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Marinette Dikoum : Au bout de 24 ans de prison à Mfou
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LE 18 JANV. 2007
© Mutations
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Celle qui fut convaincue d’avoir assassiné son mari en 1983 a été libérée dans un relatif secret mardi dernier à la prison de Mfou. Son retour à la liberté va raviver des passions, surtout à la lecture du récit de la tragédie. Au moment où ses anciens " voisins " de prison célèbrent ses vertus, elle ne manque pas de projets d’avenir.
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Un quartier résidentiel dont le nom frappe l’imagination. Le "carrefour des carreaux", une villa cossue, sous le feuillage. Une famille bourgeoise menant une vie sans éclats de voix : Monsieur Dikoum Minyem est cadre de banque, directeur général de la Cambank, et Madame Marinette Dikoum Ndomè est diplômée de sociologie, professeur de lycée. Le couplé élève trois enfants en bas âge.
Subitement éclate, comme un éclair dans le ciel, la déchirure. Dikoum Minyem est étranglé dans son lit, par trois hommes de main. L’assassinat a été commandité par l’épouse, Marinette Dikoum et l’amant de celle-ci, Ambang Mbadje. Crime crapuleux s’il en est, mais peut-être une simple affaire de mœurs "au quartier" ? Voire. Les exécuteurs déclarent qu’ils ont "reçu des ordres". Du coup, les vagues de ce crime menacent de faire tanguer le Palais présidentiel d’Etoudi. Il faut préciser que nous sommes en février 1983. Le Cameroun nage dans une euphorie généralisée. Il y a de l’ambiance dans les villas et dans les chaumières. En effet, après un quart de siècle de régime Ahidjo, Paul Biya vient d’accéder au pouvoir. Il entame tout de suite une tournée triomphale à travers les provinces du pays. Etat de grâce. Le nouveau président a une cote très favorable au sein de l’opinion publique : technocrate aux mains propres, père tranquille, discret, et excusez du peu, bel homme… Mais il n’est pas encore très connu, et quelques esprits malins trouvent là une occasion de se faire mousser au cours des conversations dans les journaux, en attribuant au nouveau président des qualités, des défauts, des parentés, des ennemis, des amis, etc. Occasion pour tout un chacun de se positionner dans les réseaux du nouveau pouvoir, au besoin en effaçant un conçurent.

Dikoum Minyem est certes un cadre de banque avec une position très en vue. Mais, comme il sera vérifié dans la suite de " l’affaire ", il n’est en rien engagé dans les batailles et les enjeux des cercles et des réseaux qui sont en train de se mettre en place en ce début 1983.

(…) L’affaire Dikoum a marqué l’opinion publique camerounaise en ébranlant un certain nombre de valeurs. C’est le genre de circonstances où la société est bousculée à la nuque pour qu’elle se regarde dans un miroir. L’adultère n’est pas un sujet qu’il fait bon évoquer sur la place publique. Au risque de déclencher la violence extrême et la psychose.

Justement. Les lecteurs de Cameroon Tribune de ces mois de février et mars 1983, suivent avec ahurissement les échos de cette psychose à travers le pays, au jour le jour. Citons quelques manchettes : "Lekié, crime à Etam Kouma : un mari exécuté par son épouse à coups de machette" (06/4). " Drame à Etoudi. Elle blesse mortellement son mari " (08/3).

Dans la nuit on apprend que, " selon un neveu, une semaine avant l’accident, Madame Elé avait suivi son mari dans un bar et au cours d’une dispute qui s’était déclenchée dans ce bistrot, Madame Elé avait dit publiquement à son mari que : pour aller jeter le corps de son mari dans la Sanaga, Madame Dikoum avait utilisé une voiture de luxe. Quant à Monsieur Elé, son corps serait transporté dans une camionnette opep ".

(…) Dans la catégorie crimes passionnels, crimes politiques, crimes mafieux, voici un crime estampillé du label Cameroun.
Il débute certes comme un mauvais feuilleton. Le 29 février 1983, Dikoum Minyem rentre dans sa villa au lieu dit Carrefour des carreaux, un quartier chic dans les parages de l’ancien aéroport, au sud de Yaoundé. Juste un verre de lait, quelques gentillesses aux enfants et à Madame, et Monsieur Dikoum passe dans la chambre pour se mettre au lit. Madame Dikoum est assise au salon pour achever la lecture d’un ouvrage récemment publié. Elle a reçu dans l’après-midi trois exécuteurs : Mpouli, Ndzana, Ombouté. Elle les a drogués au whisky et les a dissimulés dans la cuisine. Puis, accueillant son mari, elle lui a offert un verre de lait dans lequel elle a mis un somnifère. Les trois hommes de mains n’ont aucune peine à massacrer Monsieur Dikoum dans son lit. Ce dernier a-t-il tenté de se défendre ? La scène s’achève par un bain de sang. Le corps de Dikoum Minyem est promptement chargé dans la malle arrière de son véhicule. Il faut faire vite. Marinette Dikoum prend elle-même le volant.

