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"700.000 visas chinois pour le Cameroun". Incroyable, mais… L’information a tout de même été publiée le 22 février dernier par la Lettre du continent, un confidentiel édité à Paris, paraissant toutes les deux semaines, et diffusé par voix d’abonnement. Bien introduit au Quai d’Orsay et dans les palaces de l’Afrique francophone, la publication que dirige Antoine Glaser semble sûre de son annonce. "Dans le cadre des derniers accords signés par le président Hu Jintao lors de sa visite officielle au Cameroun, les Chinois seront désormais les seuls étrangers à pouvoir séjourner un an et demi au Cameroun avant d’obtenir un contrat de travail"
Y’avait-il donc, un agenda caché lors du séjour du président chinois à Yaoundé du 30 janvier au 1er février? Affirmatif, répond La lettre du continent. L’article de notre confrère précise même que "l’ambassade du Cameroun à Pékin a déjà annoncé plus de 700.000 demandes de visas", sans davantage de précision sur la période concernée.
A la direction Asie du Ministère des Relations extérieures (Minrex), qui a pris une part active dans la préparation des dossiers soumis à la signature des présidents Biya et Hu Jintao lors de la visite officielle de ce dernier à Yaoundé, aucun responsable n’accepte de s’ouvrir à la presse. Mais dans les couloirs, un diplomate qui tient à garder l’anonymat "en raison de la délicatesse des relations entre les deux pays", qualifie les révélations de La Lettre du continent de "archifaux".
Selon lui, les deux chefs d’Etat ne se sont livrés à aucune négociation secrète. Il cite plutôt les huit accords de coopération signés à l’issue de la visite. "Les seuls", à sa connaissance. Il n’exclut pas la possibilité d’une manœuvre d’intoxication de la part de médias établit en Occident. Pour lui, les Occidentaux ne voit pas d’un bon œil l’intérêt de Paul Biya et des dirigeants africains pour une Chine qui promeut "une coopération gagnant-gagnant", synonyme pour l’Europe "de contrats et de gros frais de commission perdus".
Peng Jingtao, conseiller aux affaires politiques à l’ambassade de Chine au Cameroun, traite les révélations de la Lettre du continent de "ridicules". Point par point, il démonte l’information. La Lettre du Continent ne donne pas sa source, explique t-il. De plus, "si, comme semble le dire "l’affabulateur" la ruée des Chinois pour les visas camerounais remonte à la visite du président Hu Jintao au Cameroun, cela me semble absurde. Du 1er février, date du départ de notre président à ce jour, il y a eu 17 jours ouvrables en Chine. Les festivités du nouvel an chinois et d’autres jours fériés ayant intervenu entre-temps. Cela veut dire que l’ambassade du Cameroun enregistré plu de 40.000 demandes de visa par jours. Incroyable. Ridicule"
Invasion
Information vérifiée à bonne source [lire l’article ci-dessous] ou intoxication médiatique? Il reste que la présence chinoise au Cameroun est sujette à préoccupation. De source généralement bien informée, une réunion impliquant plusieurs administrations (Direction de la surveillance du territoire, Direction générale de la recherche extérieure, Minrex, ministère du commerce, Minpladat, Mindef…) est envisagée à l’effet d’examiner les plaintes émanant de Camerounais, inquiets de "l’invasion chinoise". Au Minrex, un conseiller du ministre d’Etat Jean Marie Atangana Mebara refuse de considérer la question de l’immigration chinoise au Cameroun comme un casse-tête. Officiellement, ajoute t-il, en guise d’argument, ce dossier ne figurait même pas à l’ordre du jour des entretiens entre les président Biya et Hu Jintao.
Les officiels chinois au Cameroun ne semblent pas non plus percevoir un problème. Peng Jingtao se dit "fort surpris", à l’évocation d’un sentiment d’invasion qu’éprouverait les camerounais à l’égard de la colonie chinoise au Cameroun. "Si ce sentiment existe, je le trouve regrettable. Si çà vient d’un Occidental, je peux l’expliquer, mais pour un ami Africain, je ne comprends pas". Il souligne l’ancienneté et les succès connus de la coopération Chine-Cameroun, basée sur le respect et l’intérêt mutuels. "Je note que les commerçants chinois sont à l’origine de la baisse des prix de certains produits sur le marché camerounais. Et c’est au bénéfice des Camerounais. Certains produits chinois coûtent même moins cher au Cameroun qu’en Chine".
