enfermer dans des cellules aménagées dans les bâtiments du rectorat. Ibrahim, étudiant, en a été victime samedi soir "Après m’avoir torturé, 8 boscos m’ont exigé de céder mon portable et mon argent qu’ils ont pris. Puis j’ai été relâche ", raconte la victime, qui indique qu’une dizaine d’étudiants sont encore en détention dans ces cellules. Entre temps, c’est l’opération campus mort que les étudiants de toutes les filières observent à Yaoundé I, car depuis les incidents de mercredi dernier, aucun professeur n’a voulu prendre le risque de faire cours dans les amphis. Outre la libération de leurs camarades arrêtés, qu’ils exigent, dans l’immédiat, les étudiants de l’Addec qui manifestent pour la suppression des 50.000F des droits universitaires, accusent Dorothy Njeuma de dictature... "Nous n’avons plus le droit de manifester ici au campus et cette interdiction qui date de l’ancien recteur se prolonge déjà à 120 jours ; ce qui est contraire à la loi", fulmine Rodrigue Batogna.