(…) Fatalement, conformément à la loi du genre : un crime n’est jamais parfait. Le chef de brigade de la Police judiciaire du Centre-Sud, Bitnkou Clément, et l’inspecteur Seg Seg mènent l’enquête dès le lendemain. Les premiers indices tombent : le boy déclare que les draps et la baignoire étaient ensanglantés quand il est arrivé au travail le matin. La coiffeuse interrogée affirme avoir été intriguée par la coiffure très poussiéreuse de Madame Dikoum. Le barman de Sa’a a vu les photos des " appels au public" et des " wanted ", diffusés à la Une de Cameroon Tribune. Et il a reconnu ses clients de minuit de l’autre jour. Suffisant pour que Marinette Dikoum passe aux aveux. Il faut à présent pêcher le corps perdu au fond du fleuve. La hiérarchie politique et policière traite cette mauvaise affaire avec diligence. Il s’avère nécessaire d’adjoindre la compétence de l’armée à celle de la police. Une brigade des hommes-grenouilles des forces navales, basée à Douala, est mise en mission spéciale. Le cadavre est repêché après trois jours. Deux des exécuteurs et Marinette Dikoum sont arrêtés. Ambang Mbadje, l’amant magnifique, est cette fois-ci un banal lâcheur. Il a entre-temps passé la frontière en compagnie de l’un des exécuteurs, Jean-Pierre Omboute. Ils seront arrêtés huit semaines plus tard, en République Centrafricaine, et extradés.

Pas d’intrigue compliquée, une enquête promptement menée. Mais quelle intensité dans le drame ! Drame des tabous violés, des histoires qui s’écoulent, des infidélités. Et pour faire rebondir le feuilleton, des scènes poignantes : le retour de M. Dikoum après une longue journée de travail, dans une maison désormais piégée, la folle expédition vers le Pont de l’Enfance, l’escale d’Emana pour récupérer l’amant, le pot de la victoire dans le bar de Sa’a, les gros plans de l’inhumation au village Sepp (arrondissement de Makak).

Plus que les scènes, ce sont les personnages qui sont intéressants : le couple de bourgeois, l’amant militaire, les trois exécuteurs, la police, la coiffeuse, le domestique, le barman et un " cinquième cavalier ", la presse. Comme dans un film de Alfred Hitchcock, des personnages très typés, peu suspects de mener une double vie. Et pourtant…

Marinette Dikoum est épouse, mère, et d’abord femme. Frêle, menue, elle n’a rien en apparence d’une femme fatale. Sa référence sociale de professeur de lycée fait partie du jeu. Après avoir caché les trois exécuteurs, elle s’est mise à lire un traité de sociologie, en attendant que les assassins achèvent son mari. Interrogée par la police et par la presse, elle déclare que le mobile de son acte est une discorde ancienne entre son époux et elle. Celui-ci, dit-elle, avait une maîtresse avec qui il a dilapidé l’argent de la famille (31 millions) et a qui il a fait un enfant.

Et l’amant Ambang Mbadje au cœur de la perfidie ? La châtelaine a laissé libre cours à ses fantasmes. Alors c’est le chouan est allé conquérir le cœur de la reine ? La "solution finale " appliquée à Monsieur Dikoum, devait favoriser le mariage des deux amoureux. Acteur intéressant et très inattendu : la presse, et particulièrement le quotidien Cameroon Tribune. Il tient en haleine ses lecteurs avec le feuilleton Dikoum pendant tout le premier trimestre de 1983. Cameroon Tribune met le même enthousiasme à couvrir la tournée triomphale du tout nouveau président de la République à travers le pays, et la couverture point à point de l’affaire Dikoum. Reportages, comptes-rendus. Parfois, les mots lui manquent pour étonner les lecteurs. Il recourt à la caricature. Ça cartonne avec 44 articles, et ça y va avec des images en vraie couleur. Le prude et très réservé Grand quotidien national se laisse aller à la tentation diabolique de la Yellow Press, la presse à sensation !

" Nos lecteurs retrouveront dans notre édition de demain le récit de cette découverte macabre et la descente à la morgue " (Cameroon Tribune 08.02.1983).
" Même s’ils n’en disent rien et n’en laissent rien paraître, les époux n’en pensent pas moins qu’ils auraient pu ou pourraient connaître à l’avenir le même sort que Monsieur Dikoum Minyem " (Cameroon Tribune 02.02.1983).

Sous les plumes de Ngoa Azombo, Minka Mayemi et le pinceau de Louis Marie Lemana, l’affaire Dikoum est re-dimensionnée comme psychose nationale. " Tout le monde s’interroge, l’opinion publique n’en finit pas d’être choquée… Plusieurs centaines de personnes ont envahi la cour de l’hôpital central où Madame Dikoum a été traînée pour procéder à l’identification du cadavre… Une foule survoltée, prête au lynchage… Les femmes étaient comme hystériques de rage. Trahies, bouleversées, elles hurlaient leur colère, et parlaient d’une trahison qui va ruiner la confiance au sein des ménages " (Cameroon Tribune 12.03.1983).

Le verdict du tribunal sur l’affaire Dikoum a à peine intéressé l’opinion. Le tribunal, considérant la responsabilité de mère de Marinette Dikoum, lui a évité la peine capitale et l’a condamnée à la prison à vie. Le juge a préservé le destin des enfants. Un fait est vite passé. Il ne prend pas corps comme une légende. Mais il a l’avantage d’avoir eu lieu. Celui-ci est enregistré dans l’inconscient collectif et dans la culture des Camerounais, comme le fut l’affaire Gregory Villemin ou l’affaire du Louis XIV dans la France mitterrandienne des années 1980.

L’affaire Dikoum et ses expansions (la multiplication des dikoumations ?) ne furent qu’une première série. On s’en rend compte aujourd’hui, elle en annonçait une deuxième, non plus de crimes de mœurs, mais des assassinats plus ou moins mafieux, plus ou moins inqualifiables : assassinats de prêtres, de magistrats, de hauts cadres. Encore les cercles ? Les réseaux Toujours les familles.
Alfred Hitchcock l’a vérifié dans ses films à suspens : on ne se déteste bien que dans les familles.

Daniel Anicet Noah Publié dans Mutations, édition spéciale du 31 octobre 1996

Rédaction de Cameroon-Info.Net
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