La colonie chinoise au Cameroun est estimée, selon Peng Hingtao, le conseiller aux affaires politiques à l’ambassade de Chine, à "un peu plus de 1000 personnes". Un chiffre vraisemblablement en deçà de la réalité. Certains de ses compatriotes, reconnaît-il, "arrivent par leur propre canaux et ne sont pas enregistrés à l’ambassade". De source policière, ces Chinois qui échappent aux statistiques seraient les plus nombreux. "Ils viennent ici avec un visa de trois mois, et ne rentrent plus. Lors des contrôles des pièces d’identité, ils ne sont pas inquiétés; certains bénéficient de protections", affirme un responsable de l’Emi-Immigration, une direction de la police camerounaise. "Protection de qui?" Motus. "Certains petits commerçants chinois réussissent à se faire établir des titres de patente, en violation de la réglementation qui interdit aux étrangers de se livrer à ce type d’activité", poursuit-il le policier. "Comment est-ce possible?" Motus.
Décryptage: Comprendre l’immigration chinoise
Plus de 700 000 demandes de visas ! Le chiffre certes dérisoire par rapport à la population chinoise – plus d’un milliard trois cent millions d’habitants, mais considérable proportionnellement aux 16 380 000 habitants de notre pays.
Si ce chiffre est confirmé, à plus ou moins long terme, les Chinois représenterons plus de 4% de la population totale. Soit la communauté chinoise la plus importante sur le continent, après celle d’Afrique du Sud.
Antoine Glaser, le directeur de La Lettre du Continent, confirme le chiffre de 700 000 demandes de visas, tout en précisant qu’il n’a été confirmé ni par les autorités chinoises, ni par les autorités camerounaises. Du reste, les flux d’immigration chinoise connaissent un développement significatif en Afrique subsaharienne. Les rues de Yaoundé, Douala, Dakar, Brazzaville… sont pleines de Chinois qui sont mêmes vendeurs ambulants, secteur informel traditionnellement occupé par les populations locales.
Il y a même une immigration de charme, avec la présence de prostitués dans les grands hôtels, comme au Mont-Fébé à Yaounde. Mais la Chine étant un pays continent, le chiffre de 700 000 demandes de visas n’a évidemment rien d’extraordinaire vu de Pékin. D’ailleurs, il pourrait s’agir de la mise en œuvre effective des résolutions adoptées lors du dernier Forum Chine-Afrique. A cet égard, l’ambassadeur du Cameroun en Chine et doyen du corps diplomatique africain, Eleih-Elle Etian ne déclarait-il pas le 26 janvier dernier dans le journal chinois en ligne le " Quotidien du peuple" : " […] Nous souhaitons principalement la mise en place effective des mécanismes de suivi des résolutions du Forum Chine-Afrique et la mise en œuvre effective des résolutions dudit forum ".
Chômage
D’ailleurs, la récente tournée africaine du président chinois Hu Jintao en est probablement l’un des signes forts. Soulignons au passage que c’était la première visite d’un chef d’état chinois au Cameroun. Or, notre pays regorge de ressources naturelles, forestières, minières… et la Chine a des besoins colossaux de matières premières notamment en pétrole. En 1995, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique étaient estimés à 3 milliards de dollars environ. Ils ont atteint 40 milliards de dollars en 2005 et pourraient être doublés à l’horizon 2010. Des chiffres qui donnent le tournis et qui nécessitent bien sûr une main d’œuvre considérable.
Or, au Cameroun comme dans la plupart des pays du continent, le chômage est endémique et des milliers de jeunes sont obligés d’immigrer vers les pays occidentaux au péril de leur vie. Si l’on peut se réjouir des investissements massifs de la Chine, il est tout de même permis de s’interroger sur les conséquences qui pourraient en résulter. L’absence de conditionnalités dans la coopération sino-africaine peut être source d’effets pervers. C’est notamment le cas pour les transferts de technologie quasi inexistants ou la présence massive d’employés chinois, par exemple dans les chantiers de travaux publics. Les autorités chinoises qui ne communiquent d’ailleurs pas sur le nombre exact de Chinois en Afrique, n’autorisent pas les visites de ces chantiers, parfois accusés d’abriter le travail forcé.
Certes, la rivalité entre la Chine et les pays occidentaux (USA, France, Grande-Bretagne…) peut générer une guerre, dont la désinformation constitue l’une des armes les plus redoutables. Mais l’on peut tout de même s’interroger sur les conséquences à terme de l’offensive chinoise en Afrique, notamment en matière démographique, compte tenu des prévisions à venir. Nos réalités économiques et sociales sont suffisamment difficiles pour ne pas accroître ces difficultés. D’autant plus que la croissance chinoise fabrique actuellement des millions de déçus. Dans cette mondialisation échevelée, les populations africaines ne doivent pas une fois de plus être les victimes de calculs géostratégiques et de la compétition économique mondiale.
Christian Eboulé Njomè, à Paris (Correspondance particulère)
Coopération: Cette amie bienveillante
Etablies depuis 36 ans, les relations entre la Chine et le Cameroun se sont toujours révélées bénéfiques pour les deux pays.
Du 30 janvier au 1er février dernier, Hu Jintao, le chef de l’Etat chinois, la première puissance démographique au monde, a effectué une visite d’Etat au Cameroun, la première de ce niveau d’un dirigeant de ce pays qui apparaît aujourd’hui comme l’un de ceux avec lesquels il faudra désormais compter sur l’échiquier mondial.
L’un des principaux résultats de la visite du numéro un chinois au Cameroun est la signature de huit accords de coopération pour un montant total de près de 50 milliards de francs Cfa. Ces accords constitués de prêts sans intérêts et de dons sont dans l’ordre :
l’accord de coopération économique et technique entre le gouvernement de la République populaire de Chine et la République du Cameroun relatif à un don d’un montant de 40 millions de yuans Rmb, soit environ 2,6 milliards de francs Cfa ; l’accord de coopération économique et technique entre le gouvernement de la République populaire de Chine et la République du Cameroun relatif à un prêt sans intérêt d’un montant de 30 millions de yuans Rmb, soit près de 2 milliards de francs Cfa ; l’accord cadre entre le gouvernement de la République populaire de Chine et la République du Cameroun relatif à l’octroi d’un prêt préférentiel de 350 millions de yuans (22,6 milliards francs Cfa) ; le protocole d’accord entre le gouvernement de la République populaire de Chine et la République du Cameroun relatif à l’annulation des dettes du gouvernement camerounais, soit environ 15 milliards de francs Cfa ; les lettres relatives à la construction de l’hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Douala ; les lettres relatives à la construction de deux écoles rurales ; les lettres relatives à un lot d’équipements médicaux destinés à l’hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé ; l’accord cadre et l’accord de prêt préférentiel de 350 millions de yuans Rmb (22,6 milliards de francs Cfa) pour le financement du projet de communication Cdma
Ces réalisations viendront s’ajouter à certaines autres bien visibles à travers le pays et parmi lesquelles nous pouvons citer le barrage hydroélectrique de Lagdo dans le nord, le Palais des Congrès de Yaoundé, l’hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Ngousso à Yaoundé dont la maintenance des équipements est assurée par une équipe de techniciens venue de Beijing, le palais des sports en construction au carrefour Warda à Yaoundé d’une capacité de 5 000 places assises et répondant aux normes olympiques. A cette liste, nous ajouterons l’action des équipes médicales chinoises exerçant à Yaoundé et à Guider.
Les principaux domaines de la coopération entre la Chine et le Cameroun en dehors du volet médical qui a déjà vu plus de trois 300 médecins chinois venir au Cameroun depuis 1975 concernent les échanges commerciaux. Notre pays exporte vers son partenaire, le bois (grumes et sciages), le pétrole, le coton tandis que nous recevons de "l’Empire du Milieu", des produits manufacturés, des articles d’industrie légère et des appareils électroniques, en même temps que ses ressortissants peuvent trouver dans notre pays, un espace fertile pour le développement de leurs affaires.
La visite de Hu Jintao au Cameroun intervenait quelques mois seulement après la tenue du sommet sino-africain de Beijing qui avait entraîné dans la capitale chinoise, près d’une cinquantaine de chefs d’Etat et de Gouvernements du continent. Ce fut l’occasion pour le président chinois de réaffirmer les grands axes de la coopération entre son pays et ceux de l’Afrique. Une coopération basée sur quatre principes directeurs à savoir "l’amitié sincère (…) le traitement d’égal à égal (…) le soutien mutuel et le développement partagé" comme l’a précisé Hu Jintao.
En marge de ce sommet, le Cameroun a bénéficié du statut de destination touristique privilégiée dont l’objectif est d’encourager les échanges et le commerce bilatéraux.
Jean Francis Belibi (Stagiaire)
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